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La définition de Œdipe



Le complexe d’œdipe

Il s'agit de l'ensemble des investissements amoureux et hostiles que l'enfant fait sur les parents lors de la phase phallique. Mais le complexe d’œdipe désigne également le procès qui doit conduire à la disparition de ces investissements et à leur remplacement par des identifications.
Sigmund Freud a très vite repéré les manifestations du complexe d’œdipe et mesuré leur importance dans la vie de l'enfant comme dans l'inconscient de l'adulte. Aussi, en écrivant à Wilhelm Fliess, Freud précise: « J'ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d'amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants. » Plus tard, il écrira: « Cela est si facile à établir qu'il a vraiment fallu un effort pour ne pas le reconnaître. En fait tout individu a connu cette phase mais l'a refoulée. »


Le complexe d’œdipe du garçon

C'est sur le cas du garçon, considéré comme plus simple et comportant moins de zones d'ombre que celui de la fille, que Freud appuie sa description. La préhistoire du complexe d'œdipe lui semble difficile à établir avec certitude, mais il pose qu'elle comporte, d'une part, une identification primaire au père pris comme idéal, identification d'emblée ambivalente, et d'autre part, un investissement libidinal premier intéressant la personne qui prend soin de l'enfant, c'est-à-dire la mère. Aussi, ces deux relations, d'abord indépendantes, confluent pour réaliser le complexe d'œdipe.
La description qu'il donne dans l'Abrégé de psychanalyse (1940) permet d'apprécier comment le complexe d'œdipe est lié à la phase phallique de la sexualité infantile: « Quand le garçon (vers deux ou trois ans) entre dans la phase phallique de son évolution libidinale, qu'il ressent les sensations voluptueuses fournies par son organe sexuel, quand il apprend à se les procurer lui-même à son gré par excitation manuelle, il devient alors amoureux de sa mère et souhaite la posséder physiquement de la manière que ses observations d'ordre sexuel et son intuition lui ont permis de deviner. Il cherche à la séduire en exhibant son pénis dont la possession le remplit de fierté, en un mot, sa virilité tôt éveillée l'incite à vouloir remplacer auprès d'elle son père qui jusqu'à ce moment avait été un modèle à cause de son évidente force physique et de l'autorité dont il était investi ; maintenant, l'enfant considère son père comme son rival. »
C'est par simplification que l'on réduit le complexe d'œdipe du garçon à l'attitude ambivalente à l'égard du père et à la tendance uniquement tendre envers la mère. Or, il ne s'agit là que de la partie positive du complexe. Une investigation plus poussée le découvre la plupart du temps sous sa forme complète, positive et négative, le garçon adoptant en même temps la position féminine tendre envers le père et la position correspondante d'hostilité jalouse à l'égard de la mère. Cette double polarité est due à la bisexualité originaire de tout être humain.
Produit de la phase phallique, le complexe d'œdipe est détruit par le complexe de castration. En effet, lorsque le garçon a admis la possibilité de la castration, aucune des deux positions œdipiennes n'est plus tenable: ni la position masculine, qui implique la castration comme punition de l'inceste, ni la position féminine, qui l'implique à titre de présupposition. Le garçon doit donc abandonner l'investissement objectal de la mère, qui sera transformé en une identification. Il s'agit le plus souvent d'un renforcement de l'identification primaire au père, mais ce peut être aussi une identification à la mère, ou bien encore la coexistence de ces deux identifications. Ces identifications secondaires, notamment la paternelle, constituent le noyau du surmoi. Le père ayant été reconnu comme obstacle à la réalisation des désirs œdipiens, l'enfant introjecte son autorité, emprunte au père la force nécessaire pour ériger en lui-même cet obstacle. Cela doit aboutir non pas à un simple refoulement, mais à une destruction et à une suppression du complexe. Cependant, Freud précise que la frontière entre le normal et le pathologique n'est jamais tout à fait tranchée. D'ailleurs, il observe que le choix d'objet œdipien réapparaît à la puberté et que l'adolescent se trouve devant la très lourde tâche de rejeter ses fantasmes incestueux et d'accomplir « une des réalisations les plus importantes mais aussi les plus douloureuses de la période pubertaire: l'affranchissement de l'autorité parentale ».
Le complexe d'œdipe est donc un procès qui doit aboutir à la position sexuelle et à l'attitude sociale adultes. Non surmonté, il continue à exercer depuis l'inconscient une action importante et durable et à constituer avec ses dérivés le complexe central de chaque névrose.


