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La définition de Oubli


L'oubli désigne l'impossibilité provisoire ou définitive de réaccéder consciemment à une information acquise ou à une expérience vécue dans le passé immédiat ou lointain. Il est possible que cette information ou cette expérience continue de produire des manifestations comportementales sans que l'individu ait conscience qu'il s'agit là de l'influence de son passé.


L'oubli pathologique et l'oubli normal

L'oubli est souvent considéré par ceux qui en font l'expérience comme une sorte de pathologie de la mémoire. S'il y a des cas où l'oubli est la conséquence pathologique d'un traumatisme affectant l'organe même de la mémoire, c'est-à-dire le cerveau, il y a bien d'autres situations où l'oubli n'est pas autre chose qu'une conséquence, en quelque sorte, du fonctionnement de la mémoire de l'homme. A ce titre, on peut considérer que, loin d'être une limitation, l'oubli normal constitue une nécessité.
Les systèmes intelligents artificiels n'oublient pas, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas encore capables de modifier significativement leurs connaissances en fonction de leur expérience du monde. Aussi, certains prodiges, capables de restituer des quantités considérables d'informations qui leur ont été présentées une seule fois, se plaignent parfois de ne pouvoir s'empêcher de se souvenir d'une page de l'annuaire du téléphone et de faire des erreurs lors de leurs démonstrations, car ils ne peuvent pas oublier des pages de chiffres qu'ils ont vues récemment. On peut donc dire, même s'il nous arrive souvent de se plaindre des limites de notre mémoire, que l'oubli constitue une nécessité fonctionnelle.


L'oubli répressif

Dès la fin du XIXe siècle, les amnésies psychopathologiques ont intéressé des hommes comme Pierre Janet, Sigmund Freud, Morton Prince. Elles se manifestent en particulier comme un oubli défensif, par lequel le patient fuit la récollection consciente d'un événement traumatisant du passé. C'est notamment ce qui se passe dans les amnésies hystériques étudiées par Janet, dans certains comportements de fugues pendant lesquelles les individus adoptent sans en avoir conscience une nouvelle identité et parfois une nouvelle vie, dans les cas de dédoublement de la personnalité, ou dans les cas de refoulement observés et théorisés par Freud. Dans toutes ces situations, les individus exercent inconsciemment une répression sur une catégorie de souvenirs pénibles, ce qui leur permet d'éviter d'y accéder.


L'oubli provoqué

Ce type d'oubli fait suite à un choc, un traumatisme, un accident cérébral, une affection virale, une tumeur ou une intervention neurochirurgicale. Dans ce cas, il y a atteinte directe du support matériel de la mémoire, c'est-à-dire du cerveau.
L'étude des amnésies organiques a donné lieu à une fructueuse collaboration entre les neurologues, les neurochirurgiens et les psychologues cherchant à construire des modèles de la mémoire normale. Une discipline s'est même développée à l'interface de ces domaines: la neuropsychologie. L'exploitation systématique, dans l'étude des amnésies, de cas de dissociations doubles entre les différentes fonctions de la mémoire (accessibilité-disponibilité, mémoire à court terme-mémoire à long terme, mémoire épisodique-mémoire sémantique, mémoire verbale-mémoire éidétique, mémoire implicite-mémoire explicite) a permis de développer et/ou de contraindre les modèles de la mémoire construits à partir des performances obtenues sur les individus normaux.
Indépendamment de l'importance accordée dans ces différents modèles aux processus d'encodage et/ou de récupération pour tenter d'expliquer différents syndromes amnésiques, de nouveaux résultats ont mis en évidence qu'il n'était pas si simple de traquer l'oubli. En effet, on a pu montrer que, dans certaines tâches de mémoire exigeant une participation consciente des individus (par exemple, le rappel ou la reconnaissance), les patients pouvaient avoir une performance nulle ou très faible. En revanche, dans d'autres tâches où la conscience n'est pas impliquée, leur comportement pouvait être influencé par des informations qu'ils ne pouvaient ni rappeler, ni reconnaître. Ainsi, on a pu observer que des patients atteints de prosopagnosie, c'est-à-dire qu'ils sont incapables de reconnaître les visages dans une épreuve où ils devaient sélectionner des photos de leurs proches, manifestaient une réaction galvanique de la peau (réponse électrodermale) lorsqu'on leur présentait une de celles-ci. Par conséquent, l'information stockée peut ne plus être accessible lorsqu'on utilise certaines tâches qui impliquent une récollection consciente, mais être encore disponible quand on utilise des tests moins contraignants pour les individus. Aussi, ces résultats ont donné lieu à une distinction entre mémoire explicite et mémoire implicite.


