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La définition de Névrose


La névrose est une maladie mentale dont l'individu reste douloureusement conscient et qui, malgré les troubles permanents de la personnalité qu'elle peut entraîner, n'en affecte pas profondément les fonctions essentielles. Les troubles névrotiques sont extrêmement fréquents. En effet, ils touchent environ 12% de la population. Ils se répartissent en cinq grandes catégories:

  • Les roubles anxieux, paniques et phobiques: il s'agit de l'anxiété, des attaques de panique, de l'agoraphobie, des phobies simples et des phobies sociales.
  • Les troubles obsessionnels compulsifs (T.O.C.).
    Les troubles hystériques: il s'agit des hystéries avec les conversions somatiques.
  • L'hypocondrie et les troubles somatoformes: ces derniers se manifestent en dehors des conversions.
  • Les troubles dépressifs et réactionnels au stress.

La naissance et le développement du concept de névrose

Le terme de névrose a été introduit en 1769, par William Cullen, pour définir l'ensemble des maladies nerveuses en affirmant leur origine organique et pour donner un cadre nosologique spécifique à la neurologie naissante. Ce terme va progressivement recouvrir le champ d'affections mentales dont la causalité psychogénétique est de plus en plus évidente. En effet, la névrose recouvre d'abord les vésanies, c'est-à-dire tout le domaine de la folie, des psychoses, puis les psychonévroses, d'où émergent, d'une part l'hystérie, et d'autre part, la névrose obsessionnelle.
C'est d'abord avec Philippe Pinel que la classe des névroses de sa Nosographie philosophique (1797) regroupe à la fois des maladies neurologiques organiques, comme les affections comateuses ou l'apoplexie cérébrale, et des maladies qui tiennent pour lui à des causes morales, comme les affections hypocondriaques et mélancoliques, l'hystérie et le somnambulisme.
Mais c'est surtout au milieu du XIXe siècle, avec les progrès de la médecine anatomo-pathologique, que seront peu à peu écartées des névroses toutes les affections neurologiques spécifiques comme la paralysie agitante (devenue la maladie de Parkinson), ou la sclérose latérale amyotrophique. Mais ces découvertes restent limitées. Car c'est bien selon leurs caractères négatifs que se définissent alors les névroses. En effet, ce sont des états morbides, mais généralement sans fièvre, sans lésion précise, n'entraînant pas de changements profonds et définitifs, ayant une évolution mal prévisible pour ne pas dire imprévisible. L'atteinte de l'intelligence, de la sensibilité, de la motilité y est toujours incomplète, parcellaire, fugace.
Aussi, devant l'échec de l'anatomie pathologique, il était tentant de rechercher une atteinte purement fonctionnelle. Déjà, Achille Foville avait parlé d'une localisation qui ne serait pas anatomique, mais purement physiologique. Mais c'est surtout Jean-Martin Charcot qui essaiera de préciser les troubles fonctionnels de l'hystérie, et, devant son échec, ses élèves orienteront les recherches vers une causalité psychologique des névroses. Avec eux apparaît alors le terme de psychonévrose, qui marque un tournant décisif dans l'évolution du concept nosologique tel qu'il sera compris par Sigmund Freud et les psychanalystes qui vont en centrer l'origine sur la notion de conflit intrapsychique.


L'apport de la psychanalyse dans la névrose

Freud donne tout son sens à la notion de conflit intrapsychique en le situant entre conscient et inconscient, et en l'articulant autour du mécanisme fondamental du refoulement. En effet, la psychanalyse apparaît d'emblée comme une psychologie dynamique qui privilégie la notion de conflit psychique. Ainsi, tout comportement est finalement l'expression d'un conflit, soit entre l'individu et le milieu extérieur, soit à l'intérieur de lui-même.
Ces conflits se résument dans l'opposition entre les deux grands principes freudiens:

  • Le principe de plaisir: il régit la vie du nourrisson dans la période néonatale. En l'absence de l'objet qui peut satisfaire l'enfant (la mère), ce dernier dispose, par l'hallucination qui supprime le monde réel, de la satisfaction hallucinatoire du désir. Mais, peu à peu, le principe de réalité oblige l'enfant à admettre la réalité avec ses frustrations et ses interdits.

  • Le principe de réalité: il s'affronte constamment au principe de plaisir dans le fonctionnement de l'appareil psychique.

