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La définition de Psycholinguistique


La psycholinguistique désigne l'étude des processus psychologiques à l'œuvre dans l'acquisition et l'utilisation d'une langue naturelle.


L'histoire de la psycholinguistique

La psycholinguistique est une discipline récente. Elle a hésité sur son identité tout en suscitant un nombre considérable de travaux empiriques et de débats théoriques. Plus précisément, le terme psycholinguistique, proposé en 1954, concrétise la rencontre de trois disciplines:

  • La psychologie de l'apprentissage, de tradition béhavioriste.
  • La linguistique structurale.
  • La théorie de l'information.

D'abord envisagée comme l'étude des processus de codage et de décodage mis en jeu dans les actes de communication verbale, elle s'est ensuite, sous l'influence prépondérante de Noam Chomsky, consacrée à l'étude de la réalité psychologique de concepts linguistiques. Nombre de travaux ont alors assimilé plus ou moins directement le modèle formel de description de la langue comme grammaire et le modèle psychologique des processus affirmant l'existence d'une capacité spécifique à l'acquisition et à l'utilisation du langage. À partir de 1975, la psycholinguistique s'engage dans une perspective fonctionnelle dont le but est de comprendre le fonctionnement du locuteur humain, de construire et de valider un modèle de ce locuteur intégrant les processus de perception, de compréhension et de production du langage.
Branche de la psychologie cognitive, la psycholinguistique actuelle articule ses démarches avec celles qui sont à l'œuvre dans d'autres secteurs d'étude de l'activité mentale (la perception, l'attention, la mémoire, la résolution de problèmes). En interaction avec l'intelligence artificielle, qui par la simulation des conduites sur ordinateur lui fournit des observations suggestives, elle tend également à intégrer les travaux dont la finalité est de caractériser les structures neuronales qui sous-tendent les activités de traitement de l'information linguistique. Se fondant sur une approche diversifiée du langage prenant en compte l'ensemble de ses composantes linguistiques, elle aborde le traitement d'unités plus étendues que la phrase et cherche à valider ses hypothèses sur des langues de structures diverses. L'enjeu est alors de savoir si le format des représentations mentales mises en jeu est caractéristique de l'espèce humaine ou de la structure de la langue choisie.


La perception du langage

Par perception du langage, on entend généralement l'ensemble des processus qui interviennent entre la réception du signal et l'attribution d'une signification. Ainsi, pour passer du son au sens, un traitement complexe qui intègre différentes étapes est requis. Les représentations mentales successives élaborées au cours du traitement se déroulent dans un temps très bref et le plus souvent l'individu n'en prend pas conscience. Dans le flux sonore continu, l'auditeur doit identifier la succession d'unités spécifiques, les phonèmes. Comment un stimulus dont les propriétés acoustiques varient de façon continue peut-il être analysé de manière discrète par le récepteur? Certains travaux ont proposé une réponse en termes de détecteurs spécialisés susceptibles de procéder au repérage des traits distinctifs. D'autres ont souligné le caractère catégoriel de la perception des phonèmes tant chez l'adulte que chez le nourrisson. Toutefois, la complexité des relations entre le stimulus physique et le percept laisse supposer que les mécanismes en jeu ne se résument pas à la simple détection des traits acoustiques. La théorie motrice de la perception de la parole insiste sur la liaison entre les processus de production et de perception. Différent de l'objet acoustique, l'objet phonétique que nous percevons pourrait être une représentation abstraite de ce que produit le locuteur.
L'unité de perception à partir de laquelle s'effectue la segmentation du signal sonore reste objet de controverse. En effet, est-elle un phonème, une syllabe ou un mot? En ce qui concerne la connaissance des mots de la langue, les recherches ont formulé l'hypothèse d'un lexique mental comportant l'ensemble des informations phonologiques, morphologiques, syntaxiques et sémantiques. L'accès au lexique des mots isolés est très rapide, l'identification précédant la fin de la stimulation. Une des questions est de savoir s'il existe un ou plusieurs lexiques? On a pu montrer que l'accès aux mots fonctionnels n'est pas affecté par l'effet classique de fréquence existant pour les autres mots. De même, y a-t-il un lexique commun au langage écrit et au langage oral? Comment envisager le lexique du sujet bilingue?
Deux mécanismes sont actuellement proposés pour rendre compte des procédures d'accès au lexique:

  • Des travaux plaident pour un processus de recherche séquentielle, active, assimilable à la consultation de fichiers, sans intervention des niveaux syntaxique et sémantique. Cette conception modulaire de l'accès lexical et, plus généralement, de la perception du langage soutient que les informations sont analysées par des processeurs autonomes organisés sériellement.

