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La définition de Klein


Melanie Klein, psychanalyste (1882-1960).Melanie Klein est une psychanalyste britannique d'origine autrichienne. Elle est née à Vienne, en 1882. Elle est morte à Londres, en 1960.
Par ailleurs, parmi les ouvrages de Mélanie Klein, on peut citer notamment Psychanalyse des enfants (1932), Essai de psychanalyse (1947), Développement de la psychanalyse (1952), ou encore Envie et Gratitude (1957).


Le parcours de Mélanie Klein

Melanie Klein naît sans être désirée dans une famille juive, les Reizes. Sa mère, brillante, tient pour les besoins familiaux un négoce de plantes et de reptiles. Son père est médecin odontologiste. Il meurt quand Melanie est adolescente.
En 1903, elle épouse Arthur Klein. Malgré leur divorce en 1926, elle attribuera toute son oeuvre à ce nom. Mais auparavant naissent une fille puis deux garçons. L'un d'eux, quand il est petit, est analysé par sa mère, qui tire de cette analyse, entre 1919 et 1926, plusieurs conférences et articles qui font son renom. Établie à Budapest depuis 1910, elle commence en 1914, année de la naissance d'un de ses fils et de la mort de sa mère, une analyse avec Sándor Ferenczi. En raison de la guerre, cette analyse est suspendue. Elle est reprise en 1924, mais à Berlin, avec Karl Abraham, qui meurt l'année suivante. Finalement, elle se conclut à Londres avec Sylvia Payne.
Ainsi, Mélanie Klein s'installe à Londres en 1927, sur les instances de Ernest Jones, créateur et organisateur de la Société britannique de psychanalyse. Elle y enseigne sa théorie et y fonde une école, ce qui lui vaut, dès 1938, de très violents conflits avec Anna Freud.


Les différents entre Mélanie Klein et Anna Freud

En théorie, Anna Freud reproche à Mélanie Klein ses conceptions de l'objet, du surmoi, de l’œdipe et des fantasmes originaires. Pour elle, l'envie, la gratitude, les positions dépressive et schizo-paranoïde ne sont pas psychanalytiques. En clinique, elle lui fait grief de soutenir qu'avec un enfant en cure, un transfert est possible, qui rend inutile tout travail avec les parents. Quant à Mélanie Klein, elle réfute ces critiques et reproche à sa rivale de n'être pas freudienne.
Ainsi, en 1946, deux groupes différents de formation des psychanalystes sont créés et, en 1955, le Melanie Klein Trust est fondé.


Les deux principaux concepts de la théorie de Mélanie Klein

Remarquable approfondissement de la formation des jugements d'attribution et d'existence tels que Sigmund Freud en a formulé les principes dans son article La dénégation (1925), la théorie kleinienne se structure sur deux concepts:

  • La position schizo-paranoïde: elle combat illusoirement mais violemment toute perte.
  • La position dépressive: elle prend réellement acte de toute perte.

Ces deux positions sont relatives à la perte, au travail du deuil et à la réparation, consécutifs de deux objets psychiques partiels et primordiaux, dont tous les autres ne sont que des substituts métonymiques: le sein et le pénis. Ces deux objets partiels entrent en jeu dans une scène imaginaire inconsciente, que Mélanie Klein appelle scène maternelle. Dans ce théâtre du je-naissant, sur cette autre scène où se jouent leur existence et leur attribution, ces objets vont paraître ou regagner les coulisses et leur magasin des accessoires. Leurs représentations psychiques y trouvent les indices de réalité, les traits réels et les figurations propres à leur donner une identité familière et repérable parce qu'ils correspondent à ces autres objets réels que sont les sujets parentaux. La réalité extérieure n'est par conséquent, dans sa théorie, qu'une Weltanschauung de la réalité psychique elle-même. Mais elle permet cependant au très jeune enfant de s'assurer d'une certaine identité de perception et de pensée entre ses objets imaginaires et d'autres plus réels. Elle permet ensuite d'acquérir progressivement des jugements d'attribution et d'existence à leur propos. Enfin, elle permet de réaliser une maîtrise des angoisses auxquelles le confrontent pulsions de vie et de mort, puisque ces pulsions exigent de lui des objets réels ou des substituts imaginaires pour leur satisfaction.
À cet égard, la théorie kleinienne développe une élaboration intéressante. Ces objets que sont pour l'enfant le sein et le pénis, ainsi que leurs redoublements réels partiels ou totaux (parents, frère, sœur, demi-sœur, etc...), sont livrés aux pulsions avec un certain discernement. Celui-ci prend consistance de deux opérateurs défensifs, auxquels succède une série de processus de type sublimatoire:

  • L'opérateur d'ordre quantitatif: l'objet est fractionné, parcellisé, morcelé et multiplié, en quelque sorte, par clivage.
  • L'opérateur d'ordre qualitatif: une sorte de plus petit commun diviseur répartit tout ce qui se trouve ainsi clivé en deux seules catégories: celle du bon et celle du mauvais.

Ces deux opérateurs défensifs que sont donc la multiplication par le clivage et la division par la classification ouvrent ensuite accès à des processus de type sublimatoire:

  • l'introjection en soi,
  • la projection hors de soi,
  • l'identification à ce qui est introjecté ou projeté.