L'appareil psychique fonctionne donc selon un modèle topologique qui, au début, séparait l'appareil psychique en inconscient, obéissant au principe de plaisir, et conscient, obéissant au principe de réalité.
À partir de 1920, Freud modifie cette topique en y décrivant trois systèmes:

  • Le ça: il s'agit de la partie de l'ancien inconscient, système des instincts sous la dépendance du principe de plaisir.
  • Le moi: il s'agit du conscient, du principe de réalité.
  • Le surmoi: il s'agit de l'inconscient quoique issu du moi. Ce système contient des éléments refoulés par le moi sous la pression de la réalité.

La notion de refoulement y reste essentielle. Et c'est dans cette perspective que Freud situe les névroses, en les reliant en particulier à une fixation à un stade libidinal: la névrose obsessionnelle au niveau cloacal, et la névrose phobique et l'hystérie au niveau génital préœdipien.
Avec les névroses dites de caractère et les névroses traumatiques réactionnelles à un événement traumatique physique ou psychique, celles-là constituent toujours le cadre nosologique de référence. Plus précisément, le champ clinique des névroses se définit par des symptômes névrotiques et par le caractère névrotique du moi. Les premiers sont les troubles des conduites, des sentiments ou des idées qui manifestent une défense contre l'angoisse et constituent à l'égard de ce conflit interne un compromis dont l'individu tire dans sa position névrotique un certain profit. Le second est caractérisé par le fait que le moi ne peut pas trouver dans l'identification de son propre personnage de bonnes relations avec autrui et un équilibre intérieur satisfaisant, ce qui ne l'empêche pas de maintenir avec la réalité un contact presque normal.


La névrose aujourd'hui

Le terme de névrose est en train de disparaître. En effet, on a assisté avec le DSM III (1980), à son exclusion de cette classification. Aussi, Robert Spitzer, un des principaux responsables de la rédaction de ce manuel de diagnostic, s'en expliquait ainsi: « Le terme de névrose a été exclu de cette nomenclature parce que cette dernière voulait s'établir dans un contexte étiologique athéorique pour ne pas avoir à réconcilier tous les aspects doctrinaux de la psychiatrie. Or, le terme de névrose, empreint de doctrine psychanalytique, implique une étiologie de conflits intrapsychiques inconscients et une pathogénie basée sur des mécanismes de défense inconscients, les seules justifications pour grouper sous une rubrique de névrose des conditions dont la symptomatologie est aussi disparate que la névrose d'angoisse, la dépression névrotique, les névroses hystériques de conversion. »
Remplacées par une série de troubles affectifs, de troubles anxieux, de troubles somatoformes, etc..., les névroses disparaissent donc du diagnostic américain.


La névrose expérimentale

Il s'agit de troubles comportementaux durables, mais, dans la plupart des cas, réversibles, observables chez l'animal placé dans certaines conditions d'apprentissage. C'est Ivan Pavlov qui donna le nom de névrose expérimentale aux perturbations comportementales pouvant survenir au cours d'un apprentissage discriminatif chez l'animal.
Dans une procédure de conditionnement, lorsque l'animal est entraîné à donner une réponse conditionnelle de salivation à la présentation d'un cercle (stimulus conditionnel) qui annonce un plat de nourriture (stimulus inconditionnel), on peut lui apprendre à discriminer ce cercle d'une ellipse de même surface par une procédure de discrimination. Ainsi, on présente le stimulus inconditionnel chaque fois que le cercle est montré, et sa non-présentation consécutivement à l'ellipse, permet l'établissement de cette discrimination (la réponse de salivation à l'ellipse s'éteint progressivement).
On peut alors faire varier la forme de l'ellipse en la rapprochant de celle du cercle afin d'analyser les capacités discriminatives de l'animal. Toutefois, si l'ellipse devient trop peu différente du cercle, l'animal est incapable de discriminer les deux stimulus et son comportement change brusquement. En effet, il s'agite, gémit et présente des réactions émotionnelles plus ou moins violentes. Ces troubles comportementaux peuvent s'accompagner de manifestations psychosomatiques telles que la tachycardie, l'ulcère gastrique, etc...
Les manifestations comportementales de la névrose expérimentale présentent sans doute des similitudes avec les comportements névrotiques humains, à tel point que de nombreuses tentatives ont été faites pour traiter les névroses par des procédures de conditionnement, celui-ci étant supposé à la base de leur développement. Toutefois, la nature hautement symbolique des conduites névrotiques humaines rend difficile leur réduction pure et simple au schéma des névroses expérimentales de l'animal.


