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La définition de Psychopathologie


La psychopathologie désigne la science des souffrances de l'esprit. Elle est considérée à la fois comme une branche de la psychologie et comme une réflexion théorique sur la clinique psychiatrique. Par ailleurs, les définitions de la psychopathologie sont en fait multiples.


La psychopathologie en psychologie

Du côté de la psychologie, la psychopathologie doit se distinguer de la psychologie pathologique préconisée à la fin du XIXe siècle par Théodule Ribot. Pour ce dernier, à la psychologie du normal devait s'adjoindre une psychologie du pathologique, permettant d'approfondir la première. Par exemple, l'état des fonctions normales de la mémoire ne peut s'éclairer que par une comparaison avec leur insuffisance (amnésie) ou leur excès d'activité (hypermnésie). Et la médecine mentale apparaissait alors comme un complément indispensable à la formation du psychologue, ce qui explique que Ribot ait poussé ses élèves, Pierre Janet, Georges Dumas et les élèves de ces derniers comme Henri Piéron, Georges Poyer ou Daniel Lagache, à faire des études médicales et psychiatriques.
Cette psychologie pathologique comparative, trop axée sur les aspects quantitatifs de la maladie psychique et sur l'arbitraire d'une limite entre normal et pathologique, a été remplacée par une psychopathologie clinique beaucoup plus large qui recouvre en fait toute étude clinique des maladies mentales dans l'esprit et à l'usage de la psychologie.


La psychopathologie en psychiatrie

Du côté de la psychiatrie, le terme psychopathologie a été parfois utilisé comme synonyme de psychiatrie. C'est le cas, par exemple, avec Auguste Marie, qui intitule ainsi son volumineux traité psychiatrique international en quatre volumes parus en 1910, et avec Kurt Schneider en 1950.
On a pu également considérer que la psychopathologie était à la psychiatrie ce qu'était à la médecine la physiopathologie. Mais cette dernière a une base expérimentale qui peut en faire une science fondamentale pour la pathologie, ce qui n'est pas le cas de la psychopathologie.
De son côté, Eugène Minkowski proposait deux sens différents à la psychopathologie:

  • Soit elle n'était qu'une pathologie du psychologique. Elle renvoyait alors à Ribot et à la psychologie pathologique.
  • Soit elle représentait une psychologie du pathologique, ce qui avait sa préférence, et caractérisait une approche existentielle cherchant à comprendre de l'intérieur l'expérience, irréductible à une psychologie normale, de la maladie mentale.

Dans son manuel de Psychopathologie générale, Gabriel Deshaies, en 1959, reprend ces significations diverses et, en les discutant, amène à considérer la psychopathologie comme une discipline allant au-delà de la psychiatrie clinique, dans une sorte de réflexion permanente sur ses fondements et les données qu'elle nous fournit.
C'est ainsi que lorsque Henri Ey, après avoir soigneusement décrit une dépression mélancolique, quitte le registre de l'observation clinique quotidienne, de la sémiologie pour y dévoiler une désorganisation du champ de la conscience du type de la déstructuration temporelle-éthique avec ses destructions négatives et ses libérations positives, selon son néojacksonisme, il ne met pas seulement de l'ordre dans le disparate d'une collection de signes. Il fait aussi échapper cette occurrence à la contingence de la pathologie pour la situer par rapport à l'ontogenèse de la structuration de la conscience et de la personnalité du patient. Selon Georges Lantéri-Laura, il ne s'agit plus alors d'une simple maladie parmi d'autres mais de « l'illustration de l'une des altérations possibles de cette ontogenèse qui reproduit d'ailleurs la phylogenèse, par rapport à quoi se place une pathologie de la liberté ». On est bien ici aux frontières de la psychiatrie et de la philosophie, là où la psychopathologie se situe avec la fonction bien précise d'élaborer une observation psychiatrique en théorie de la connaissance du fait psychiatrique.


Les diverses idéologies de la psychopathologie

Il est bien entendu inévitable que la psychopathologie, du même coup, suive les diverses idéologies à la mode. C'est ce que nous montre son histoire et c'est là sa faiblesse. En effet, organicisme, phénoménologie, psychanalysme, structuralisme, neurobiologisme, etc..., vont successivement la séduire et elle va errer, dans son appréhension globale de l'homme-malade-mental, de l'organogenèse cérébrale la plus localisatrice à la psychogenèse la plus métaphysique.
Les grands penseurs de la psychiatrie contemporaine se distingueront en créant des systèmes de psychopathologie allant d'un pôle à l'autre : organodynamisme de Henri Ey, bioneurologisme de Paul Guiraud, phénoménologisme existentiel de Ludwig Binswanger, phénoméno-bergsonisme d'Eugène Minkowski, réflexologie de l'école russe, comportementalisme de l'école anglo-américaine et, bien entendu, toutes les formes d'explication théorico-psychanalytiques des névroses et des psychoses, où tant de pionniers de la psychanalyse, de Sigmund Freud à Donald Winnicott, vont construire cet énorme bâtiment que représente la psychopathologie psychanalytique.
Du même coup, dans sa saisie d'ensemble de la totalité du sujet, la psychopathologie n'est pas seulement une théorie de la connaissance du fait psychiatrique. Elle prend une dimension anthropologique qui lui fait dépasser son statut de simple section de la psychologie ou de la psychiatrie. Pour Lanteri-Laura, elle « apparaît alors comme une branche de l'anthropologie, exactement comme la physiopathologie à l'endroit de la physiologie générale dans le modèle de Claude Bernard ».


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