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La définition de Influence



Le délire d'influence

Il s'agit d'un délire caractérisé par la croyance que des personnes extérieures exercent une influence occulte sur soi.
Les expériences délirantes d'influence sont fréquentes pendant les phases processuelles de la schizophrénie. Elles s'accompagnent de sentiments d'étrangeté et de dépersonnalisation. L'individu se sent soumis à une série de téléguidages de sa pensée, de communications mystérieuses et invisibles, d'effractions de sa personne. Il a l'impression qu'on devine sa pensée, ou même qu'on la lui soustrait pour lui en imposer une autre de l'extérieur.
Le délire d'influence se manifeste également dans les psychoses chroniques hallucinatoires. Avec l'écho de la pensée, la perte du sentiment de spontanéité et d'autonomie, la parole forcée, les troubles xénopathiques, il fait partie du syndrome d'automatisme mental décrit par Gaëtan Gatian de Clérambault. La machine à influencer est un thème habituel de tels délires, étudiés sur le plan psychanalytique par Viktor Tausk.


L'influence sociale

Il s'agit de l'ensemble des phénomènes qui concernent les processus par lesquels les individus et les groupes façonnent, maintiennent, diffusent et modifient leurs modes de pensée et d'action lors d'interactions sociales. Toute situation d'influence sociale engage au moins deux entités sociales (individus ou groupes) et un objet appelant une réaction (un jugement, une opinion, une évaluation, une attitude, un comportement). Ainsi, la notion d'influence sociale conceptualise le fait que ces réactions sont affectées par les relations sociales qui s'établissent entre les deux entités.
L'influence est mesurée en comparant les réactions individuelles avant la tentative d'influence et les réactions pendant ou après celle-ci, en comparant les réactions sous influence à celles d'une condition sans influence, ou en comparant les réactions sous diverses conditions d'influence. Différents types d'influence ont été considérés, que l'on peut synthétiser sous les notions d'influences manifeste et latente, qui renvoient à une influence:

  • Publique (par exemple, une situation de face à face) ou privée (par exemple, sous anonymat).
  • Immédiate (pendant la tentative d'influence) ou différée (de quelques minutes à quelques semaines après celle-ci).
  • Directe (sur la dimension sujette à l'influence) ou indirecte (sur une dimension pertinente mais différente de celle sujette à l'influence).

Par ailleurs, on parle de vraie influence lorsque les réactions sont affectées par les relations sociales au niveau manifeste et au niveau latent, de complaisance lorsque l'individu fait montre d'un suivisme uniquement manifeste, et de conversion lorsque l'influence n'est que latente.


L'effet Asch

Le paradigme expérimental le plus connu est dû à Solomon Asch. Chaque individu se retrouve avec plusieurs compères entraînés à répondre d'une manière prédéterminée. Il est à son insu amené à répondre en avant-dernière position. La tâche consiste à juger laquelle de trois lignes variables est de même longueur qu'une ligne étalon, la réponse correcte étant évidente. Les compères désignent, toujours unanimement, dans un tiers des essais une barre plus courte que la barre égale, dans un autre tiers une barre plus longue, et dans un dernier tiers la barre égale. Ils se trompent donc à deux essais sur trois. Dans une condition de contrôle sans influence, les individus répondent individuellement et ne commettent pas d'erreur. Dans la condition expérimentale, le pourcentage d'erreurs s'élève à 36,8%.
Seuls 24% des individus donnent des réponses toutes correctes. Diverses variantes montrent que cette conformité est maximale lorsque:

  • La majorité commet davantage d'erreurs.
  • La majorité est composée d'au moins trois individus.
  • Ces individus sont unanimes.
  • Le sujet est isolé et ne reçoit aucun support social.
  • Les réponses sont exprimées publiquement.

L'importance du concensus

Plusieurs théories partent du postulat que les individus sont motivés à estimer la validité des jugements en lice pour arriver à exprimer des jugements aussi valides que possible.
Dans les tâches où l'individu ne possède pas de moyen objectif pour établir la validité de ses jugements, il est en état d'incertitude, et recourt au consensus pour s'assurer de leur validité. Une opinion ou une croyance est valide ou appropriée dans la mesure où elle est partagée par un groupe de personnes. C'est avec des gens considérés comme similaires que l'on recherche l'accord. Si un tel consensus n'est pas atteint, la communication sociale est orientée vers la modification des jugements en vue de rétablir l'uniformité, les communications persuasives étant adressées surtout aux membres qui divergent le plus des jugements consensuels du groupe. Dans cette perspective, le consensus remplit la fonction prothétique d'instrument pour estimer la validité des jugements, qui apparaissent subjectivement valides dès lors qu'ils sont partagés.
Il suffit de créer un désaccord dans les jugements concernant un objet pour qu'apparaisse une incertitude. Corollairement, il suffit d'augmenter le degré de consensus pour que la certitude augmente. Il existerait alors une motivation épistémique de l'individu à produire le consensus, c'est-à-dire à produire une réalité sociale de laquelle il puisse conclure à la certitude de ses jugements. Le changement produit par l'influence sociale aurait comme but de substituer le consensus au désaccord. Dans des paradigmes de type Asch, une influence, manifeste ou latente, n'apparaît en effet que lorsque les individus s'attendent à des réponses consensuelles, et non pas lorsque l'existence de divergences est rendue plausible.


