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La définition de Jung


Carl Gustav Jung, psychiatre (1875-1961).Carl Gustav Jung est un psychiatre suisse. Il est né à Kesswil, en Suisse, en 1875. Il est mort à Kürsnacht, près de Zurich, en 1961. Son œuvre est inséparable de l'invention freudienne de l'inconscient et de la psychanalyse, malgré des divergences profondes de doctrine. L'essentiel de son activité se déroula à Zurich.


Le parcours de Jung

Après des études de médecine, Jung entre au Burghölzli à Zurich où il est l'assistant d'Eugen Bleuler. En 1905, travaille comme médecin-chef à la clinique psychiatrique de Zurich.
En 1907, il rencontre Sigmund Freud dont il connaissait et admirait les avancées cliniques et théoriques sur l'inconscient, particulièrement depuis sa lecture de L'interprétation des rêves, en 1900, et dont il avait déjà publiquement défendu les idées. Il publia, cette même année 1907, Psychologie de la démence précoce, entité clinique introduite par Kraepelin, reformulée par Bleuler sous le terme de schizophrénie. En 1909, Freud et Jung furent invités pour le vingtième anniversaire de la Clark University et firent ensemble, avec Ferenczi, le voyage pour les États-Unis. Mais peu à peu, les divergences de doctrine entre Freud et Jung amenèrent à une rupture. D'ailleurs, le livre de Jung, Métamorphoses et symboles de la libido (1912), fut décisif à cet égard. Jung concevait celle-ci « comme une analogie psychique de l'énergie physique ».
De 1918 à 1926, dit-il, il étudia les gnostiques chez qui il rencontrait le monde originel de l'inconscient. L'alchimie médiévale faisait alors pour lui un pont entre ce passé et les découvertes modernes de l'inconscient. Jung, souvent retiré dans sa tour de Bollingen, fut pourtant un passionné de voyages et y nourrissait son intérêt pour les mythes et les usages des diverses cultures. Sans compter l'Europe, il visita l'Afrique du Nord, le Nouveau-Mexique où il rencontra les Indiens Pueblo, le Kenya et l'Ouganda, enfin l'Inde. Ces voyages étaient les occasions de reconnaître, de faire resurgir, par ce que suscite l'inconnu, l'étrange, le nouveau, des trésors inconscients originaires auxquels participerait tout homme.
Jung, à la fin de sa vie, malgré un itinéraire qui peut se dire spirituel, récusait cependant pour lui le nom de sage. « La différence entre la plupart des hommes et moi réside dans le fait que, en moi, les cloisons sont transparentes. C'est ma particularité... Je perçois jusqu'à un certain point les processus qui se déroulent à l'arrière-plan et c'est pourquoi j'ai une sécurité intérieure... Il est important que nous ayons un secret, et l'intuition de quelque chose d'inconnaissable. Ce mystère emplit la vie d'une nuance d'impersonnel, d'un numinosum. » Le numen, pour Jung, est ce divin dont on ressentirait la présence par une expérience immédiate dont l'effet illuminatif n'est pas sans provoquer de l'effroi.


Sa définition de l'inconscient

Dans Aiôn (1951), dans les Racines de la conscience (1954) et dans L'énergétique psychique (1956), Jung définit l'inconscient comme ce qui est inconnu de notre monde intérieur. « Cela comprend tout ce que j'ai oublié, tout ce que je ressens, perçoit, désire et pense, le passé comme le futur qui se prépare à mon insu, et aussi ce qui est refoulé. » Ceci constitue ce qu'il appelle l'inconscient personnel. Au-delà, dit-il, il y a dans une couche plus profonde de l'inconscient des propriétés héritées: « Les instincts et les archétypes constituent ensemble l'inconscient collectif. Je l'appelle collectif parce que, au contraire de l'inconscient personnel, il n'est pas le fait de contenus individuels plus ou moins uniques, ne se reproduisant pas, mais de contenus qui sont universels et qui apparaissent régulièrement. »
Les archétypes n'ont pas de contenu particulier. C'est par simplisme qu'on les confond avec des représentations inconscientes. « L'archétype en lui-même est vide; il est un élément purement formel, rien d'autre qu'une facultas praeformandi (une possibilité de préformation), forme de représentation donnée a priori. ». En cela, ils sont de même nature que les instincts. Les archétypes ont un contenu déterminé dans la mesure où il peut être rempli de l'expérience consciente. L'archétype, qui a des effets numineux, est transcendant: « Toute compréhension et tout ce que l'on a compris est psychique en soi, et, dans cette mesure, nous sommes désespérément enfermés dans un monde uniquement psychique. Pourtant, nous avons assez de motifs pour supposer existant, par-delà ce voile, l'objet absolu mais incompris qui nous conditionne et nous influence, également dans les cas où nulle constatation concrète ne peut être faite en particulier dans celui des manifestations psychiques. » Sur ces points, on peut remarquer les traces, chez Jung, de ses lectures de Kant, Hartmann, Burckhardt.


