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La définition de Pinel


Philippe Pinel, médecin aliéniste (1745-1826).Philippe Pinel est un médecin aliéniste français. Il est né près de Gibrondes, (aujourd'hui Jonquières), dans le Tarn, en 1745. Il est mort à Paris, en 1826. Il est le fondateur de la psychiatrie en France.


L'histoire d'un mythe

Pinel apparaît souvent, dans la mythologie postrévolutionnaire, avec les qualités d'un héros médical, premier libérateur des insensés. Mais les faits ne donnent pas raison à cette gloire posthume que, de son vivant, Pinel lui-même n'avait jamais appelée. En effet, les travaux historiques de la fin du XXe siècle ont montré que ce mythe fondateur, créé et progressivement enrichi par son disciple Jean-Étienne Esquirol et par son fils Scipion Pinel (tardivement, en 1836), ne reposait sur aucune réalité.
Les quarante insensés premiers libérés, la visite soupçonneuse du terrible Couthon, paraplégique porté par ses gardes du corps, le courage du médecin luttant à la fois contre les préjugés de l'Ancien Régime et la police vraiment inquisitoriale du régime totalitaire de la Terreur, tout cela n'était que légende et roman familial, roman familial qui, au-delà de la tribu des Pinel, était celui de toute la psychiatrie naissante et de la bourgeoisie française monarchiste constitutionnelle puis républicaine.


Le parcours de Pinel

Pinel était un homme du Sud-Ouest, né d'une famille médicale, près de Castres. Il fait ses études classiques au collège de Lavaur, puis religieuses au collège de l'Esquille à Toulouse. Mais il quitte rapidement la soutane pour étudier la médecine, toujours à Toulouse, où il est reçu docteur le 21 décembre 1773, à 28 ans. Dès l'année suivante, il part pour Montpellier afin de s'y perfectionner dans l'art médical. Il y connaît Jean-Antoine Chaptal encore étudiant, y étudie la nosographie de Boissier de Sauvages et y suit l'enseignement de Paul-Joseph Barthez. Il n'y soutient pas de nouvelle thèse mais en rédige quelques-unes, assez médiocres, qu'il vend à des étudiants plus fortunés que scrupuleux.
C'est en 1778 qu'il part pour Paris avec l'espoir d'y faire carrière. Mais ses débuts dans la capitale sont assez modestes. Il y survit grâce à des leçons particulières de mathématiques et à la rédaction d'articles médicaux de circonstance. Cette activité de journaliste le conduit à prendre, en 1784, la direction de la Gazette de santé, que lui abandonne Jean Paulet. Il traduit les Institutions de médecine pratique de l'Écossais William Cullen en 1785, ouvrage qu'il copiera largement dans sa future Nosographie philosophique. En 1788, il donne une nouvelle édition commentée des oeuvres médicales de Baglivi. Au début, il n'exerce pas la médecine de clientèle. C'est seulement à partir de 1786 qu'il traite quelques malades mentaux dans la maison de santé du sieur Belhomme, réservée à des patients fortunés.
L'Ancien Régime l'ayant peu gâté, il suit avec passion le mouvement révolutionnaire. Ses lettres de 1789 à 1792 sont enthousiastes. Il partage alors tous les idéaux de la Révolution et fait même partie de la Section des Piques. C'est dans les rangs de celle-ci qu'il va participer au service d'ordre en armes avec les autres citoyens de sa section, lors de l'exécution de Louis XVI. Mais ce parricide national lui est intolérable. C'est l'occasion d'une révision déchirante de sa conviction révolutionnaire. Il ne supporte pas le régime de la Terreur, qui s'instaure alors progressivement. La pension Belhomme devient l'objet d'une enquête policière, car elle héberge de riches suspects considérés comme insensés tant qu'ils peuvent payer des notes exorbitantes. Il risque, en tant que médecin de cette maison, d'être lui-même inquiété. Aussi, il demande à Jacques-Guillaume Thouret, qui avait pu l'apprécier, de le faire nommer médecin à l'hospice de Bicêtre. Il occupe ces fonctions du 11 septembre 1793 au 29 avril 1795.
C'est au 7e emploi, réservé aux insensés agités, qu'il observe le travail du surveillant-chef Pussin et comprend l'importance du traitement moral dans sa dimension institutionnelle. Dans ce lieu dantesque qui sert de scène au mythe de la libération des aliénés de leurs chaînes, il semble qu'il se soit contenté d'avoir un rôle d'observateur prudent, laissant à son surveillant les initiatives les plus nombreuses. Chaud partisan de la réaction thermidorienne, il en suit le triomphal destin.
Nommé professeur adjoint de physique médicale et d'hygiène à la nouvelle École de santé de Paris, en 1794, il succède dès l'année suivante à Doublet dans la chaire de pathologie interne. Il est, depuis 1795, médecin-chef à l'hôpital de la Salpêtrière, où il poursuit sa carrière jusqu'à sa mort. Membre de l'Institut en 1803, il fait partie de la première fournée des décorés de la Légion d'honneur, créée par Napoléon, qui le fait nommer en 1805 médecin-consultant de l'Empereur. Il sert l'Empire, puis la Restauration, qui le décore de l'ordre de Saint-Michel en 1818. Malgré son opportunisme politique, il est révoqué en 1822 de son poste de professeur à la suite d'un chahut des étudiants en médecine parisiens dirigé contre le très réactionnaire ministère Corbière. Il a, quelques mois plus tard, un premier ramollissement cérébral et finit ses jours dans un état de démence artériopathique très avancée, le 25 octobre 1826.