Aussi, ces processus peuvent se combiner pour produire notamment des identifications projectives et introjectives. En outre, ils sont sublimatoires parce qu'ils médiatisent les rapports de l'individu à la pulsion dont la satisfaction doit opérer des détours suspensifs, ceux que justement ces processus lui imposent.
Dès lors que se mettent en place ces circuits pulsionnels complexes, que se produisent ces sublimations, objets, pulsions, angoisses et autres affects peuvent être conservés, rejetés, repris, détruits, idéalisés, réparés, bref élaborés puisque médiatisés de la sorte par l'enfant. Cela lui permet de s'ouvrir à des jugements d'attribution et d'existence ainsi qu'à des possibilités identificatoires, par lesquelles l'objet ne prend plus pour lui valeur que de sa perte réelle. Cette perte est également celle qui laisse définitivement tomber quelque chose dans l'inconscient, ce qu'exprime le concept de refoulement primaire.


L'instance du moi dans la théorie kleinienne

Sublimations, défenses, enjeux attributifs, existentiels ou identificatoires, maîtrise des pulsions et des angoisses, refoulement, sont des fonctions traditionnellement attribuées au moi en psychanalyse. Car l'instance du moi, immédiatement à l'oeuvre par ces fonctions vitales, est dans la théorie kleinienne d'entrée de jeu confrontée à un Œdipe, que ses objets imaginaires, redoublés sur ceux de la réalité pour fonder leur identité, mettent précocement en scène. Et avec lui se présente un surmoi féroce et terrifiant, qui tourmente l'individu, et entre en lui son inconscient sentiment de culpabilité.
Cependant, même si Mélanie Klein ne le théorise pas exactement en ces termes, sa conception du moi suppose un individu qui lui soit différent et avec lequel il ne peut se confondre. En effet, dans la mesure où les rapports objectaux se relaient des objets imaginaires à ceux de la réalité extérieure, le moi, qui en ordonne les haltes aux sublimations qu'il ouvrage, peut-il lui-même devenir autre chose qu'un de ces objets, travaillé comme eux par des processus de type sublimatoire, comme eux partagé par d'identiques clivages, comme eux réduit aux mêmes classements et, enfin, comme eux conduit à de similaires destins par rapport au ça? À partir de ses élaborations sur l'identification, Klein le traite bien comme tel.
Par ailleurs, le moi prend valeur de sa perte réelle, de son refoulement radical, par le surmoi. Pour M. Klein, ce concept est loin de n'être que l'instance coercitive et morale que comptent les trois instances créées par Freud dans sa seconde topique. Aussi, en 1941, pour dénoncer à Jones les malversations théoriques de Anna Freud, elle lui écrit que le surmoi est le point maximal de la théorie freudienne: « À mon avis, la psychanalyse a parcouru un chemin plus ou moins rectiligne, jusqu'à cette découverte décisive qui ne fut ensuite jamais égalée. » Ce point maximal est littéralement le phallus de la théorie kleinienne.


L'instance du surmoi dans la théorie de Mélanie Klein

Chez Mélanie Klein, la logique du désir et sa loi prennent sens du surmoi. L'angoisse primaire est relative à un désir de destruction primordial, qui est désir de mort de l'autre réel. Ce désir met en scène un fantasme, où l'individu détruit le corps maternel afin de s'en approprier les organes et, en particulier, le pénis paternel, prototype de tous les objets que ce corps contient. C'est donc non seulement l'organe, que veut ainsi introjecter en lui le petit enfant, mais aussi un objet totémique, ou objet ancestral et protecteur.
Mais, comme tout totem, il est interdit d'en jouir ou de tirer jouissance de ce qui s'ordonne à sa loi. Son introjection porte donc également du mauvais avec elle: l'interdit de l'inceste, l'angoisse corrélative correspondant au désir de le transgresser, la culpabilité l'inscrivant dans une dimension morale (ou culturelle) et le besoin de punition qui en constitue le processus réparateur. Dans la théorie kleinienne, ce totem à deux visages, ce phallus, porte un nom symbolique: le surmoi, instance archaïque au sens étymologique de ce qui est originaire et fondateur, de ce qui commande et dirige, conduit et sanctionne, attribue et reprend. Ainsi, l’œdipe est prégénital. Son vécu traumatique ne peut être symbolisé par l'infans que du discours d'un autre.
Quant au refoulement, il est secondaire et ne se soutient que de la part persécutrice de ce surmoi. Le rapport du petit individu à cette instance peut préfigurer les identifications ultérieures à un agresseur. Par onséquent, c'est d'elle que dépendent les mécanismes identificatoires. Pour dépouiller la mère du pénis paternel qu'elle détient en son sein, l'enfant doit traverser une première phase de développement, qui est une phase de féminité, parce que l'enfant y découvre le désir de posséder un organe particulier: le pénis du père. En priver la mère signifie pour le très jeune individu l'empêcher d'en produire deux équivalents symboliques majeurs: l'enfant et les fèces. En termes de réalité psychique, la mère est déjà, elle aussi, le castrateur.
Le surmoi doit donc sa propriété d'être castrateur aux imagos maternelle et paternelle. D'ailleurs, pour Mélanie Klein, l'enfant unifie d'abord ses deux parents et ne les dissocie que pour assurer ses alliances imaginaires quand il engage ses conflits avec eux. L'issue paisible n'en est possible que par identification au père seul. En effet, selon Klein, « Si forte que soit l'influence de l'aspect maternel dans la formation du surmoi, c'est cependant le surmoi paternel qui, dès le début, possède un pouvoir décisif. » Ce retour au père se situe au moment où le visible entre en scène, quand le pénis réel devient objet du regard. Cette phase plutôt narcissique est réparatrice parce que le pénis y passe du dedans de la scène maternelle au dehors du corps d'un autre. Ce réel donne ainsi des limites à l'imaginaire. Que la mère en fasse souvent les frais laisse son enfant capable de s'y retrouver. Il apprend alors qu'il ne peut recevoir d'elle que ce qui lui fait défaut. De ce manque, le surmoi, délesté, reprend signifiance totémique et redevient loi du désir plutôt que d'être un identifiant persécuteur.


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