La névrose institutionnelle

Il s'agit d'un ensemble de troubles névrotiques et psychotiques acquis par un patient hospitalisé dans une institution psychiatrique depuis plus de deux ans, du fait de cette hospitalisation.
Aussi, à partir d'une étude des modifications comportementales qu'entraîne la vie dans une institution, le psychiatre britannique Russell Barton a décrit, vers la fin des années 1950, différents symptômes psychiatriques apparaissant chez des schizophrènes internés. Ils viennent en quelque sorte se surajouter à la symptomatologie individuelle du patient. Cette névrose rejoint ce qui avait déjà été décrit par les psychiatres anglais du XIXe siècle sous le nom d'Asylum Dementia et ce qu'on appelle, en France, l'asilisme.


La névrose obsessionnelle

Il s'agit d'une entité clinique isolée par Freud grâce à sa conception de l'appareil psychique. Plus précisément, l'interprétation qui faisait des idées obsédantes l'expression de désirs refoulés a permis à Freud d'identifier comme névrose ce qui, jusque-là, figurait comme folie du doute, phobie du toucher, obsession, compulsion, etc... Les symptômes obsessionnels sont purement mentaux et pourtant ils sont plus obscurs.
La prédilection de cette névrose pour le sexe masculin est instructive en ce qu'elle pointe le rôle déterminant du complexe œdipien puisque c'est lui qui met en place le sexe psychique. Quant au refus d'avouer la maladie, il tient manifestement au fait que celle-ci est vécue comme faute morale et non comme une pathologie.
La symptomatologie majeure est donc représentée par des idées obsédantes avec des actions compulsionnelles et la défense engagée contre elles. Les obsessions sont remarquables par leur caractère résolument sacrilège. En effet, les circonstances qui appellent l'expression du respect, de l'hommage, de la dévotion ou de la soumission sont régulièrement déclenchantes d'idées injurieuses, obscènes, scatologiques voire criminelles. Bien que souvent articulées sous la forme d'une adresse impérative, elles sont reconnues par l'individu comme l'expression de sa volonté propre, effaré et terrorisé qu'elle soit aussi monstrueuse. Il faut donc remarquer que ces incidentes ne sont jamais prises pour être d'inspiration étrangère, même si leur audition peut, dans certains cas, être quasi hallucinatoire. Dès lors, une lutte s'engage, faite de contre-idées expiatoires ou propitiatoires, qui peuvent occuper toute l'activité mentale diurne jusqu'à ce que l'individu s'aperçoive avec effroi que ces contre-mesures sont elles-mêmes infiltrées. L'image s'impose ainsi d'une forteresse assiégée, dont les remparts fébrilement et successivement élevés se révèlent tournés et mis à mesure au service de l'assaillant, ou bien de la faille, dont le colmatage, à peine assuré, annonce que s'en ouvre une autre ailleurs. On reconnaîtra, dans ces figurations familières de notre imagerie mentale, l'expression du cauchemar mais aussi du comique.
Les actions compulsionnelles, à fin vérificatrice ou expiatoire, sont frappées d'une ambiguïté semblable et peuvent s'avérer elles aussi involontairement obscènes ou sacrilèges. Ce permanent débat opère dans un climat de doute bien plus systématique que celui conseillé par le philosophe et ne débouche sur aucune certitude d'être. Dans ce doute prend souvent place une interrogation lancinante et génératrice de multiples vérifications toujours insatisfaisantes sur la possibilité d'un meurtre que l'individu aurait commis ou viendrait de commettre à son insu. Ainsi, un automobiliste se sentira contraint de revenir sur son chemin pour contrôler s'il n'a pas renversé un passant à tel carrefour, sans s'en être avisé. Il va de soi que la vérification ne pourra le convaincre puisqu'une ambulance a pu passer et les témoins s'être dispersés.
Un tel symptôme vaut d'être retenu parce qu'il conjoint acte et doute. Ainsi, l'obsessionnel n'est pas seulement dans la frayeur de commettre quelque acte grave (meurtre, suicide, infanticide, viol, etc.) que ses idées pourraient lui imposer, mais aussi dans celle de l'avoir accompli par inadvertance. En forçant le trait, on dégagera progressivement la figure d'un type humain qui n'est pas rare: celle d'un vieux garçon resté proche de sa mère, fonctionnaire ou comptable épris d'habitudes et de petites manies, scrupuleux et soucieux d'une justice égalitaire, privilégiant les satisfactions intellectuelles et voilant par sa civilité ou la religiosité une agressivité mortifère.