La carrière de Pinel

La carrière de Pinel n'est pas celle d'un grand révolutionnaire, mais d'un médecin très cultivé dont la plume est beaucoup plus habile que la parole, assez embarrassée en public, d'un humaniste resté imprégné par la philosophie des Lumières. En fait, un homme du XVIIIe siècle qui ne trouve la fortune qu'à l'aube du XIXe siècle parce que la mort ou la disgrâce de tous ceux qui étaient devant lui ont laissé la place vide lui permettant de se hisser, d'une situation particulièrement modeste, au tout premier rang de la société française du Directoire.
Et c'est d'abord comme nosographe et clinicien que Pinel reste dans l'histoire de la médecine. Dès la première édition de sa Nosographie philosophique ou Méthode de l'analyse appliquée à la médecine, parue en 1798, nettement plus inspirée par Cullen que par Boissier de Sauvages, le médecin de la Salpêtrière base sa classification des maladies moins sur les symptômes que sur les organes lésés. Celle-ci s'appuie sur une méthode analytique apportée par des naturalistes comme Linné, Daubenton, Jussieu et par des anatomistes comparatistes tels que Cuvier. Elle aura une influence, peut-être exagérée, sur le développement de l'anatomie pathologique, dont les travaux de Xavier Bichat représentent la première étape française. Pour les vésanies (ou maladies mentales), Pinel suit l'ordre établi par William Cullen en ressentant une gêne évidente à les faire entrer dans une nosographie médicale.
D'ailleurs, il donne une classification très différente des vésanies dans son Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la manie, dont la première édition (1800) reste centrée sur la manie, maladie mentale qui en est pour Pinel le modèle le plus typique et le plus fréquent. Il y reconnaît d'abord que les causes de l'aliénation sont, soit prédisposantes (large part d'hérédité), soit occasionnelles (rôle important des événements extérieurs et des émotions violentes). Pinel ne croit pas à une organogenèse cérébrale directe. Il pense que les lésions cérébrales sont trop graves pour ne donner que des troubles mentaux. Elles entraînent des dégâts sérieux, sur le plan vital, et définitifs. Par le biais du concept assez ambigu de sympathie, il considère plutôt que les affections psychiques sont consécutives à des atteintes viscérales, elles-mêmes provoquées par les émotions et les passions. Il s'agit là, en quelque sorte, d'une théorie périphérique des émotions préfigurant les théories de William James et de Carl Lange. Les élèves de Pinel, d'Esquirol et surtout de Georget critiqueront cette conception confuse d'une espèce d'organogenèse secondaire.


