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La définition de Miroir



Les images en miroir

Il s'agit d'un couple de figures identiques, mais dont l'une est l'inverse de l'autre. L'inversion est obtenue par rotation de 180° dans l'espace, soit autour d'un axe horizontal (inversion haut-bas), soit autour d'un axe vertical (inversion droite-gauche).
Jusqu'à 6 ans, l'enfant a du mal à différencier les images en miroir, quel que soit l'axe d'inversion. Puis, à partir de cet âge, voire un peu avant, les confusions entre images en miroir haut-bas disparaissent, tandis qu'elles persistent au-delà de 7 ans pour les images en miroir droite-gauche. D'ailleurs, ces confusions des images en miroir droite-gauche sont à l'origine de nombreuses erreurs dans l'apprentissage de la lecture (notamment confusions entre p et q, entre b et d). Elles peuvent également provoquer une écriture inversée (en miroir).


Le stade du miroir en psychanalyse

Il s'agit d'un phénomène consistant dans la reconnaissance, par l'enfant, dès six mois, de son image dans le miroir. Ce stade situe la constitution du moi unifié dans la dépendance d'une identification aliénante à l'image spéculaire et en fait le siège de la méconnaissance. C'est en 1936 que Lacan parle pour la première fois du stade du miroir. Il reprit ce thème par la suite, et le développa au cours de son enseignement. Car le stade du miroir est une tentative d'élaboration d'une théorie qui rend compte de la mise en place de la première ébauche du moi, qui se constitue d'emblée comme moi idéal et souche des identifications secondaires.
Le stade du miroir est l'avènement du narcissisme dans le sens du mythe car il indique la mort, une mort liée à l'insuffisance vitale de la période dont ce moment est issu. En effet, c'est une phase de la constitution de l'être humain qui se situe entre 6 et 18 mois. Cette période se caractérise par l'immaturation du système nerveux. Cette prématuration spécifique de la naissance chez l'homme est attestée par les fantasmes de corps morcelé que l'on retrouve dans les cures psychanalytiques. Il s'agit de la période que Melanie Klein a appelée schizoïde et qui précède le stade du miroir.
Ainsi, au temps préspéculaire, l'enfant se vit comme morcelé. Par exemple, il ne fait aucune différence entre son corps et celui de sa mère, entre lui et le monde extérieur. Or l'enfant porté par sa mère va reconnaître son image. En effet, on peut le voir s'observer dans le miroir, se retournant pour regarder l'environnement reflété: sa mimique et sa jubilation attestent d'une sorte de reconnaissance de son image dans le miroir. Il va alors tester de façon ludique la relation de ses mouvements avec son image et l'environnement reflété.


Le stade du miroir comme identification imaginaire

Il faut comprendre le stade du miroir comme une identification imaginaire, c'est-à-dire comme la transformation produite chez un individu quand il assume une image. Dans le même temps, on peut repérer la capacité de leurre de l'image, indiquant ainsi la fonction de méconnaissance du moi. De fait, on peut dire que c'est l'image spéculaire qui donne à l'enfant la forme intuitive de son corps ainsi que la relation de son corps à la réalité environnante. L'enfant va donc anticiper imaginairement la forme totale de son corps. Selon Lacan, « Le sujet, lui, se voit redoublé, se voit comme constitué par l'image reflétée, momentanée, précaire, de la maîtrise, s'imagine homme seulement de ce qu'il s'imagine. »
Mais ce qui est essentiel dans le triomphe de l'assomption de l'image du corps au miroir, c'est que l'enfant porté par sa mère qui le regarde, se tourne vers elle comme pour lui demander d'authentifier sa découverte. C'est la reconnaissance de sa mère qui, d'un « c'est toi », donnera un « c'est moi ».
Par ailleurs, l'enfant peut assumer une certaine image de lui en parcourant des processus d'identification, mais il est impossible de réduire à un plan purement économique ou à un champ purement spéculaire ce qu'il en est de l'identification au miroir, car ce n'est jamais avec son propre œil que l'enfant se voit mais toujours avec l’œil de la personne qui l'aime ou le déteste.


Le narcissisme et l'image du corps

Il s'agit du champ relatif au narcissisme en tant que fondateur de l'image du corps de l'enfant à partir de l'amour de la mère et du regard porté sur lui. Plus précisément, pour que l'enfant puisse s'approprier cette image, pour qu'il puisse l'intérioriser, il doit nécessairement avoir une place dans le grand Autre (en l'occurrence, incarné par la mère). Ainsi, ce signe de reconnaissance de la mère va fonctionner comme un trait unaire à partir duquel va se constituer l'idéal du moi.
Mais, si le stade du miroir est l'aventure originelle par où l'homme fait pour la première fois l'expérience qu'il est homme, c'est aussi dans l'image de l'autre qu'il se reconnaît. C'est en tant qu'autre qu'il se vit tout d'abord et s'éprouve. D'ailleurs, parallèlement à la reconnaissance de soi dans le miroir, on observe chez l'enfant un comportement particulier à l'égard d'un autre enfant de son âge. En effet, l'enfant mis en présence d'un autre l'observe curieusement, l'imite en tous gestes, tente de le séduire ou de s'imposer à lui en un véritable spectacle. Il s'agit là plus que d'un simple jeu. En effet, l'enfant, dans ce comportement, devance la coordination motrice encore imparfaite à cet âge, et cherche à se situer socialement en se comparant à l'autre. De cette façon, il cherche à s'imposer à l'autre et à le dominer.


Le transitivisme au stade du miroir

Ces comportements des jeunes enfants mis face à face sont marqués du transitivisme le plus saisissant, véritable captation par l'image de l'autre. En effet, l'enfant qui bat dit avoir été battu, celui qui voit tomber pleure, etc... On reconnaît ici l'instance de l'imaginaire, de la relation duelle, de la confusion entre soi et l'autre, l'ambivalence et l'agressivité structurale de l'être humain.
Le moi, c'est l'image du miroir en sa structure inversée. L'individu se confond avec son image, et, dans ses rapports à ses semblables, la même captation imaginaire du double se manifeste. Il s'aliène aussi dans l'image qu'il veut donner de lui. En outre, l'individu ignore son aliénation. De fait, la méconnaissance chronique du moi prend forme. Il en sera de même pour son désir. En effet, il ne pourra le repérer que dans l'objet du désir de l'autre.
Ainsi, le stade du miroir est un carrefour structural qui commande:

  • Le formalisme du moi: l'identification de l'enfant à une image qui le forme mais qui l'aliène primordialement, le fait autre qu'il n'est dans un transitivisme identificatoire dirigé sur autrui.
  • L'agressivité de l'être humain: elle doit gagner sa place sur l'autre et s'imposer à lui sous peine d'être lui-même anéanti.
  • La mise en place des objets du désir: le choix se réfère toujours à l'objet du désir de l'autre.

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