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La définition de Piaget


Jean Piaget, psychologue (1896-1980).Jean Piaget est un psychologue et un épistémologue suisse. Il est né à Neuchâtel, en 1896. Il est mort à Genève, en 1980.


La formation de Piaget

Piaget est né dans une famille universitaire. Ainsi, dès l'enfance, il s'intéresse aux sciences naturelles. Sous la conduite d'un zoologiste neuchâtelois, Paul Godet, il étudie les mollusques des lacs suisses et il publie des articles dans lesquels il aborde, à travers des études comparatives, le problème de l'adaptation au milieu. En 1921, il soutient une thèse de doctorat ès sciences sur la Malacologie valaisanne.
Mais, entre-temps, il a aussi suivi l'enseignement d'Arnold Reymond, qui l'oriente vers la philosophie, la logique et l'épistémologie. Ainsi, il lit beaucoup, notamment Aristote, Kant, Spencer, Bergson et James, et il décide, sans pour autant cesser de s'intéresser aux sciences naturelles et à la biologie, de se consacrer à la philosophie. Dans un essai (La mission de l'idée, 1916) et un roman (Recherche, 1918) apparaissent les préoccupations métaphysiques qui furent les siennes à l'époque. Mais, très vite, il les dépasse pour concentrer son attention sur le problème de la connaissance. Ainsi, à la recherche des instruments qui pourraient lui permettre de se donner une théorie scientifique de la connaissance, il est amené à la psychologie et, plus particulièrement, à la psychologie de l'enfant, car il pense que, à travers l'ontogenèse des conduites, c'est l'élaboration de la raison que l'on pourra comprendre.
Il va tout d'abord à Zurich pour suivre des cours de psychologie et de psychiatrie, en particulier ceux d'Eugen Bleuler, puis il vient à Paris, où il suit les enseignements de Léon Brunschvicg, d'André Lalande et de Pierre Janet. Théodore Simon, qui travaille sur l'intelligence de l'enfant, lui ouvre le laboratoire d'Alfred Binet et le charge de la mise au point de certaines épreuves du test de Binet-Simon. Piaget commence ainsi à faire des observations, dans une école de garçons, en particulier sur la logique des classes et des relations, et, dès 1921, il publie dans le Journal de psychologie un Essai sur quelques aspects du développement de la notion de partie.


Sa carrière universitaire

En 1921, Piaget rentre en Suisse et devient le collaborateur d'Édouard Claparède à l'Institut Jean-Jacques Rousseau de Genève. Il se marie et la naissance de ses trois enfants lui donne la possibilité d'observer quotidiennement de jeunes nourrissons dès leur naissance. Les observations minutieuses auxquelles il procède, avec la collaboration de sa femme Valentine, fournissent la matière de trois ouvrages: La naissance de l'intelligence chez l'enfant (1936), La construction du réel chez l'enfant (1937), La formation du symbole chez l'enfant (1946).
À partir de 1933, il assume la direction de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, où non seulement il trouve d'importants moyens de travail, mais où il rencontre des chercheurs remarquables tels qu'Alina Szeminska, avec laquelle sont menés les travaux sur la Genèse du nombre, et Bärbel Inhelder, avec laquelle s'établit une exceptionnelle collaboration de plus de 40 ans. En 1925, il avait succédé à Reymond dans la chaire de philosophie de l'université de Neuchâtel. Sa carrière universitaire se déroule ensuite entre Lausanne (1938 à 1951) et Genève (1939-1971), où il enseigne la psychologie expérimentale, la psychologie génétique mais aussi l'épistémologie. En outre, de 1952 à 1963, il occupe la chaire de psychologie de l'enfant à la Sorbonne et il vient chaque semaine à Paris pour assurer cours et directions de travaux.
Si sa carrière universitaire se termine en 1971, son œuvre scientifique devait se poursuivre jusqu'à sa mort, à la direction du Centre international d'épistémologie génétique (C.I.E.G.).


Le programme du C.I.E.G.

En 1950 avaient été publiés les trois volumes de l'Introduction à l'épistémologie génétique, qui préfiguraient le projet et annonçaient le programme du C.I.E.G., dont la création, en 1955, devint possible avec l'aide de la fondation Rockefeller. Dans ce Centre se rencontrèrent et collaborèrent psychologues, physiciens, mathématiciens, logiciens, biologistes, cybernéticiens, philosophes, venus du monde entier. De 1957 à 1980 furent publiés une quarantaine de volumes dans lesquels étaient confrontées les recherches menées par les psychologues sur le développement cognitif de l'enfant et les discussions relatives à la philosophie des sciences auxquelles participaient les savants invités. Certains de ces volumes sont relatifs à des problèmes d'épistémologie générale, épistémologie mathématique (1961) ou logique naturelle (1962). D'autres portent sur des notions spécifiques comme l'espace (1961) ou le temps (1966).
Piaget sut constituer autour de lui une équipe de chercheurs fidèles et enthousiastes et, s'il n'est pas possible de citer tous ceux qui ont contribué à l'élaboration de son oeuvre, tant à l'université qu'à l'Institut Jean-Jacques Rousseau et au C.I.E.G., il en est dont les noms sont trop étroitement associés à celle-là pour qu'on n'en fasse pas mention: Marc Lambercier, A. Morf, Jean-Blaise Grize, Pierre Gréco, François Bresson Morf, Jean-Blaise Grize, Pierre Gréco, François Bresson, Vinh Bang, Léo Apostel, entre autres.
En outre, Piaget assura, pendant de nombreuses années, des charges importantes au Bureau international de l'éducation et à l'Unesco, institutions pour lesquelles il a rédigé de nombreux rapports relatifs à l'enfance et à l'éducation. Mondialement connu, il était membre de nombreuses académies, dont l'Académie des sciences de New York et l'Académie royale de Belgique. Il fut fait docteur honoris causa des universités les plus prestigieuses (Harvard, Cambridge, Sorbonne, Oslo, Montréal, Rio de Janeiro, etc...) et fut lauréat de nombreuses distinctions scientifiques.


