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La définition de Permanence de l'objet


La permanence de l'objet désigne un principe suivant lequel un objet (essentiellement un solide), lorsqu'il échappe à l'appréhension perceptive, est néanmoins conçu comme n'ayant pas cessé d'exister et peut donc être retrouvé, identique à lui-même, à différents moments du temps.


La permanence de l'objet dans la période sensori-motrice

Dans la description que Jean Piaget a faite de la période sensori-motrice, qui couvre les 18 premiers mois de la vie de l'enfant, la permanence de l'objet occupe une place centrale. C'est en fait le premier des principes de conservation.
La disparition d'un objet peut résulter, soit d'un masquage ou d'un déplacement de l'objet, soit d'un déplacement de l'observateur. C'est en général sur l'objet qu'on fait porter les changements de position spatiale et non sur l'individu, dont les capacités de déplacement sont, pendant longtemps, trop limitées.


L'acquisition de la permanence selon Piaget

La permanence n'est acquise que progressivement au cours de la première année, et le cheminement qui y conduit procède, selon Piaget, en six étapes successives:

  • Etape 1: l'absence de réaction à la disparition: par exemple, un hochet agité devant les yeux d'un nourrisson de 2 mois, éveille son intérêt. Il le fixe. Mais il ne le cherche ni ne manifeste de déplaisir quand celui-ci est soustrait à sa vue.

  • Etape 2: l'apparition de mimiques désappointées, voire de cris et de pleurs: elle se situe autour de 2 à 4 mois, mais sans ébauche de recherche.

  • Etape 3: l'apparition des conduites de continuation et d'anticipation: le nourrisson de 6-7 mois est capable de revenir à un objet proche, dont on l'a momentanément distrait. Il attend à son point de chute un objet qui tombe. Il anticipe le déplacement d'un mobile si sa trajectoire est simple. Ainsi, une sorte de permanence pratique s'instaure. Celle-ci est liée à l'action et non à l'objet. Cela peut être contrôlé lorsque, devant les yeux du bébé, on couvre un objet présent d'un linge facile à enlever. On constate alors qu'il ne soulève pas le cache, sauf par hasard ou si lui-même l'a mis en place.

  • Etape 4: un changement décisif: l'enfant âgé de 8 à 10 mois recherche systématiquement un objet enlevé à sa vue. Mais il le cherche là où il l'avait précédemment rencontré et non là où il a disparu (sous ses yeux). De sorte que si l'objet, avant sa disparition, a été déplacé, l'enfant commet une erreur de localisation. Cette erreur de place, typique, peut être mise en évidence de la façon suivante. On place devant un nourrisson deux caches A et B, aussi facilement atteignables l'un que l'autre. Sous son regard, on introduit d'abord l'objet sous le cache A. Le bébé de 8-10 mois découvre l'objet sans peine. Après quelques répétitions de cet acte, on transporte très visiblement l'objet sous B. La majorité des bébés, à l'âge ci-dessus indiqué, continue de chercher l'objet sous A.

  • Etape 5: le problème est résolu autour de 11 mois pour peu que le déplacement ait été bien perçu.

  • Etape 6: la condition de l'étape 5 n'est plus nécessaire: au-delà de 12 mois, l'enfant retrouve un objet inanimé en le cherchant à l'endroit précis où il l'a vu une dernière fois et retrouve un mobile en anticipant sa position à partir d'un mouvement simplement amorcé.

Cette construction étagée de la permanence spatiale montre qu'il ne s'agit pas d'une simple reconnaissance, mais bien d'une conservation intelligente, comme le dit Piaget. Elle constitue le premier schème coordonné qui lie l'identité de l'objet à deux actions s'annulant l'une par l'autre, sans confusion entre objet et action. Cette élaboration est d'ordre cognitif et illustre le premier stade du développement intellectuel. Elle prend appui sur des activités dites réflexes, telles que les réactions circulaires, mais elle est aussi créatrice de rapports disjonctifs, isomorphes à ceux qui se sont d'abord constitués au plan perceptif et ont donné lieu aux phénomènes de constance.


Le réexamen de la description de Piaget

La description piagétienne a fait l'objet de nombreux réexamens. La méthode choisie a pu apparaître insuffisamment systématique. La datation et la distinction des différentes étapes ont été discutées. Les modalités d'exploration perceptive sollicitées, la réponse demandée ont été mises en cause. Mais c'est surtout l'interprétation de l'erreur de place caractéristique du sous-stade 4 qui suscite la critique. En effet, à la lumière d'autres conduites contemporaines, on a pu l'attribuer à un système de référence spatial inadéquat plutôt qu'à une incapacité à conceptualiser la permanence. La permanence spatiale, la non-ubiquité, implique-t-elle l'identité de l'objet et la permanence de qualités qui lui sont intrinsèques (sa forme, sa taille, sa fermeture, etc...)? Cette relation a été contestée et on s'est attaché à mettre en évidence les premières qualités qu'un nourrisson attribue spontanément à l'objet.
Par exemple, on présente à des bébés de 4 à 9-10 mois, des objets partiellement masqués par d'autres (un bâton vertical, derrière une boîte et dont on ne voit plus que les deux extrémités, ou encore, une balle derrière une barre horizontale, etc...), puis on leur montre en concurrence, d'une part les deux parties visibles de l'objet sans les raccorder, et d'autre part, l'objet entier. Le temps de fixation préférentiel renseigne alors sur ce que l'enfant s'attend à voir, une fois le cache enlevé. Elizabeth Spelke conclut que le nourrisson, dès 4 mois, conçoit l'unité de l'objet, le dote de frontières stables et n'envisage pas qu'il se décompose lors d'un masquage ou d'un déplacement. Les discussions sur ce qu'est un solide pour le nourrisson opposent les théories piagétiennes à la théorie de Gibson.


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