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La définition de Neurolinguistique


La neurolinguistique désigne l'étude des troubles qui affectent le langage lorsqu'une lésion focale détruit, dans l'écorce cérébrale gauche, tout ou partie de l'aire du langage.


La naissance de la neurolinguistique

La neurolinguistique est née de la rencontre entre la linguistique et la neurologie dans l'étude de des troubles du langage. Elle vise à comprendre toutes les situations pathologiques dans lesquelles une lésion détruisant les structures corticales de représentation du langage génère des dissociations dans les performances linguistiques. L'observation de ces dissociations conduit nécessairement à la réflexion théorique sur l'organisation et le fonctionnement internes du langage. La linguistique se trouve ainsi concernée directement, puisque la pathologie fournit en quelque sorte le terrain pour une expérimentation en grandeur réelle où la variable, constituée par la lésion des structures anatomo-fonctionnelles qu'elle détruit, permet d'isoler telle ou telle composante du système linguistique.
Cependant, cette rencontre fut longue à se dessiner. Le terme même de neurolinguistique n'apparut régulièrement dans la littérature neuropsychologique qu'au cours des années 1960. Cependant, cette perspective fut clairement exprimée par Roman Jakobson lorsqu'il écrivait, en 1963: « l'application de critères purement linguistiques à l'interprétation et à la classification des faits d'aphasie peut contribuer de façon substantielle à la science du langage et des troubles du langage, à la condition que les linguistes procèdent avec autant de soin et de précaution lorsqu'ils abordent les données pathologiques que lorsqu'ils se cantonnent dans leur domaine habituel. »


Les aphasies du langage

Les neurologues se sont trouvés confrontés au problème du langage dès l'instant où ils ont conçu le rapport entre une lésion donnée du système nerveux central et un certain type de déficit marquant la gestion du système linguistique. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, notamment à partir des travaux de Paul Broca, les formes majeures de l'aphasie furent identifiées.
Ainsi, entre 1861 et 1863, Broca décrit les troubles du langage articulé, observables en cas d'une lésion détruisant le pied de la troisième circonvolution frontale gauche. Ce syndrome aphasique est reconnu fréquemment sous le nom d'aphasie de Broca (ou aphasie motrice). Le déficit majeur concerne la production des sons du langage dans leur encodage phonémique, alors que le malade conserve la capacité de percevoir les sons du langage et de comprendre le sens des phrases qu'il perçoit.
En 1874, Carl Wernicke décrit l'autre pôle de l'aphasie, l'aphasie sensorielle, également dénommée aphasie de Wernicke, survenant lorsqu'une lésion détruit la partie postérieure des circonvolutions temporales gauches. Le déficit porte dans ce cas sur la perception des sons du langage, le malade se trouvant dans l'incapacité d'en extraire le sens véhiculé par le discours. Dans son expression orale, la présence des paraphasies portant au niveau lexico-sémantique interdit au malade toute intercommunication, alors que la phonologie apparaît totalement respectée. La génération de ces paraphasies était conçue dans le seul rapport structural aux déficits de perception et de compréhension de l'individu s'appliquant sur sa propre expression orale. Aussi, dans ce même travail, Wernicke postule la probabilité d'une troisième forme d'aphasie, l'aphasie de conduction, qu'il dénomme également aphasie de répétition, et dont il prédit que le symptôme distinctif devrait être une incapacité à répéter correctement les mots présentés oralement, puisque la lésion présumée responsable du déficit pouvait détruire isolément le faisceau arqué, structure anatomique reliant la corticalité temporale à la corticalité frontale, tout en épargnant totalement l'un et l'autre des deux pôles, moteur et sensoriel, du langage. Ainsi, seule la boucle courte, auditivomotrice, n'impliquant pas un recours nécessaire à la sphère sémantique, serait atteinte. Cela affecterait les processus d'acquisition du langage.
À partir des années 1960, Henri Hécaen a réussi à unir dans un même effort de recherche des linguistes et des neurologues dans les études de l'aphasie. S'inscrivant dans la tradition associationniste, il présenta, en 1972, une description neurolinguistique des aphasies en tant que troubles du langage oral. Il identifiait ainsi plusieurs groupes d'aphasies:

  • Le groupe des aphasies d'expression: il comprend l'aphasie de réalisation phonématique, l'aphasie de réalisation syntaxique (ou agrammatisme), et l'aphasie de programmation phrastique.

  • Le groupe des aphasies amnésiques par trouble de la sélection des morphèmes racines.

  • Le groupe des aphasies sensorielles: il comprend la surdité verbale comme perte de la reconnaissance des valeurs phonologiquement pertinentes, le déficit de la compréhension verbale comme perte du sens des mots et de la phrase, la désorganisation de la phrase par incapacité d'achever le schéma de phrase engagé.

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