L'oubli régressif

Avec l'âge, les performances en mémoire diminuent. En effet, qu'il s'agisse des apprentissages nouveaux, de l'évocation des noms de personnes pourtant connues ou d'événements du passé récent, de nombreuses personnes font l'expérience négative de ces défaillances mnésiques. Ces troubles sont évidemment très différents de ceux qui ont été rapportés ci-dessus, même s'ils sont dus à la dégénérescence progressive des tissus cérébraux consécutifs à l'âge. Toutefois, étant donné l'augmentation rapide de l'espérance de vie, les progrès de la médecine, la volonté des personnes âgées de continuer à avoir des responsabilités sociales, les effets négatifs provoqués par la sénescence sont aujourd'hui vivement ressentis.
C'est pourquoi de nombreux travaux ont été consacrés à l'affaiblissement des capacités cognitives lié au vieillissement. Même si l'on ne peut pas déceler de soubassements organiques précis associés à l'âge, il existe au moins des similarités de surface entre les déficits mnésiques des personnes âgées et les syndromes amnésiques de patients cérébrolésés. Les travaux expérimentaux entrepris depuis quelques années sur ce sujet suggèrent que, si la capacité de la mémoire à court terme change relativement peu, en revanche, les tâches d'attention partagée ou celles qui entraînent une forte charge mentale sont beaucoup plus affectées par le vieillissement. Cela semble indiquer une réduction globale des ressources cognitives. De façon générale, les personnes âgées disposent de capacités d'encodage et de récupération de l'information moins performantes. Bien entendu, cela dépend également des occupations des individus et des activités cognitives qu'ils continuent ou non à exercer.


L'oubli banal

La psychologie, depuis les premiers travaux de Hermann Ebbinghaus sur la mémoire, a tenté de proposer diverses théories de l'oubli. Les deux plus connues sont les suivantes:

  • La théorie de la trace: c'est le déclin spontané des traces, ou la limitation de la capacité de la mémoire à court terme, qui est responsable de l'oubli. Autrement dit, si, pour une raison quelconque, l'information contenue en mémoire à court terme ne peut pas être entretenue par la répétition mentale, par exemple, ou ne peut pas être transférée en mémoire à long terme, sa trace s'affaiblira et disparaîtra. L'individu doit alors mobiliser diverses stratégies de répétition, d'organisation, de transfert s'il veut que l'information présentée soit retenue.

  • La théorie de l'interférence: il n'y a pas plusieurs dispositifs de stockage. Ce qui entraîne l'oubli, c'est à la fois les caractéristiques de construction du matériel et les contraintes temporelles qui président aux activités successives de l'homme. Alors que, dans la théorie de la trace, c'est le temps qui passe qui entraîne l'affaiblissement puis la disparition de l'information, pour la théorie de l'interférence, c'est le caractère successif des activités plus ou moins similaires effectuées par l'individu qui est responsable de l'oubli. D'ailleurs, ces effets peuvent être bidirectionnels et cela dans deux sens différents. D'une part, une tâche qui est en train de se dérouler peut affecter ce qui se passera par la suite (interférence proactive) ; une tâche qui se déroule à l'heure actuelle peut avoir des incidences sur la trace de ce qui s'est passé antérieurement (interférence rétroactive). D'autre part, ces effets peuvent être inhibiteurs, dans la mesure où ils affaiblissent les souvenirs, ou facilitateurs comme dans le cas de l'entraînement et des transferts positifs.

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