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La définition de Nom-du-Père



Le Nom-du-Père en psychanalyse

Il s'agit du produit de la métaphore paternelle qui, dans un premier temps, attribue la fonction paternelle à l'effet symbolique d'un pur signifiant et qui, dans un second temps, désigne ce qui régit toute la dynamique subjective en inscrivant le désir au registre de la dette symbolique.
Le père est une vérité sacrée dont pourtant rien dans la réalité vécue n'indique la fonction ni la dominance car il reste d'abord une vérité inconsciente. C'est donc nécessairement au travers d'une élaboration mythique que sa fonction a émergé dans la psychanalyse et qu'elle traverse toute l'oeuvre de Sigmund Freud. Très tôt, Freud avait repéré dans les notions de destin et de providence les figures parentales. Et l'on sait par ailleurs, au regard du grand nombre de traités de l'Antiquité sur ce thème, combien le destin fut une des préoccupations majeures des philosophes et des moralistes. Mais si le Nom-du-Père est un concept fondamental dans la psychanalyse, cela tient au fait que ce que le patient vient chercher dans la cure est le trope de son destin, c'est-à-dire, ce qui de l'ordre de la figure de rhétorique, vient commander son devenir. À ce titre, Œdipe et Hamlet restent exemplaires. Pour autant, cela ne signifie pas que la psychanalyse invite à une maîtrise de ce destin dans la mesure où le Nom-du-Père consiste principalement en la mise en règle de l'individu avec son désir, au regard du jeu des signifiants qui l'animent et constituent sa loi.
Pour expliciter ce fait, il convient de revenir à la formalisation de Jacques Lacan, celle de la métaphore paternelle, formalisation dont on observe qu'elle consiste uniquement en un jeu de substitution dans la chaîne signifiante et organise deux temps distincts qui peuvent aussi bien tracer le trajet d'une cure dans son ensemble.


La formalisation en deux temps de la métaphore paternelle

Le premier temps réalise l'élision du désir de la mère pour y substituer la fonction du père en ce qu'elle conduit, au travers de l'appel de son nom, à l'identification au père et à l'extraction de l'individu hors du champ du désir de la mère. Ce premier temps, décisif, régule, avec toutes les difficultés attenantes à une histoire particulière, l'avenir de la dialectique œdipienne. Il conditionne ce qu'il est convenu d'appeler la normalité phallique, c'est-à-dire la structure névrotique qui résulte de l'inscription d'un individu sous le coup du refoulement originaire.
Dans le second temps, le Nom-du-Père, en tant que signifiant, vient redoubler la place de l'Autre inconscient. Il dramatise à sa juste place le rapport au signifiant phallique originairement refoulé et institue la parole sous les effets du refoulement et de la castration symbolique, condition sans laquelle un individu ne saurait valablement assumer son désir dans l'ordre de son sexe.


La corrélation entre le Nom-du-Père et le désir

À partir de là découlent plusieurs conséquences: la métaphore étant création d'un sens nouveau, le Nom-du-Père prend dès lors une signification différente. Si le nom inscrit d'abord l'individu comme chaînon intermédiaire dans la suite des générations, ce nom en tant que signifiant intraduisible supporte et transmet le refoulement et la castration symbolique. En effet, le Nom-du-Père venant au lieu de l'Autre inconscient symboliser le phallus, il redouble par conséquent la marque du manque dans l'Autre et, par les effets métonymiques liés au langage, il institue un objet cause du désir.
Ainsi s'établit entre Nom-du-Père et objet, cause du désir, une corrélation qui se traduit par l'obligation, pour un individu, d'inscrire son désir selon l'ordre de son sexe, rassemblant sous ce nom, le Nom-du-Père, du même coup l'instance du désir et la Loi qui l'ordonne sur le mode d'un devoir à accomplir. Un tel dispositif se distingue radicalement de la simple nomination puisque le Nom-du-Père signifie ici que l'individu assume son désir comme assenti à la loi du père et aux lois du langage. Le défaut éventuel de cette dernière opération se traduit cliniquement par de l'inhibition ou par une impossibilité de donner suite au désir dans ses conséquences affectives, intellectuelles, professionnelles ou sociales.
Lorsque Jacques Lacan rappelle que le désir de l'homme, c'est le désir de l'Autre, il faut entendre que ce désir est prescrit par l'Autre, forme avérée de la dette symbolique et de l'aliénation, et que, d'une certaine façon, cet objet est également arraché à l'Autre. Ainsi le Nom-du-Père résume l'obligation d'un objet de désir jusque dans l'automatisme de répétition.


La naissance de la religion comme symptôme

Moïse et le monothéisme démontre que le refoulement du meurtre du père engendre une double prescription symbolique:

  • Vénérer le père mort.
  • Avoir à susciter un objet de désir permettant de se reconnaître parmi les élus.

Un tel procès situe donc le Nom-du-Père au registre du symptôme. En sorte que le nécessaire du Nom-du-Père, en tant qu'il est nécessaire au fondement de la normalité phallique, revient sous forme de question du nécessaire du symptôme dans la structure. Cela n'est pas une simple pétition de principe puisque, si la métaphore crée un sens nouveau, la traduction en sera un symptôme original de l'individu. C'est sous doute pour cette raison que Lacan affirme qu'il y a des Noms-du-Père, ce que la cure peut confirmer.
Il subsiste néanmoins un paradoxe. En effet, si le Nom-du-Père signifie la prise en compte par l'individu du désir dans toutes ses conséquences, il est aussi ce qui essentiellement fonde la religion et ce qui humanise le désir. La question dans la cure est alors la possibilité de lever en partie l'hypothèque du nécessaire à la structure. Car, dans la parole de l'individu, l'interrogation porte toujours sur « qui parle au-delà de l'Autre? ». La réponse traditionnelle y met le Nom-du-Père. Lacan avait cru devoir suggérer que, si la cure permettait la mise en place du Nom-du-Père, sa fonction était d'amener l'individu à pouvoir s'en passer.


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