La névrose post-traumatique

Il s'agit d'une névrose survenant à la suite ou à l'occasion d'un traumatisme physique. Le terme de névrose est ici généralement entendu dans un sens large et extensif. Il englobe des manifestations psychiatriques plus ou moins structurées. Le traumatisme quant à lui peut avoir concerné le crâne, mais peut avoir également porté sur n'importe quel endroit du corps.
De nombreux auteurs ont insisté sur l'absence de corrélation entre l'importance du traumatisme et la gravité des manifestations névrotiques ultérieures. Ils soulignent la relative rareté des névroses post-traumatiques à la suite d'un traumatisme crânien sévère, alors que ces névroses se développent avec prédilection dans les suites de traumatismes apparemment bénins sur le plan somatique. Les troubles névrotiques peuvent exister seuls, accompagner des séquelles physiques ou se greffer sur elles. Aussi, l'événement traumatisant évoque toujours une menace de mort physique et/ou psychique. Il y a traumatisme psychique quand la capacité de maîtrise de l'angoisse est bouleversée ou dépassée. Ce phénomène est directement provoqué par l'entrée en résonance entre la menace de mort et les éléments fondamentaux de l'histoire personnelle de l'individu.
Par ailleurs, les névroses post-traumatiques peuvent réaliser des tableaux cliniques variés:

  • La névrose d'effroi: il 'agit d'une réaction émotionnelle aiguë survenant presque immédiatement après le traumatisme, souvent insignifiant en lui-même. Cependant, ce sont les circonstances dans lesquelles il survient qui sont dramatiques (par exemple, une catastrophe de chemin de fer, un incendie, etc...).

  • Les syndromes neurasthéniques: ils réalisent des états d'hyperexcitabilité sensorielle et sensitive évoluant sur un fond chronique d'asthénie. Les troubles consistent en céphalées, algies polymorphes, palpitations, sueurs, insomnies.

  • La névrose phobique: elle est souvent faite d'agoraphobie, c'est-à-dire de la peur des grands espaces.

  • La névrose hystérique: elle peut réaliser toutes les formes de conversion somatique (les paralysies, les algies, les spasmes, l'aphonie).

  • La névrose obsessionnelle: elle est très rarement observée.

  • Les syndromes dépressifs: ils sont rarement isolés et viennent souvent colorer, à un moment ou à un autre, les affections décrites ci-dessus.

D'une façon plus générale, toutes les névroses post-traumatiques ont en commun quatre types d'éléments:

  • Un temps de latence, véritable temps d'incubation, pouvant aller de quelques jours à quelques mois. Cette phase correspond à la réorganisation psychique consécutive au traumatisme.

  • Une angoisse, souvent flottante mais parfois cristallisée dans des troubles plus spécifiques.

  • Des signes spécifiques, avec labilité émotionnelle, inhibition relationnelle et phénomènes répétitifs. Ces derniers apparaissent au cours du sommeil et concernent le vécu affectif accompagnant l'accident.

  • Une organisation névrotique de la personnalité se traduisant par un état de dépendance affective du traumatisé vis-à-vis de son entourage. Il s'y associe fréquemment une note revendicative à la recherche de bénéfices secondaires. Parmi ceux-ci figure la reconnaissance du dommage subi, et en particulier l'attribution d'une indemnisation.

Par ailleurs, les névroses post-traumatiques posent le problème de leur prévention, de leur traitement, de leur évolution et de leur indemnisation s'il existe un intérêt juridiquement protégé. Quand cela est possible, il faut indemniser au plus vite et de façon raisonnable avant que les troubles ne se fixent. Il est cependant difficile de faire la part de ce qui revient au traumatisme et de ce qui relève de l'état antérieur de la personnalité du blessé.


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