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La définition de Prépsychose


La prépsychose désigne un concept défini par l'école française de pédopsychiatrie pour repérer et traiter des enfants dont le fonctionnement mental présente un risque d'évolution vers une psychose à l'adolescence ou à l'âge adulte.


L'histoire de la prépsychose

De nombreux auteurs classiques se sont interrogés sur le passé des schizophrènes dans le dessein de découvrir des signes avant-coureurs de la psychose et de tenter de prévenir son apparition. Emil Kraepelin avait remarqué que certaines démences précoces (ou schizophrénies) avaient débuté bien avant l'adolescence. Mais, la plupart du temps, les psychiatres d'adultes étaient déçus dans leurs enquêtes.
Il a fallu attendre les années 1960 pour que le développement de la psychiatrie infantile permette de suivre et de traiter des enfants pendant de longues années. Les observations recueillies (en particulier dans le secteur de pédopsychiatrie du XIIIe arrondissement de Paris de René Diatkine) ont permis de mieux comprendre le développement des troubles de la personnalité de l'enfant prépsychotique. Les références théoriques de cet auteur sont psychanalytiques. Il utilise les apports des travaux des principaux psychanalystes d'enfants, tels que Melanie Klein ou Donald Winnicott, qui ont développé les aspects théoriques freudiens et appliqué la technique psychanalytique aux enfants.


La psychopathologie de la prépsychose

Le fonctionnement mental des enfants dits prépsychotiques présente des particularités communes avec l'organisation psychotique. On constate que l'établissement de la séparation pour le jeune enfant entre son monde intérieur et la réalité extérieure ne se fait que partiellement. L'enfant ne peut se protéger contre les angoisses liées aux discontinuités des soins maternels et il recourt trop facilement au mécanisme de la satisfaction hallucinatoire de son désir. Il fonctionne souvent en processus primaires (condensation-déplacement, comme dans les rêves). Il reste soumis au principe de plaisir, sans pouvoir médiatiser et utiliser les fonctions instrumentales (telles que langage et motricité), pour maîtriser son angoisse et sa détresse.
Ces difficultés dans l'acquisition normale des processus psychiques secondaires perturbent l'acquisition de la continuité du sentiment d'exister. Winnicott parle d'annihilation du self qui perturbe l'investissement narcissique et, donc, la maturation du moi de l'enfant. La permanence du moi et de l'objet n'est pas acquise. L'enfant prépsychotique va alors pouvoir fonctionner en faux-self, c'est-à-dire se conformer aux demandes de l'entourage, réagir aux stimulus mais, pour masquer l'authentique, gagner du temps, dénier son vécu angoissé et persécuté.
L'ambivalence normale dans la relation à autrui n'existe pas mais l'individu utilise le clivage. Le clivage du moi est la coexistence au sein du moi de deux attitudes psychiques à l'endroit de la réalité extérieure: l'une tient compte de cette réalité, l'autre la dénie sous l'influence des pulsions et détache le moi de la réalité. Cette réorganisation peut alors parfois éclater lors d'un investissement affectif nouveau ou si les exigences du milieu débordent les capacités défensives du moi de l'enfant. Le désir est alors vécu comme une blessure insupportable, une plaie béante, et peut provoquer une expérience délirante primaire, c'est-à-dire l'entrée dans la psychose de l'adolescence ou de l'âge adulte.


La prépsychose au plan clinique

Les enfants prépsychotiques peuvent présenter différents types de symptômes. Certains présentent une efficience intellectuelle satisfaisante, mais un comportement psychomoteur altéré. Ils sont dyspraxiques. Leur comportement social est conforme aux désirs de leurs parents. Ils évitent les conflits et sont bien tolérés par l'entourage, qui ne note qu'une certaine niaiserie et une faible curiosité.
C'est l'examen psychologique qui révèle le refoulement des représentants psychiques des pulsions, le déni de tout affect désagréable. Ces enfants peuvent évoluer vers une authentique schizophrénie ou devenir de faux débiles, résistant à toute thérapeutique. D'autres présentent des défenses névrotiques ou caractérielles, qui ont la particularité d'être inefficaces pour focaliser l'angoisse et permettre l'investissement de la vie intellectuelle. Ces enfants peuvent souffrir d'insomnie, d'autres sont atteints de phobies (par exemple, scolaires), qui persistent, laissant l'enfant en état de dépendance et de soumission dangereuse.
L'examen psychologique met en évidence l'insuffisance de l'investissement narcissique, la non-élaboration des fantasmes inconscients, qui prennent des allures persécutoires. L'évolution de ces formes pseudo-névrotiques ou caractérielles dépendra de la mise en place du processus thérapeutique, qui peut permettre une reprise des processus de mentalisation et d'accession à la génitalité, parfois au prix d'une cicatrisation par une limitation intellectuelle.
Un troisième groupe d'enfants peut présenter à la consultation des troubles d'apprentissage de la lecture et de l'orthographe. Mais l'échec rapide de toute tentative de rééducation met en évidence la prédominance de l'angoisse, que l'enfant ne parvient pas à contrôler par la formation de symptômes névrotiques ni par l'agitation psychomotrice. La dyslexie est liée non pas à un trouble des fonctions instrumentales mais à l'absence de sens de la langue écrite pour l'enfant. Selon Diatkine, « Il ne s'intéresse pas à cette représentation du discours ». L'enfant lutte ainsi contre la dépression et désinvestit son monde mental. Ces enfants résistent souvent à toute tentative de rééducation ou de psychothérapie. L'évolution peut se faire vers une pseudo-débilisation par inhibition ou vers une forme de psychose stable.


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