L'âme plutôt que la psyché

Au terme de psyché, privilégié par Freud dans les expressions vie psychique, réalité psychique, Jung préfère celui d'âme, venu du latin anima. « Pourquoi se la représente-t-on comme étant féminine? Plus tard, je compris qu'il s'agissait dans cette figuration féminine en moi d'une personnification typique ou archétypique dans l'inconscient de l'homme, et je la désignait du terme d'anima. J'appelai la figure correspondante dans l'inconscient de la femme animus. » Ce qui lui permet d'expliquer la passion amoureuse entre homme et femme.
Ceci est repris dans ce que l'alchimie appelle le Mysterium donjunctionis, et le Conjunctio oppositorum. Ceci se retrouve, par analogie de principe, dans la cure: « Dans la mesure où le traitement analytique rend l'ombre consciente, il crée une faille et une tension entre les contraires qui, à leur tour, cherchent à s'équilibrer en une unité. Ce sont les symboles qui opéreront la liaison. » La troisième solution à ce conflit se présente souvent comme une grâce: « La solution naissant de la confrontation et de la lutte des contraires est le plus souvent constituée par un mélange inextricable de données conscientes et inconscientes, et c'est pourquoi on peut le dire un symbole (une pièce de monnaie coupée en deux dont les moitiés s'encastrent exactement). Cette solution représente le résultat de la coopération du conscient et de l'inconscient; elle atteint à l'analogie avec l'image de Dieu, sous forme de mandala, qui est sans doute l'esquisse la plus simple d'une représentation de la totalité, et elle s'offre spontanément à l'imagination pour figurer les contraires, leur lutte et leur conciliation en nous. »


Les relations de Jung avec Freud

On peut remarquer que chez Jung, les conflits se notent selon la symétrie des contraires, que les notions freudiennes de refoulement et de retour du refoulé fondamentales dans la définition de l'inconscient se déclinent volontiers comme le passage de l'inconscient au conscient en degrés pluriels d'obscurité, d'ombre, d'indistinction et de clarté progressive. Ces conceptions de la cure, du symbole et de l'interprétation sont éloignées de la conception freudienne. Pourtant, Jung fut, un temps, un élève proche de Freud, son héritier désigné : « Il est remarquable que le même soir où je vous ai formellement adopté comme fils aîné, vous ai sacré successeur et prince héritier in partibus infidelium, qu'en même temps, vous m'ayez destitué de la dignité paternelle, destitution qui semble vous avoir plu autant qu'à moi l'institution de votre personne ». Dans cette même lettre, Freud critique la complaisance de Jung pour les phénomènes occultes, en donne des interprétations rationnelles, les lie enfin au désir inconscient de qui, à entendre des esprits frappeurs et des fantômes, souhaite sans doute quelque mort à qui prendrait trop autorité paternelle. Sur ce point, les reproches faits à Freud par Jung datent de loin. Dès le voyage qu'ils firent en commun aux États-Unis, Jung en voulut beaucoup à Freud, au cours d'échanges qu'il aurait désirés symétriques, de ne pas lui livrer les confidences intimes qui auraient pu éclairer l'interprétation d'un de ses rêves, pour ne pas perdre son autorité. Pourtant, dès le début de leur correspondance, à l'idée jungienne de la cure qui opérerait par un rapport personnel, Freud répondait et insistait par le terme de transfert, qui défait toute symétrie.
Les conflits ne sont pas non plus de personnes, mais de doctrines. Deux points semblent subsumer les nombreuses discussions:

  • La définition de la libido: Unique et sexuelle, pour Freud, elle permet la rigueur de la notion de refoulement. Pour Jung qui souhaite « un concept collectif un peu moins offensif pour toutes les libidines », la libido est donc plurielle, elle devient énergie, pas seulement sexuelle, aussi nombreuse que le modèle éclaté de la démence précoce, privilégié par Jung, l'argumentait. À ce pluriel unifié par l'idée globale d'énergie psychique, Freud répondait par la précision des mécanismes de la projection dans la paranoïa et du refoulement dans les névroses.

  • La place et la conception de l'interprétation: d'un intérêt partagé pour l'étude des mythes, ils en conclurent différemment. Freud ne pensa jamais un inconscient collectif, fait, de surcroît, d'archétypes. En effet, selon lui, les associations de mots dans les récits de souvenirs ou de rêves renvoient, en dépit de leurs évocations mythiques, d'abord à l'histoire singulière de l'individu, à son fantasme inconscient singulier. Et, même si le complexe d'œdipe semble général, ses impasses et ses résolutions sont singulières. Mais il y a un point de rupture plus radical: pour Freud, l'herméneutique est seconde. Ce qui enseigne, c'est la distinction et non l'unification, plus exactement, c'est le point où surgit une différence, le point de crise. C'est ainsi qu'il affirme: « Pour moi cependant, l'important n'avait pas été l'interprétabilité des symptômes mais le mécanisme psychique de l'entrée en maladie ».

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