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La définition de Lycanthropie


La lycanthropie est une maladie durant laquelle l'individu pense être loup. Il se voit tel et agit en conséquence.
Par ailleurs, l'utilisation de ce terme fait qu'il recouvre depuis longtemps celui moins connu de zooanthropie, lequel désigne toute métamorphose d'être humain en animal.


L'histoire de la lycanthropie

En tant que maladie, la lycanthropie fut classée dès l'Antiquité parmi les délires d'origine mélancolique. Ainsi, selon Arétée de Cappadoce (IIe siècle après J.-C.), de même que certains hommes se prendraient pour du beurre et auraient peur de fondre, ou d'autres pour du verre et craindraient d'être cassés, les lycanthropes penseraient être des loups et se verraient travaillés par les mêmes appétits qu'eux. Cette opinion fut reprise par Sudianus (IVe siècle après J.-C.), et plus tardivement par Jean Wier qui à eu un rôle majeur dans l'extinction des procès de sorcellerie.
Les remèdes indiqués sont les mêmes que ceux prescrits dans le traitement de cette maladie. Il vont de la saignée à l'absorption de chair fraîche. Des bains et le repos absolu étaient également indiqués, afin, disait-on, d'atténuer cette folie sans fièvre où la bile empoisonne le sang pour y faire régner la terreur.
Le mot lycanthrope s'est imposé sur celui de zooanthrope et n'a pu durer qu'à cause de son lien au loup-garou. Car, dès l'Antiquité, la métamorphose homme-animal est l'objet de préoccupations littéraires. En effet, Hérodote, Hésiode, Virgile, Ovide comptent nombre de récits de ce genre. Aussi, au cours de l'explosion du phénomène sorcellerie, ces légendes furent reprises et utilisées comme références. À partir de ce moment-là, le loup-garou se met à occuper le devant de la scène. Pour comprendre cette évolution, il est nécessaire de garder à l'esprit que, sur le plan théorique, à toutes les époques et dans tous les débats, y compris religieux, la différence entre le loup-garou et le lycanthrope a été reconnue et parfois respectée. Ainsi, le lycanthrope Jacques Rollet, condamné dans un premier temps à être brûlé à Angers, fut acquitté comme irresponsable et enfermé chez les fous par le parlement de Paris, en 1598. Aussi, certains grands procès ont eu une une fonction démonstrative et de propagande. Parmi eux, on peut citer les procès suivants:

  • Pierre Burgot à Besançon, en 1521.
  • Gilles Garnier à Dole, en 1573.
  • La femme d'Apchon à Riom, en 1588.
  • Jean Grenier, en 1603.

Le problème réside dans la place théorique d'une métamorphose possible du corps et du rôle de cette croyance dans l'esprit des juges, les amenant à accorder une prédominance très particulière au loup-garou. Les loups-garous seront nommés les plus grands des sorciers et, de ce fait, subiront la peine la plus lourde, celle être brûlés vifs sans étranglement préalable.
En tant que sorciers, ils sont reconnus comme possédant certaines caractéristiques telles que la marque (sigilum Diaboli) ou la présence avouée, à grand renfort de torture, au sabbat, mais ils restent marginaux, étant en majorité du sexe masculin, et peuvent aussi être considérés comme membres de la milice du Diable.


L'approche du phénomène

Les historiens des siècles postérieurs notent l'extrême pauvreté de la plupart des condamnés. Les juges se contentent de la signaler en passant, car leur centre d'intérêt n'est pas là. Il réside dans une recherche métaphysique fondamentale, où entrent les questions de transformation (par exemple, une femme en homme, un être humain en animal, etc...), mais également les questions de la compréhension du processus de la génération. Toutes ces questions relèvent d'une recherche de la fixité des lois naturelles, des pouvoirs respectifs de Dieu et du Diable ainsi que du droit à l'analyse qui en résulte.
Dans cette tourmente, les références basculent. Ainsi, à l'aveu exigé de la sorcière pour sa condamnation, la toute-puissance accordée au dire, vient en contrepoint se rechercher un corps fixe dans ses repères, le vrai ne se trouvant pas dans l'opinion de l'individu, mais dans les jugements d'autrui. D'où une théorie très affinée de la notion d'illusion diabolique. Selon cette théorie, un lycanthrope est un malade qui se voit loup mais qui est seul à se saisir ainsi, alors que, si le loup-garou se perçoit loup, il est également reconnu comme tel par le regard de l'autre.
Le subjectif ne peut être seul juge, et l'impossible réside dans ce qu'on appellerait aujourd'hui l'hallucination collective.


L'évolution du concept

Il existe aujourd'hui deux courants principaux relatifs à la lycanthropie:

  • Dans le domaine de la psychopathologie et de la classification psychiatrique: la lycanthropie reste ce délire de métamorphose qu'elle est depuis l'Antiquité et elle reste aussi toujours rarissime, au moins sous sa forme pure. Pour certains, elle se rattache au syndrome de Cotard, prenant place dans les différentes idées de transformation, de négation partielle ou totale du corps propre spécifique à celui-ci et signant une mélancolie profonde. D'autres travaux anglo-saxons plus récents situeraient cette maladie plutôt dans le registre de la schizophrénie paranoïde, à la suite des élaborations de Mélanie Klein. Cliniquement, des formes larvées avec des certitudes délirantes touchant les poils ou les dents peuvent être observées dans des hystéries très graves.

  • Dans le domaine psychanalytique: La théorie rattache l'origine de ce trouble au stade sadique-oral, les désirs de dévoration et d'attaque de l'autre en étant les deux racines principales. Les analyses diverses mettent l'accent soit sur le dédoublement périodique de la personnalité et l'altération psychique, soit sur la perturbation massive du schéma corporel, antérieure au stade phallique et au complexe de castration. Aussi, la bestialité, la chute dans l'animalité, la non-reconnaissance de soi-même viennent répondre à une agressivité meurtrière incontrôlable et déstructurante.

Ce serait une erreur de s'en tenir à une expression maladive très éloignée du commun des mortels et d'ignorer les descendances du loup-garou. Ce fantasme cannibalique a des répercussions beaucoup plus vastes que ne l'indique la psychopathologie. En témoignent, par exemple, les livres de contes destinés aux enfants et les nombreux films ayant pour thème le vampirisme ou les métamorphoses représentatives du monstre bestial.


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