Sa classification des maladies mentales

Reprise dans la deuxième édition de son Traité médicophilosophique (1809), qui ne porte plus le sous-titre de la Manie, sa classification des maladies mentales se fait finalement au niveau du comportement, en allant de la perturbation psychique la plus légère à la plus grave:

  • Elle commence par la simple mélancolie, ou délire partiel dirigé sur un seul objet qui précède la manie, ou délire généralisé avec sa forme particulière de manie furieuse sans délire.
  • Puis vient la démence, ou affaiblissement intellectuel généralisé: « Il n'y a point de jugement, ni vrai ni faux ; les idées sont comme isolées, et vraiment les unes à la suite des autres ; mais elles ne sont nullement associées [...] ».
  • Enfin, c'est l'idiotisme, degré ultime de la vésanie, avec l'abolition totale des fonctions de l'entendement. L'idiotisme peut être de naissance ou acquis. Ce dernier deviendra ultérieurement la démence aiguë avec Esquirol, la stupidité avec Georget, et la confusion mentale primitive avec Chaslin.

Pinel et le traitement moral des aliénés

Mais Pinel est aussi un des créateurs de l'asile. Avant tout pragmatique, il profite de la période post-révolutionnaire et des grandes facilités qui lui sont données pour jouer un rôle considérable dans l'organisation du traitement des aliénés. S'il développe le traitement moral déjà appliqué par les médecins anglais, en montrant qu'il y a toujours chez l'aliéné un reste de raison permettant de rétablir, dans une sorte d'alliance thérapeutique, le dialogue interrompu par la folie, il s'est surtout intéressé à la police, à la réglementation de l'institution hospitalière psychiatrique, qu'on va dénommer asile.
On peut constater que la deuxième édition de son Traité médico-philosophique comprend plus de deux cents pages nouvelles consacrées à son expérience institutionnelle à Bicêtre et, surtout, à la Salpêtrière. Il y montre l'importance des relations avec l'entourage familial, le milieu, les autres malades dans le déclenchement, la persistance, l'aggravation de la maladie mentale. Il met l'accent sur la discipline, la régulation de la vie des malades, leur classement rigoureux, l'isolement des plus dangereux. Il insiste sur la nécessité pour le médecin de participer à l'administration hospitalière. Les traitements médicamenteux n'ont pour lui qu'une importance secondaire. Le médecin aliéniste doit être avant tout un observateur et un directeur organisant et réformant constamment le réseau relationnel à l'intérieur de son service. On peut dire que Pinel, avec de telles conceptions, et par l'intermédiaire de son élève Esquirol, est le véritable précurseur de la mise en place d'une réglementation psychiatrique qui trouvera son cadre dans la loi promulguée le 30 juin 1838.
Si la Révolution française a été favorable à l'oeuvre de Pinel, c'est moins par les idéaux et les concepts nouveaux qu'elle apportait que par l'occasion inespérée qu'elle a donnée à un médecin jusque-là ignoré de gravir en quelques semestres tous les degrés de la hiérarchie médicale et hospitalière pour s'y trouver au sommet dès les débuts du Directoire. Conduit à s'intéresser aux malades mentaux, Pinel a su reprendre et développer des réformes humanitaires déjà entrevues par les intendants de Louis XV, et développées sous le règne de Louis XVI par le ministre Breteuil et les médecins Colombier et Doublet. Il a su les imposer au Consulat et à l'Empire et préparer ainsi l'avènement de la psychiatrie, comme une nouvelle spécialité médicale, en France et en Europe.


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