Le complexe d'œdipe de la fille

Après avoir longtemps situé le complexe d'œdipe de la fille comme le simple analogue de celui du garçon, Freud a souligné que sa préhistoire était différente. En effet, la fille a, comme le garçon, la mère comme premier objet d'amour et, pour pouvoir orienter son désir vers le père, il faut d'abord qu'elle se détache de celle-ci. Le processus qui mène au complexe d'œdipe est donc nécessairement chez elle plus long et plus compliqué. Ce processus commence lorsque la fille constate son infériorité par rapport au garçon et se considère comme castrée. Elle peut alors, soit se détourner de la sexualité, soit ne pas démordre de sa masculinité, soit choisir une troisième voie « très sinueuse qui débouche dans l'attitude féminine normale finale qui choisit le père comme objet ».
L'asymétrie entre le complexe d’œdipe du garçon et celui de la fille tient donc à leurs rapports respectifs avec le complexe de castration. Chez le garçon, celui-ci met fin au complexe d'œdipe, tandis que chez la fille, il lui ouvre, au contraire, la voie. Les principales étapes de cette voie très sinueuse sont les suivantes:

  • Tout d'abord, sous l'influence de l'envie du pénis, la fille se détache de la mère, à laquelle elle reproche de l'avoir mise au monde si mal pourvue.
  • Puis l'envie du pénis trouve un substitut dans le désir d'avoir un enfant, selon une équation symbolique. Dans ce but, la fille prend le père comme objet d'amour.
  • Dès lors, elle s'identifie à la mère, se met à sa place et, voulant la remplacer auprès du père, se met à la haïr. Ainsi, à la rancune liée à l'envie du pénis s'ajoute alors la jalousie œdipienne.

Quant au motif de la disparition du complexe d'œdipe chez la fille, Freud considère qu'il n'est pas clair et il ajoute que les effets du complexe continuent d'ailleurs souvent à se faire sentir dans la vie mentale normale de la femme dont le « surmoi ne sera jamais si inexorable, si impersonnel, si indépendant de ses origines affectives que ce que nous exigeons de l'homme ». Toutefois, il tempère ce jugement en remarquant que c'est là le résultat de « constructions théoriques de la masculinité pure et de la féminité pure » et qu'il doit être relativisé compte tenu de la constitution bisexuelle de chaque individu.


La signification de l'œdipe selon Lacan

La signification de l'œdipe ne doit pas être réduite au conflit œdipien imaginaire, à ce que Jacques Lacan appelle le guignol de la rivalité sexuelle. Le passage par l'œdipe aboutit à la position hétérosexuelle et à la formation du surmoi, dans lequel Freud voit la source de la morale et de la religion.
La représentation triangulaire qui est souvent proposée ne rend pas compte de la fonction de l'œdipe parce qu'elle ne montre pas qu'il s'agit d'un procès et qu'a fortiori elle n'indique rien de son issue. Cela tient à ce qu'elle attribue au père et à la mère des positions symétriques qui ne sont pas les leurs. En effet, Freud parle d'un seul point concret, celui de l'attitude envers le père, qui détermine l'évolution du complexe chez le garçon comme chez la fille. C'est pourquoi Lacan n'utilise pas cette représentation triangulaire mais parle de la métaphore paternelle. Il appelle Nom-du-Père la fonction symbolique paternelle, soit ce qui constitue le principe efficace de l'œdipe, et il montre que le Désir de la Mère est rejeté dans les dessous par le Nom-du-Père, l'opération aboutissant à un signifié qui est le phallus et cela pour les deux sexes.
Cette façon d'écrire l'œdipe fait valoir que sa fonction est de promouvoir la castration symbolique. Lacan souligne que, si le Nom-du-Père assure cette fonction dans notre civilisation, cela découle de l'influence du monothéisme et n'a rien d'obligatoire ni d'universel. Le mythe œdipien est actif dans l'inconscient de l'individu occidental, mâle ou femelle, mais, dans d'autres civilisations, africaines par exemple, l'œdipe peut n'être qu'« un détail dans un mythe immense », d'autres structures symboliques s'y trouvant en position de promouvoir la castration.
En ce qui concerne les conséquences de la normalisation œdipienne, Freud constate qu'elle est à l'origine d'une ferveur nostalgique à l'endroit du Père (le Moi et le Ça). Bien que Lacan le reprend en disant que le mythe œdipien « n'en finit pas avec la théologie », il précise qu'il va au-delà. En effet, il avance que le mythe œdipien attribue au Père l'exigence de la castration, alors qu'elle n'est qu'une conséquence de la soumission de l'être humain au signifiant.


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