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La définition de Jouissance


La jouissance désigne les différents rapports à la satisfaction qu'un individu désirant et parlant peut attendre et éprouver de l'usage d'un objet désiré.


La jouissance en psychanalyse

C'est Jacques Lacan qui a introduit le terme jouissance dans le champ de la psychanalyse. Du point de vue de la psychanalyse, l'accent est porté sur la question complexe de la satisfaction et, en particulier, dans son lien avec la sexualité. La jouissance s'oppose alors au plaisir, qui abaisserait les tensions de l'appareil psychique au niveau le plus bas. Cependant, on peut se demander si l'idée d'un plaisir pur de cette sorte convient pour parler de ce qu'éprouve l'être humain, étant donné que son désir, ses plaisirs et déplaisirs sont pris dans le réseau de systèmes symboliques qui relèvent tous du langage et que l'idée simple de la décharge est une caricature, dans la mesure où ce qui est réclamé radicalement pour cette satisfaction, c'est du sens.
Même la masturbation, qui pourrait être prise pour le modèle de cette jouissance singulière, cette jouissance de l'idiot, au sens de l'étymologie grecque idiôtês (ignorant), est prise, ne serait-ce que par le fantasme et la culpabilité, par les réseaux langagiers. Dès lors, on peut se demander si cette tension particulière indiquée par le concept de jouissance n'est pas à penser autrement que par le principe le plus imaginaire de la thermodynamique, mais par des jeux de concaténation de la chaîne signifiante où l'homme se trouve engagé du fait qu'il parle. La jouissance serait alors le seul terme adapté à cette situation et la satisfaction ou l'insatisfaction ne relèveraient plus seulement d'un équilibre des énergies, mais de rapports différents, à ce qui n'est plus concevable comme une tension privée, mais au champ du langage avec les lois qui le règlent: j'ouis-sens est un jeu de mots de Lacan qui rompt l'idée mythique d'un animal monadique jouissant tout seul sans mots, sans la dimension radicalement intersubjective du langage. Du fait qu'il parle, du fait que « l'inconscient est structuré comme un langage », comme le démontre Lacan, la jouissance ne peut être conçue comme satisfaction d'un besoin apportée par un objet qui le comblerait. Seul le terme de jouissance convient et elle est interdite, non pas au sens facile où elle serait barrée par des censeurs, elle est inter-dite, c'est-à-dire qu'elle est faite de l'étoffe même du langage où le désir trouve son impact et ses règles. Ce lieu du langage, Lacan le nomme le grand Autre. Et toute la difficulté de ce terme de jouissance vient de son rapport à ce grand Autre non figurable, ce lieu de la chaîne signifiante.
Mais, souvent, ce lieu est pris pour Dieu ou quelque figure réelle subjectivée, et l'intrication du désir et de sa satisfaction se pense alors dans un tel rapport à ce grand Autre qu'on ne peut pas penser la jouissance sans la penser comme jouissance de l'Autre.
On peut dire que le transfert, dans une cure analytique, se joue depuis ces deux limites jusqu'à ce point où cet Autre peut être pensé comme lieu et non comme sujet. Et si l'on demande au psychanalyste de nous faire accéder à un savoir sur la jouissance, la manière de concevoir cet Autre comme le lieu des signifiants, et en cela marqué d'un manque structural, permet de penser la jouissance telle que la psychanalyse la présente, c'est-à-dire non pas selon un idéal de plénitude absolue, ni selon la pente perverse qui tente de capturer la jouissance imaginée d'un Autre subjectivé, mais selon une incomplétude liée au fait que le langage est une texture et non un être.


Le principe de plaisir et l'au-delà du principe de plaisir

La question de la satisfaction ne suffit pas à poser celle de la jouissance. La philosophie antique, chez Platon et Aristote en particulier, met en lumière la variabilité de ce qui paraît agréable ou désagréable, et les liens complexes entre plaisir et douleur. Ainsi, un plaisir différé, ce qui cause une douleur, peut permettre d'accéder à un plaisir plus grand et plus durable. La seule question est donc de savoir s'orienter vers le vrai Bien, ce qui peut être défini différemment selon les philosophes. C'est dire que la question de la satisfaction est au fondement de ce que nous pouvons appeler une sagesse. Mais la psychanalyse promeut-elle une sagesse?
Pour Sigmund Freud, la complexité de cette question est dictée par la clinique elle-même: pourquoi, alors que, par exemple, il a fondé dès 1900 sa théorie de l'interprétation des rêves sur la satisfaction d'un désir inconscient, certains rêves, notamment dans le cas des névroses traumatiques de guerre, répètent-ils avec insistance l'événement traumatisant? À quel principe obéit cette répétition de la douleur, alors que le principe de plaisir expliquait assez bien un mécanisme de décharge de tension, la satisfaction étant la cessation de cette tension dite douloureuse?
Outre cela, comment expliquer les nombreux échecs dans les cures d'hystériques entreprises selon l'idée du principe de plaisir, même si celui-ci est repris par le principe de réalité, qui exige de différer la satisfaction? L'important, dans le texte de Au-delà du principe de plaisir (1920), c'est qu'il commence par le fort-da. Ces deux syllabes accompagnent le jeu d'un enfant qui fait apparaître et disparaître une bobine, et ce jeu, qu'il invente ainsi, dans le rythme de cette opposition de phonèmes, symbolise la disparition et le retour de sa mère. C'est le lien de l'opposition de deux syllabes du langage avec la répétition de la perte et de l'apparition de l'objet désiré, plaisir et douleur, qui peut définir la jouissance. Car le langage, dans cette répétition, n'est pas intéressé comme instrument de description de la perte ou de la retrouvaille. Il n'en est pas non plus le mime. Mais sa texture même tisse l'étoffe de cette jouissance, dans la répétition de cette perte et de ce retour de l'objet désiré.
Ce jeu est d'une portée symbolique plus forte que ce qu'emporte l'idée de maîtriser le chagrin et l'émotion de la perte. Cependant, au lieu de diminuer la tension, il la fait resurgir sans cesse et la lie au langage, à la répétition et à l'opposition des phonèmes. Pour Freud, déjà, l'étoffe de la jouissance était la même que celle du langage. Ce qui fait aussi que nous ne pouvons pas hiérarchiser un moi-plaisir et un moi-réalité. En effet, toute idée de genèse et de hiérarchisation relève d'un idéal de maîtrise qui est opposé à l'éthique de la psychanalyse dans la mesure où un tel savoir sur la jouissance permettrait de jouir du symptôme de l'autre et de l'utiliser.
Cependant, Freud nous pose plusieurs autres problèmes importants. Par exemple, comment concevoir ce qu'on appelle satisfaction hallucinatoire? Cela ne concerne pas seulement l'hallucination pathologique mais cette manière fort commune de dénier, de refuser la perte de l'objet désiré ou, plus précisément, de refuser que notre relation à l'objet soit une relation d'un autre ordre que la relation à un objet consommable, c'est-à-dire sans cesse renouvelable. On peut penser au problème contemporain de la toxicomanie, tel que le pose Charles Melman, en relation avec ce que suppose l'économie de marché. Sans même parler de substances toxiques, que dire de la manière dont le rêve suscite l'objet désiré, ou l'événement heureux ou douloureux?
Le texte freudien de Au-delà du principe de plaisir noue l'opposition du principe de plaisir et de la répétition avec celle de la pulsion de vie et de la pulsion de mort. Notre jouissance est contradictoire, écartelée entre ce qui satisferait aux deux principes.


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