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La définition de Racisme


Le racisme est une pratique de discrimination basée sur la classification des êtres humains dans des groupes raciaux distincts.


Les éléments qui constituent le racisme

Il dépend de trois éléments:

  • Il faut qu'il y ait des races dans l'espèce humaine. Dans la pensée raciste, celles-ci sont des réalités biologiques: la race n'est pas problématique, on y appartient par raison de sang et d'origine. Mais cette idée va à l'encontre de la biologie moderne qui s'appuie sur de nombreuses constatations, notamment hématologiques. Il existe des variations phénotypiques et génotypiques entre individus sur toutes sortes de traits y compris la couleur de la peau. Ces variations forment un continuum. Or, diviser ce continuum pour définir des groupes raciaux est complètement arbitraire d'un point de vue biologique. La définition des races est donc un acte social qui dépend de la politique et de l'histoire d'une société et non de la biologie.

  • Le racisme confère une signification étendue aux signes de la race. Ce n'est pas seulement que les Blancs diffèrent des Noirs par la couleur de leur peau. La couleur est considérée comme le signe d'autres différences plus importantes. Généralement, celles-ci se rapportent à des questions de capacités. Les races non blanches sont censées être inférieures sur le plan intellectuel et supérieures sur le plan physique, sexuel ou musical. Pourtant ce modèle hiérarchique ne constitue pas la seule forme de pensée raciste. Il existe également un racisme culturel (ou nouveau racisme) qui ne considère pas que les autres races sont inférieures mais plutôt qu'elles diffèrent naturellement dans leurs mœurs, leurs valeurs et leurs manières de vivre. Ces différences culturelles produiraient alors des difficultés, et même de la violence, si des races différentes essaient de vivre ensemble. Malgré les variations entre ces deux formulations, elles ont en commun de considérer que les autres races posent un problème pour les Blancs, soit parce qu'elles constituent un fardeau du fait de leur infériorité, soit parce que leur présence déstabilise la société. Par conséquent les autres races doivent être contrôlées sinon exclues. Le racisme dépend donc d'une idéologie qui définit non seulement la nature des autres mais aussi en tire les leçons pour expliquer l'origine des problèmes sociaux et comment notre société devrait être organisée.

  • Le racisme ne s'exprime pas seulement dans le domaine des idées. C'est une réalité qui existe au niveau des lois et de l'État, au niveau des institutions telles que l'éducation, la police, le commerce, et au niveau des relations interpersonnelles. Pour que la pensée raciste devienne une pratique du racisme, il faut que les définitions et les exclusions puissent être imposées aux groupes défavorisés. Ainsi, le racisme dépend également d'une inégalité de pouvoir entre groupes dits raciaux.

La sombre histoire du racisme en psychologie

L'histoire de la psychologie vis-à-vis du racisme est, dans l'ensemble, assez sombre. En effet, avant la seconde Guerre mondiale, les chercheurs ont cherché à découvrir des différences raciales et ce toujours à l'avantage des Blancs originaires du nord-ouest de l'Europe. Stephen Jay Gould, dans La mal-mesure de l'homme, a relaté cette histoire qui débute par des tentatives de mise en évidence de différences physiologiques qu'on supposait être liées au niveau d'évolution: la taille du crâne, puis la forme du crâne, la taille du cerveau, puis les circonvolutions cérébrales. Bien que, à chaque fois, ces chercheurs aient échoué dans leurs tentatives de hiérarchisation des groupes raciaux, ils n'abandonnèrent pas leur quête pour autant. Ils cherchaient plutôt d'autres indices qui leur permettraient de démontrer l'existence de cette hiérarchie qui, pour eux, était indiscutable. La recherche était fondée sur une hypothèse raciste absolue.
L'indice qui a attiré le plus d'attention ne fut pas physiologique mais mental. En effet, ce fut l'intelligence, mesurée par les tests de Q.I.. Ces tests furent très vite perçus comme instruments de mesure des capacités intellectuelles stables, fixées en particulier par la nature génétique de l'individu. Il n'y avait alors plus qu'un pas à franchir pour affirmer l'existence de différences naturelles d'intelligence entre des groupes considérés également comme naturels, tels que les races.
La recherche sur les différences d'intelligence entre races est rapidement devenue une véritable industrie, surtout aux États-Unis (Kamin, 1977). Les travaux de Robert Yerkes sur les recrues américaines pendant la Première Guerre mondiale leur attribuèrent un âge mental moyen de 13,08 ans, et de 10,41 ans pour les Noirs. Mais dans le contexte de la vague d'immigration européenne des années d'après-guerre, les chercheurs s'intéressèrent surtout aux différentes races d'Europe. Apparemment, les Nordiques étaient supérieurs aux Alpins qui étaient meilleurs que les Méditerranéens ; tout en bas on trouvait les Slaves. Briguant affirma que ces différences étaient innées. Il ne pensa pas qu'elles pouvaient être dues aux différences de compréhension de l'anglais ou au contenu culturel des questions. Bien sûr, un immigré obtenait un score d'autant meilleur qu'il avait vécu plus longtemps aux États-Unis. Mais, pour Brigham, cela n'avait rien à voir avec les influences environnementales : cela montrait seulement que ce sont les meilleurs d'une race qui sont les premiers à émigrer! Brigham s'est donc démené pour appuyer les lois limitant l'entrée des races inférieures et il y est parvenu avec la loi Johnson-Lodge sur l'immigration de 1924.
Les mêmes idées ont été utilisées pour promulguer des lois eugéniques dans plusieurs États américains. Puis les nazis ont emprunté ces modèles américains pour formuler leurs propres mesures eugéniques et antisémites. Des psychologues allemands, tels que Gunther, se sont servis des pionniers américains pour définir les Juifs comme une race qui pourrait polluer le pur sang allemand. Leurs travaux constituèrent un support idéologique pour la Shoah. La conséquence fut qu'après 1945 les doctrines d'infériorité raciale sont devenues marginales.


La recherche sur l'origine des préjugés

La majorité des psychologues n'ont plus recherché des différences raciales. Ils se sont plutôt demandé pourquoi les gens ont des préjugés et comment on pourrait les réduire. Ils se sont aussi engagés dans la lutte contre la discrimination.
L'exemple le plus célèbre est la campagne contre la ségrégation scolaire aux États-Unis. Les recherches de Clark et Clark ont mis en évidence les conséquences négatives de la discrimination pour les enfants noirs. Tandis que les enfants blancs avait une estime de soi positive, il apparaissait que celle des enfants noirs était négative. De plus, les recherches sur le contact entre groupes raciaux (Hewstone et Brown, 1986) ont montré que, dans des conditions propices (c'est-à-dire, en condition d'appui institutionnel, d'intimité, d'égalité entre les groupes, de coopération), le contact peut mener à des attitudes et à des relations intergroupes plus positives. Une déposition à la Cour suprême, basée sur ces deux arguments et rédigée par des psychologues sociaux, fut d'une grande importance dans le cas de Brown contre Board of Education of Topeka, qui, en 1953, conduisit à la prohibition des écoles ségréguées.


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