  • D'autres travaux suggèrent que les informations provenant de différents niveaux agissent interactivement lors de l'accès au lexique, soulignant l'importance des facteurs contextuels.

Quelle que soit la conception avancée, les travaux se caractérisent par la mise en œuvre de paradigmes expérimentaux précis et originaux permettant, par des mesures en temps réel, l'analyse des procédures de traitement au moment où elles interviennent.


La compréhension du langage

Si la frontière entre la perception des phrases et leur interprétation est difficile à tracer, il est généralement admis que, pour comprendre une phrase, l'individu doit extraire les informations qu'elle contient en les intégrant dans un ensemble cohérent dans le même temps où il utilise des inférences provenant de ses connaissances générales et spécifiques. La séquence des procédures de traitement de l'information pourrait être ainsi résumée: après avoir identifié les items lexicaux, l'individu procéderait à une analyse syntagmatique de la phrase, utilisant les indices morphologiques et syntaxiques pour attribuer les rôles grammaticaux et construirait à partir de là une interprétation sémantique. Cette séquentialité des opérations renvoie à un fonctionnement dit bottom-up, c'est-à-dire déterminé par les données. En réalité, certains travaux montrent qu'à chaque niveau d'analyse peuvent intervenir des traitements top-down, c'est-à-dire issus de connaissances intervenant à d'autres niveaux.
L'étude des stratégies mises en œuvre dans la compréhension montre que les propriétés structurelles (par exemple, la complexité de l'organisation syntaxique) constituent un déterminant de la complexité du traitement. Des travaux plaident en faveur d'un traitement autonome et automatique de certains aspects syntaxiques. D'autres travaux, y compris des recherches inspirées de l'intelligence artificielle, avancent que ce que fait l'individu n'est pas de construire une représentation syntaxique mais sémantique. Cette représentation sémantique est conçue comme un ensemble d'informations abstraites organisées en réseaux de divers types. En dépit des variantes proposées, il y a accord sur le caractère propositionnel de cette représentation, dont l'unité de base pourrait être la prédication. L'un des intérêts d'une représentation hiérarchique des propositions est sa capacité d'extension à des unités plus étendues que la phrase (par exemple, le texte).


La production du langage

Si la production du langage est, comme la perception, caractérisée par une série d'étapes, elle s'en distingue par deux propriétés essentielles: l'existence d'activités de planification et l'expression des intentions du locuteur.
Les activités de planification sont étudiées principalement à partir des erreurs de divers types chez l'individu normal ou aphasique (par exemple, les échanges de mots, les déplacements, les anticipations, etc...), et par l'analyse de la répartition et durée des pauses dans les corpus spontanés. On a ainsi distingué plusieurs niveaux de planification:

  • Le premier niveau: la représentation est de nature conceptuelle. La planification sémantique concerne des unités plus étendues que la phrase.
  • Le second niveau: c'est celui de l'interface entre représentation cognitive et verbalisation. L'unité de traitement semble correspondre à la proposition.
  • Le troisième niveau: les opérations phonologiques et de linéarisation du discours interviennent. Il s'agit du niveau où l'unité de programmation proposée pourrait être le syntagme.

L'étude des intentions du locuteur fait également intervenir de multiples dimensions:

  • les choix lexicaux,
  • l'ordre d'énonciation,
  • l'organisation séquentielle de l'information.

De plus, un énoncé ne se borne pas à formuler le contenu informationnel d'une représentation: il instaure une relation entre le locuteur, l'auditeur et ce contenu lui-même dans une situation d'énonciation particulière.
Si le langage a une fonction de représentation, il est aussi un instrument de communication. Le locuteur doit notamment décider du type d'acte de langage (assertion, interrogation, ordre, promesse, etc...), de sa forme (littérale ou métaphorique) et de la visée argumentative de son discours.
Produire un énoncé ou un discours, c'est construire une représentation de l'activité de l'auditeur, de ses connaissances et croyances. L'étude des productions ne peut donc faire l'économie des déterminations d'ordre pragmatique.


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