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La définition de Justice sociale


La justice sociale implique d'une part, la justice distributive, c'est-à-dire celle qui étudie les principes qui règlent la distribution de ressources entre différents ayants droit, et d'autre part, la justice procédurale, c'est-à-dire celle qui vise à déterminer les procédures considérées comme acceptables pour le règlement de différends entre parties en litige. Toutefois, les deux genres de préoccupations se recouvrent souvent, le droit à intervenir dans une procédure étant considéré comme une ressource à répartir entre les parties impliquées.


La justice procédurale

John Thibaut et Laurens Walker observent que des individus risquant d'être affectés par une décision de justice sont surtout préoccupés par leur possibilité d'intervention et de contrôle dans les procédures d'arbitrage. L'exercice d'un tel droit serait souvent plus important dans l'évaluation des procédures que ne l'est le résultat auquel elles aboutissent.
Dans le cadre général de la justice procédurale tout un courant de recherches s'est développé sur l'effet de la composition des jurys (jurys d'experts versus jurys populaires, décisions à l'unanimité ou à une majorité qualifiée, nombre de membres). Il s'agit d'une branche spécifique du courant de recherches sur la prise de décisions des groupes traitant des problèmes de divergence et de consensus, de conversion et de conformisme, de l'impact des normes dominantes en fonction de la composition spécifique, notamment numérique, d'un groupe. Ainsi, des jurys qui doivent arriver à des décisions unanimes s'enferment souvent dans des impasses. Leurs membres sont souvent mécontents du déroulement des discussions. Or, ce n'est pas le cas des jurys qui peuvent se satisfaire d'une majorité de deux tiers. Des jurys composés de professionnels, mais aussi des jurys avec davantage de membres, susciteraient plus de conformisme et arriveraient à des décisions plus semblables entre différents jurys.
Depuis quelques années, un problème spécifique retient l'attention des chercheurs aux États-Unis: celui des procédures à respecter dans des problèmes de justice impliquant des membres de groupes minoritaires. Jusqu'à quel degré faut-il garantir une représentation des minorités concernées et leur garantir un éventuel droit de blocage dans les jurys? C'est là un exemple de rencontre entre justices procédurale et distributive, tout comme les deux genres de problématiques s'imbriquent dans d'autres situations de répartition de pouvoir impliquant des groupes minoritaires ayant des intérêts divergents par rapport à ceux de la majorité. Le pouvoir décisionnel, juridique ou non, est ainsi considéré comme une ressource à répartir dans le respect des droits des minorités.


La justice distributive

Traditionnellement, on distingue trois principes qui peuvent régir les normes de la distribution des ressources entre membres d'un groupe:

  • l'égalité,
  • l'équité,
  • le besoin.

À chacun la même chose, à chacun selon ses mérites, à chacun ce dont il a besoin: voilà des principes simples. Toutefois, leur traduction dans la réalité peut nécessiter la solution de beaucoup de problèmes. Par exemple, s'agit-il d'une égalité de fait ou seulement au niveau des chances? de quels apports et investissements tenir compte pour calculer les mérites des uns et des autres? comment évaluer et comparer des besoins? De plus, chacun de ces principes recueille un minimum d'adhésion chez la plupart des membres de nos sociétés modernes qui recourent ainsi à toutes sortes de compromis lors de décisions concrètes. Ces compromis sont fonction de calculs d'intérêts individuels, d'un souci pour le bon déroulement des rapports interindividuels, de dynamiques positionnelles, de la pertinence situationnelle de certaines valeurs. Ainsi, dans des situations d'anonymat, une norme de mérite sera favorisée par ceux qui ont investi plus ou qui réussissent mieux, tandis que les autres privilégieront une norme d'égalité ou de besoin. De telles motivations changent d'intensité quand les intéressés se connaissent et envisagent une continuité dans leur interaction.
Melvin Lerner propose une classification selon le degré de proximité entre individus, allant d'une identification forte à une totale altérité en passant par le partage d'appartenances communes. En cas de proximité forte, le principe de besoin l'emporterait dans la distribution des ressources. En cas d'appartenances communes, l'égalité dans les rapports personnels et l'équité dans les rapports plus positionnels seraient considérées plus pertinentes, tandis que la concurrence plus ou moins réglementée l'emporterait dans le cas de l'altérité.
Selon les cultures, certains principes de justice peuvent être favorisés, des cultures plus individualistes privilégiant l'équité, des cultures plus communautaires attachant généralement plus d'importance aux besoins et à l'égalité. Toutefois, de telles différences ne doivent pas occulter les différences à l'intérieur des cultures. Par exemple, Morton Deutsch, pour nos cultures industrialisées, distingue 16 situations d'interactions en croisant quatre variables binaires:

  • Différences de statut ou pas de différences.
  • Finalité de production ou finalité purement socio-émotionnelle.
  • Coopération versus compétition.
  • Degré fort ou faible de formalisme.

Bien entendu, la réalité est encore plus complexe, mais une telle classification démontre bien la nécessité de recourir à différents principes si on veut concevoir une justice distributive régulant les rapports entre une mère et son nourrisson, entre deux amis ou entre des hommes d'affaires en concurrence pour l'obtention d'un contrat.


La représentation de l'injustice

Reste alors la problématique, en quelque sorte complémentaire à celle esquissée, qui porte sur les représentations de l'injustice. Il s'agit d'abord d'élucider les dynamiques de prise de conscience:

  • D'une privation relative personnelle ou d'une baisse dans les ressources personnelles actuelles par rapport à celles du passé.
  • D'une privation relative interpersonnelle qui résulte d'une comparaison défavorable entre ses propres ressources et celles obtenues par des semblables.
  • D'une privation relative intergroupe qui résulte d'une comparaison des ressources obtenues par son groupe et celles obtenues par d'autres groupes.

Les éventuels effets amplifiants ou inhibiteurs de l'une de ces formes de privations sur d'autres sont aussi étudiés. Une préoccupation forte au niveau d'un type de privation, par exemple, interindividuelle, peut avoir comme effet de négliger des revendications intergroupes ou alors de les renforcer quand un lien subjectif est établi entre les deux sortes de privations.


La justice sociale et les droits de l'homme

Un nouveau secteur est apparu dans les recherches sur la justice sociale, celui qui s'occupe des droits de l'homme. Malgré toutes les frontières qui tendent à les occulter, de multiples formes d'interdépendance caractérisent les rapports à l'intérieur et au travers de ces frontières. La circulation des maladies, le commerce, la diffusion des idées, créent de multiples rapports d'interdépendance réelle entre populations qui affectent leurs conditions d'existence sans pour autant susciter une compréhension directe de ces liens d'interdépendance. Aussi, une tendance à organiser cette interdépendance a vu le jour, les sociétés occidentales ayant voulu normaliser les rapports, pas seulement à l'intérieur des groupes nationaux et culturels, mais également entre membres appartenant à différents groupes.
Ainsi, les droits de l'homme sont étudiés comme des principes normatifs, qui, du moins au niveau de l'intention, sont universels. C'est ici qu'un nouveau champ de recherches s'ouvre pour le psychologue social portant à la fois sur le caractère de référence universelle des définitions officielles des droits de l'homme et sur la nature des variations dans leurs représentations actualisées chez des individus particuliers et dans des contextes spécifiques.


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