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La définition de Marqué


Marqué se dit d'un élément qui possède une caractéristique de valeur négative, une opposition aux autres unités de même nature. L'opposé de marqué est non marqué, et désigne ainsi ce qui possède une caractéristique de valeur positive.


L'origine phonologique de la notion de marque

Cette notion a été empruntée à la linguistique et, originellement, à la phonologie. Dans cette dernière l'idée de marque existe en tant qu'élément servant analyser un ensemble d'unités apparentées. Certaines unités de l'ensemble possèdent la marque, et d'autres non. La marque joue donc un rôle dans l'opposition entre les unités, ce qui permet de les différencier.
Par exemple, les deux phonèmes b et p sont apparentés. Ce qui les distingue est que b, lorsqu'il est émis, inclut une vibration des cordes vocales (appelée voisement) que p n'inclut pas. Le voisement qui peut être considéré ici comme un trait, dans l'acception phonologique de ce mot est une marque que possède b et non p. Donc p est non marqué et b est marqué en ce qui concerne le voisement. Cette marque se retrouve dans d'autres consonnes.
Cette notion est bien interprétable psychologiquement. En effet, en tant que stimulus, b possède une caractéristique perceptive que ne possède pas p et qui sert à les distinguer. Cette idée a été généralisée aux domaines de la syntaxe et surtout de la sémantique. Un exemple simple est celui de la négation lexicale. Le mot utile a un certain sens, et le mot inutile s'en distingue doublement. En effet, il comporte le préfixe in, qui est une marque morphologique indiquant la négation. On peut donc dire qu'il est marqué à cet égard. Mais, comme il a en outre un sens opposé à utile, on peut dire aussi qu'il est marqué sémantiquement.


La dissymétrie fonctionnelle dans les cas d'absence de marque morphologique

Les exemples les plus parlants sont ceux pour lesquels n'existe pas de marque morphologique de la négation. Il s'agit des couples d'adjectifs comme présent-absent, grand-petit, haut-bas, etc... Ici, ni l'un ni l'autre des éléments de ces couples n'est marqué morphologiquement pour la négation. Pourtant, l'un est clairement l'opposé de l'autre. On parle parfois à ce propos de négation inhérente.
L'apport psychologique est le suivant. On pourrait imaginer que, dans ces cas et dans les autres du même genre, les deux mots ou les deux sens sont sémantiquement opposés mais symétriques. Ils seraient ainsi en quelque sorte situés des deux côtés d'un point neutre ou moyen. Or, la recherche psycholinguistique a montré qu'il n'en est rien: il existe une dissymétrie, linguistique et psychologique, et c'est elle qui conduit à dire cette fois que l'un des éléments du couple est cognitivement non marqué, et l'autre marqué. Cette dissymétrie apparaît déjà en français dans l'utilisation du nom correspondant aux adjectifs. Par exemple, on demande: « Quelle est la grandeur (et non la petitesse) de cet effet? », « quelle est la longueur (et non la brièveté) de cette table? ». et l'on dit: « Cette table a une trop faible largeur (et non une trop grande étroitesse), « sa hauteur est insuffisante », etc...
Ainsi, on se rend compte que le nom correspondant à l'un des deux mots du couple sert à désigner à la fois une des extrémités de la dimension, ou plus précisément de l'attribut, et l'attribut tout entier.


La confirmation expérimentale de la dissymétrie

Un certain nombre de résultats expérimentaux d'un autre genre ont confirmé cette dissymétrie. Par exemple, on a demandé à des individus de juger si des phrases décrivaient correctement un dessin présenté sur un écran. Le dessin était une forme géométrique. Les phrases étaient, par exemple: « le carré est présent », « le cercle est présent », « le carré est absent », « le cercle est absent ». Ainsi, la mesure des temps de réponse révèle une différence au détriment du mot absent. En effet, celui-ci demande un peu plus de temps de traitement que présent.
De même, dans des problèmes simples tels que : « si Jean est meilleur que Louis, lequel est le meilleur ? », « si Jean est pire que Louis, lequel est le pire ? », « si Jean est pire que Louis, lequel est le meilleur ? », etc..., on a montré que pire demande un peu plus de temps de traitement que meilleur.
Ces résultats sont en bon accord avec ceux relatifs à la négation. Ils témoignent bien de la réalité d'une opposition entre des pôles dont l'un est non marqué et l'autre marqué. Cette opposition est de nature sémantique, cognitive et est inscrite dans la structure même du langage mental, dans l'intellect des individus.


La valeur par défaut

Il s'agit de la valeur qu'une variable prend a priori, c'est-à-dire en l'absence de toute information pertinente, sauf avis contraire. Les faits concernant la notion de pôle marqué témoignent en quelque sorte de l'existence de valeurs par défaut dans le système cognitif humain. En effet, celui-ci choisit spontanément le pôle non marqué et, seulement si cela est nécessaire, adopte en second le pôle marqué.
Il est important de souligner que c'est, dans le couple, le pôle non marqué qui constitue, en dépit de son nom, le pôle de base, normal, positif, tandis que c'est le pôle marqué qui correspond à la négation.
Par ailleurs, la distinction marqué/non marqué se retrouve dans des situations à incidence sociale forte. L'une des plus caractéristiques concerne le genre. Ainsi, le mot homme est censé avoir deux sens, l'un non marqué, par lequel il désigne les êtres humains en général, hommes et femmes, et l'autre par lequel il désigne les hommes mâles. De même ils et d'autres pronoms sont censés être employés de façon non marquée pour désigner un ensemble d'hommes et de femmes, et de façon marquée pour désigner un ensemble d'individus masculins.


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