L'œuvre de Piaget

L'œuvre de Piaget peut paraître assez disparate quand on considère les titres des très nombreux ouvrages et articles qu'il a publiés (plus de 50 livres, près de 500 articles). D'autre part, il n'est pas facile d'en faire une analyse chronologique. En effet, entre 1965 et 1967, par exemple, sont publiés 3 ouvrages qui peuvent sembler répondre à des préoccupations très différentes: Sagesse et Illusion de la philosophie, L'image mentale chez l'enfant et Biologie et Connaissance. Mais, d'un autre côté, une grande continuité apparaît dans les préoccupations. En effet, dès 1924 était publié un ouvrage intitulé Le jugement et le raisonnement chez l'enfant, puis en 1955, en collaboration avec Inhelder, De la logique de l'enfant à la logique de l'adolescent. Enfin, les derniers travaux qui furent menés au C.I.E.G. en 1979-80 portaient sur la Logique des significations et les Raisons. C'est que l'intuition fondamentale qui sous-tend l'oeuvre de Piaget s'est déployée tout au long de sa vie selon des approches diverses:

  • la psychologie de l'intelligence,
  • la logique,
  • l'épistémologie,
  • la philosophie,
  • la biologie,
  • l'éducation.

En fait, il existe une unicité dans la problématique et une force dans la théorie qui donnent à l'oeuvre sa cohérence.
Ce que Piaget cherche à comprendre, ce sont les sources et les mécanismes du progrès, qu'il s'agisse de l'adaptation biologique ou de la connaissance. En ce qui concerne la connaissance, la source doit en être recherchée dans l'action que l'individu exerce sur le monde. Ainsi, un processus dit d'équilibration assure à la fois le progrès et la stabilité, qui sont également nécessaires à l'être vivant, grâce à une dialectique entre schèmes d'assimilation (l'individu s'incorpore des éléments extérieurs compatibles avec sa nature) et schèmes d'accommodation (l'individu se modifie en fonction des particularités des éléments assimilés sans pour autant perdre sa continuité et son indépendance).
La psychologie de l'enfant n'était pour Piaget qu'un instrument au service de l'épistémologie. Il n'en est pas moins connu avant tout pour ses travaux sur le développement de l'intelligence. Or, l'intelligence étant définie comme « la forme la plus générale de la coordination des actions et des opérations », la psychologie consiste en l'étude des opérations cognitives, qui sont propres aux différents niveaux de développement. On ne s'intéresse pas aux performances individuelles ou locales mais à la manière dont les individus se comportent face à certaines situations de problèmes. Les hiérarchies qu'on peut observer dans les modes de résolution attestent, empiriquement, à la fois l'existence d'opérations cognitives propres à chaque palier de développement et, surtout, l'organisation de celles-ci en structures opératoires d'ensemble, caractéristiques de chaque niveau (ou stade). Ces stades (stade d'intelligence sensori-motrice, stade préopératoire, stade des opérations concrètes et stade formel) apparaissent dans un certain ordre qui est constaté de fait, mais cette succession répond à une nécessité, dont la raison se trouve dans la dynamique même de l'activité cognitive. Les autres activités cognitives (par exemple, les mécanismes perceptifs, la mémoire, l'image mentale) sont toujours considérés par Piaget dans leur relation avec les structures opératoires.
À la naissance, le nourrisson vivrait dans un état d'indifférenciation avec le monde extérieur. C'est ce que Piaget appelle égocentrisme. Puis, par une décentration progressive, l'enfant parviendrait à se situer dans le monde comme objet parmi d'autres objets, dont il construit la réalité et la permanence. En même temps se construisent les schèmes d'actions, et les comportements observés attestent le développement d'une logique de l'action. Les actions, en s'intériorisant, prennent le statut d'opérations. Contrairement aux actions, qui sont irréversibles, les opérations sont réversibles, car elles peuvent faire l'objet de représentations dans des systèmes d'ensemble. Pour mettre en lumière les propriétés opératoires de ceux-ci, Piaget les décrit à l'aide d'un modèle logique: la structure de groupement. Le groupement, par opposition à la structure de groupe qui serait, pour Piaget, le modèle de la pensée formelle à laquelle accède l'adolescent, se caractérise, en particulier, par le fait que les opérations ne sont composables que de proche en proche, ce qui exclut la combinatoire. Néanmoins, la propriété de réversibilité des opérations, lorsqu'elles sont organisables dans une structure de groupement, permet la constitution d'invariants. Parmi ceux-ci, la conservation des quantités physiques (quantités continues et discontinues) est une des conditions de l'élaboration de l'idée opératoire de nombre. Celle-ci est le résultat de la coordination de deux structures opératoires préalables:

  • La structure du groupement additif des classes, principe de la classification.
  • La structure du groupement des relations asymétriques transitives, principe de la sériation.

Quant à la capacité de combiner les opérations dans tous les ordres possibles caractéristique du stade formel, elle est liée au développement de la pensée hypothético-déductive, qui dépend elle-même de la compréhension du possible et du nécessaire.


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