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La définition de Phobie



La phobie en psychiatrie

En psychiatrie, une phobie désigne une peur non raisonnée et continue d'un objet, d'un être vivant ou d'une situation déterminée qui, en eux-mêmes, ne présentent aucun danger. L'individu est conscient de l'irrationalité de sa phobie et il souffre du fait que son comportement est régi par l'évitement du stimulus phobogène et la crainte de lui être confronté inopinément.


Les phobies simples

Dans la population générale, les phobies sont fréquentes et de natures très diverses. Elles se dénombrent par centaines. Certaines subsistent toute une vie durant. D'autres s'estompent et même disparaissent, spontanément, avec l'âge. Elles peuvent ne s'inscrire dans aucun contexte étiopathogénique et ne gêner que modérément l'individu tant qu'il n'est pas confronté aux stimulations phobogènes. C'est le cas des phobies simples, telles les phobies de petits animaux (les souris, les serpents inoffensifs, etc...) ou d'insectes, les phobies d'objets (les armes à feu, le verre cassé, etc...) ou de situations (voyager en avion, être dans un endroit clos, etc...).
On peut se demander si ces phobies simples ne sont pas transmises culturellement ou si elles n'ont pas un rôle de protection pour l'individu, comme c'est le cas de certaines peurs enfantines qui, comme la peur de l'obscurité, ne se manifestent plus à l'âge adulte.


Les phobies perturbant la vie quotidienne

D'autres troubles phobiques traduisent une série d'évitements et de manifestations émotionnelles pouvant prendre un caractère obsessionnel et perturbant la vie quotidienne de l'individu. C'est le cas, notamment, de la phobie sociale et l'agoraphobie.
La phobie sociale se manifeste par un évitement des situations dans lesquelles l'individu serait amené à être observé et critiqué par les autres (par exemple, prendre la parole devant plusieurs personnes, aller au restaurant, avoir à aborder des questions sexuelles, etc...). Aussi, la peur de rougir, de trembler, voire de vomir peut accompagner ces phobies. Elles apparaissent dès l'adolescence, parfois plus tôt. Comme les phobies simples, elles peuvent passer inaperçues de l'entourage tant que l'individu, au prix de stratégies psychiquement épuisantes, arrive à se soustraire à ces situations sociales.
L'agoraphobie désigne étymologiquement la peur de se trouver dans des lieux publics d'où il est difficile de sortir rapidement. À l'heure actuelle, ce mot prend un sens plus large. En effet, il englobe les peurs des déplacements (par exemple, traverser une rue, passer sous un pont ou dans un tunnel) ou de certains lieux clos tels que les ascenseurs, les salles de cinéma ou les grands magasins, qui sont redoutés des claustrophobes. Les troubles des agoraphobes, comme ceux de nombreux autres phobiques, diminuent ou peuvent même ne pas se manifester lorsqu'ils sont accompagnés de personnes de leur choix, ce qui les met sous la dépendance de leur entourage. Aussi, leurs manifestations d'anxiété, anticipant la situation redoutée, s'accompagnent de troubles psychophysiologiques tels qu'une impression de faiblesse des jambes, d'évanouissement imminent, de sensations vertigineuses. Les attaques de panique sont présentes dans certaines formes d'agoraphobie et pourraient se trouver à l'origine de celles-ci. Les appréhensions des agoraphobes ne seraient plus, alors, liées à un stimulus externe mais constitueraient ce qui a été décrit comme étant la peur de la peur, cette dernière restant liée à des sensations internes dont les chercheurs estiment que les origines pourraient être soit physiologiques, soit biochimiques. Par conséquent, elles seraient accessibles à des agents pharmacologiques.
Par ailleurs, le traitement des phobies relève essentiellement des psychothérapies, de la psychanalyse ou d'une thérapie comportementalo-cognitive visant à permettre à l'individu d'affronter sans angoisse l'objet phobogène, l'anxiété et les effets dépressifs liés à ces phobies pouvant être parallèlement traités par chimiothérapie.


La phobie en psychanalyse

En psychanalyse, la phobie désigne une attaque de panique devant un objet, un animal, un aménagement particulier de l'espace qui jouent comme signaux d'angoisse. Ce symptôme, qui peut apparaître pendant la petite enfance et dans certains états de névrose et de psychose, n'exclut pas que l'on puisse parler de structure phobique, que l'on pourra définir, avec Charles Melman, comme une maladie de l'imaginaire.


La phobie selon Freud

Sigmund Freud l'appelle hystérie d'angoisse. Malgré l'éclatement de cette notion en symptômes divers surgis dans l'hystérie, la névrose obsessionnelle, la psychose même, il se dessine une spécificité structurale de la phobie. Son enjeu, qui peut être étudié dans la très fréquente et passagère phobie infantile, est la symbolisation même, dans son lien difficile avec l'imaginaire.
L'hystérie d'angoisse, chez Freud, s'oppose à l'hystérie de conversion, où de grandes formes d'excitation liée à l'investissement libidinal d'une représentation refoulée conduisent à un symptôme somatique. Dans l'hystérie d'angoisse, l'angoisse due à une représentation angoissante liée à la sexualité apparaît en elle-même, produit une fuite qui oriente l'investissement vers une représentation substitutive qui joue le rôle à la fois de signal d'angoisse et d'écran devant la vraie raison de cette angoisse, qui est à trouver et à définir.
Freud, dans l'analyse du petit Hans, expose un cas qui noue la question de la phobie, ici du cheval, à ce qu'on appelle phobie enfantile, c'est-à-dire ce moment de l'enfance, trois à cinq ans peut-être, où souvent l'individu prend peur de façon irraisonnée devant certains animaux et certains espaces et où surgit ainsi le signal de ce que Freud théorise comme l'angoisse de castration. Cette phobie se résout le plus souvent avec la prise en compte par l'enfant de l'ordre qui régit non seulement sa sexualité, mais la transmission et la filiation.
Dans Inhibition, Symptôme, Angoisse (1920), Freud renvoie la phobie à une angoisse du moi et situe ainsi l'angoisse de la phobie directement en relation avec la menace de castration, tandis que l'angoisse hystérique se manifeste par la perte de l'amour du côté de l'objet et que l'angoisse de la névrose obsessionnelle se joue par rapport au surmoi. Pourtant, il ne semble pas que ces précisions invalident l'idée d'une motion pulsionnelle refoulée qui reviendrait comme une perception de l'extérieur. Car, même si le concept freudien de projection, inventé et opératoire à propos de la paranoïa, ne convient pas vraiment à la phobie, dans la mesure où l'opposition de l'intérieur et de l'extérieur renvoie à une prégnance imaginaire qui ne peut organiser qu'en impasse les liens entre le langage et la façon dont l'individu s'y situe, on peut dire que la phobie pose la question même du refoulement.
Cependant, si le refoulement originaire y est en place, il semble que le lien entre les mots et l'imaginaire, qui concerne l'espace et le regard, constitue une solution originale. S'ajoute donc la question suivante: la cure d'un phobique doit-elle conduire à une névrotisation? S'il est vrai que le phobique a inventé tout un montage pour éviter la castration et la névrotisation qui marque la symbolisation qu'elle engendre, doit-on pour autant en éluder la raison, et peut-être le bénéfice, et ne pas tenter de repenser la question et les enjeux de la castration?


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