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La définition de Organogenèse



L'organogenèse au plan développemental

D'un point de vue développemental, l'organogenèse désigne le décours temporel de la différenciation des parties du corps douées d'organisations et de fonctions spécifiques.
Plus précisément, la création d'organes distincts jalonne le cours de l'embryogenèse chez les êtres organisés. Elle est repérée d'abord par des caractères morphologiques, puis fonctionnels. Chez l'embryon, la date à laquelle on peut détecter l'apparition de la bouche, de la patte ou de la main, des yeux, d'une structure cérébrale, constitue un critère de différenciation des espèces au sein d'une classe, puis selon les étapes de leur morphogenèse, au sein d'une famille.
La connaissance des étapes de formation d'un organe joue un rôle important dans la compréhension des facteurs d'anormalité et d'accidents tératologiques. Elle permet également de déterminer les vecteurs qui autorisent ou empêchent les transplantations cellulaires hétérotypiques et les greffes, mais aussi d'évaluer la plasticité de l'organe en fonction de son développement, ses possibilités de restructuration et de récupération fonctionnelle en cas de lésion.


L'histoire de l'organogenèse en psychiatrie

Il s'agit d'une conception étiologique générale qui attribue à une cause organique la plupart des troubles psychiatriques. L'organogenèse des maladies mentales a été défendue avec vigueur en France à partir de 1840. Les jeunes médecins aliénistes de l'époque rejetaient alors la causalité psychogénétique de la folie soutenue par Philippe Pinel et Jean-Étienne Esquirol.
Partant de l'idée qu'il fallait traiter le malade mental avec autant de respect que celui qui était atteint d'une affection médicale, ils allaient orienter leurs recherches vers la découverte de lésions anatomiques ou biologiques cérébrales susceptibles d'expliquer l'apparition des diverses formes de folie.
Ainsi, en 1845, Moreau de Tours, en publiant un ouvrage sur le haschisch, comparait les effets du toxique à ceux de la maladie mentale pour affirmer, un peu vite, que tous les troubles psychiques avaient une origine organique. Et on relisait la thèse de Antoine-Laurent Bayle, qui, en 1822, avait décrit une maladie à la fois mentale et neurologique, l'arachnitis (ou inflammation chronique des méninges), entraînant à la fois un délire évoluant vers la démence et une paralysie progressive. Cette méningite chronique devenait alors le modèle, le paradigme, de la maladie mentale due à une atteinte des méninges et du cerveau. On oubliait que ses premiers descripteurs n'en avaient fait qu'une phrénésie chronique, c'est-à-dire une folie symptomatique d'une atteinte cérébrale, une affection neuropsychiatrique pour y voir le type même de la folie essentielle.
Quelques années plus tard, en se basant sur les caractères évolutifs qui permettent d'individualiser des maladies en médecine, Jean-Pierre Falret donne à la folie circulaire un statut nosologique précis, confirmé par Emil Kraepelin, qui en fera la psychose maniaco-dépressive. Ce dernier base, lui aussi, son individualisation des affections mentales, et en particulier des psychoses, sur ce critère de l'évolution, renvoyant leur causalité organique à une cause somatique endogène dans une conception qui aura un grand succès, malgré son flou.
Henri Ey a tenté de donner à cette organogenèse la dimension dynamique qui lui manquait en construisant sa théorie de l'organodynamisme des maladies mentales, basée sur un néojacksonisme qui l'éclairait et l'écartait définitivement, croyait-il, de l'organomécanicisme, localisateur et réductionniste, des partisans habituels de l'organogenèse. En fait, il ne sortait pas lui-même d'un organicisme dont les aspects psychodynamiques restaient purement fonctionnels.
Mais entre-temps, dès le début du XXe siècle, Sigmund Freud et la révolution psychanalytique avaient redonné vigueur à la psychogenèse des maladies mentales. Aussi, avec leur sociogenèse, ils inspirent les aspects les plus dynamiques de la psychiatrie et la plupart des formes de psychothérapie actuelles.


L'organogenèse aujourd'hui

L'organogenèse reste tout à fait d'actualité et bien défendue, en particulier dans tout ce qu'on appelle psychiatrie biologique, neuropsychiatrie, psychopharmacologie et dans les diverses applications des neurosciences au diagnostic et au traitement des maladies mentales. Ces neurosciences ont apporté des éclairages nouveaux très importants:

  • La neuropsychologie: elle a renouvelé profondément le problème des localisations cérébrales et permis de grands progrès dans la connaissance de l'asymétrie des fonctions cérébrales entre les deux hémisphères et dans celle des restaurations post-lésionnelles du cerveau.

  • La neurochimie cérébrale: elle est centrée sur les neuromédiateurs et les systèmes adrénergiques, dopaminiques et sérotoninergiques, a permis de mieux comprendre les perturbations de la transmission synaptique et le fonctionnement de certains psychotropes.

Mais il s'agit encore de connaissances fragmentaires, au sein d'une complexité neurochimique très grande, qui ne peuvent expliquer la pathogénie des maladies mentales dans une perspective uniciste, comme le voudraient certains. En fait, les grands conflits entre les idéologies dominantes privilégiant une seule causalité et méprisant les autres ne sont plus de mode. Aussi, sans tomber dans l'athéorisme, les psychiatres d'aujourd'hui ont plutôt tendance à considérer de multiples facteurs dans le déclenchement d'une maladie psychique et à utiliser les divers modèles proposés par les chercheurs, selon leur valeur heuristique, pour expliquer un point précis du développement, de la symptomatologie ou du traitement de l'affection mentale de leur patient.


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