L'emprise de la source

Une autre notion explicative des dynamiques d'influence sociale est celle de la dépendance due à l'emprise de la source sur la cible d'influence. Elle renvoie à la différence entre la source et la cible quant à la disponibilité de ressources psychosociales pertinentes dans le rapport d'influence (par exemple, le pouvoir, la pression exercée, le statut, la compétence, l'attraction, la susceptibilité à l'influence). On peut distinguer deux types d'influences:

  • L'influence normative renvoie au fait que la conformité peut découler de la motivation à gagner l'approbation d'autrui et à éviter un rejet, le présupposé étant que le groupe réagira plus favorablement à une adhésion à ses normes qu'à un comportement de déviance. L'influence est ainsi plus importante en public qu'en privé et lorsque l'individu perçoit autrui et soi-même comme membres d'un même groupe psychologique.

  • L'influence informationnelle se base sur le fait qu'un individu qui veut atteindre un jugement en adéquation avec la réalité adopte la réponse d'une source qu'il considère comme plus correcte ou plus fiable que lui-même. Cette forme de dépendance est censée donner lieu à une vraie influence, et présuppose que les individus sont motivés à accéder à une connaissance objective ou correcte de leur environnement et attribuent aux jugements d'autrui une valeur informationnelle.

Le modèle du pouvoir social French et Raven propose une analyse des modalités d'emprise qu'une source peut avoir sur une cible. Aussi, on peut distinguer 5 types de pouvoir:

  • Le pouvoir de coercition: il présuppose que la source est en mesure de punir la cible, ce que celle-ci évite par la conformité.
  • Le pouvoir de récompense: il se fonde sur le désir de la cible d'obtenir une gratification de la part de la source.
  • Le pouvoir d'expertise: il repose sur la perception de la supériorité de la source en termes de compétence.
  • Le pouvoir référentiel: il implique l'identification à la source, soit que celle-ci possède des caractéristiques positives que la cible peut s'attribuer, soit qu'elle constitue un groupe d'appartenance de la cible.
  • Le pouvoir légitime: il agit dans des situations sociales marquées par une structuration hiérarchique où les individus d'un niveau donné acceptent les injonctions de ceux d'un niveau supérieur.

Par ailleurs, trois processus d'influence ont été distingués selon la stabilité et la longévité des changements induits:

  • La complaisance: elle se met en place quand la source exerce un pouvoir et que l'individu évite des représailles.L'individu se conforme dans un but purement fonctionnel, et l'acceptation publique disparaît avec l'emprise de la source.

  • L'identification: elle intervient quand l'individu désire gagner l'approbation de la source du fait des caractéristiques attractives de celle-ci. Dans ce cas, la conformité est une forme de rapprochement à une personne ou à un groupe auxquels on cherche à ressembler. L'influence se retrouve alors au niveau privé.

  • L'intériorisation: l'influence peut persister au niveau privé, en dehors de toute saillance psychologique de la source, quand cette dernière est considérée comme experte et légitime. Ce processus d'intériorisation présuppose que le contenu même du message de la source soit intégré au système de valeurs de l'individu.

La catégorisation sociale et l'influence sociale

Le processus de catégorisation sociale est actuellement considéré comme un facteur central de l'influence. Il implique que la cible d'influence se représente elle-même et la source en termes d'appartenance catégorielle commune ou différente, et qu'elle connaisse les normes de chacune des catégories sociales pertinentes, ainsi que d'autres caractéristiques (positives ou négatives) qui les définissent socialement. Dans ce contexte, les cibles s'auto-attribuent, c'est-à-dire font leurs, les caractéristiques assignées à la catégorie à laquelle ils s'identifient, et s'écartent de celles d'une source dont ils cherchent à se différencier. L'influence est maximale lorsque la source appartient à la même catégorie que la cible et qu'elle est positivement évaluée, assurant une identité sociale positive.
Selon la théorie de l'autocatégorisation proposée par John Turner, quand l'individu définit son identité par rapport à une catégorisation sociale rendue saillante, il se perçoit comme un exemplaire d'une catégorie et fonctionne de manière dépersonnalisée, selon les caractéristiques propres à celle-ci, qu'il a intériorisées et qui ont alors valeur normative. Dans cette perspective, une source ne peut avoir une quelconque influence dès lors qu'elle est perçue comme appartenant à une catégorie sociale de non-appartenance. Lorsqu'on est en désaccord avec des individus catégorisés comme membres d'un hors-groupe, leur différence catégorielle justifie le désaccord. Aucune incertitude n'apparaît, et il n'y a pas de pression psychologique à une influence réciproque.


Le conflit

La perspective interactionniste de l'influence sociale stipule que toute source peut induire une influence. C'est en vertu du conflit qu'elle génère qu'une source peut ébranler et remettre en question le système de jugement de la cible. Dans cette optique, et contrairement aux perspectives classiques, il devient théoriquement possible d'envisager l'influence d'une minorité sur une majorité. La création et le maintien du conflit dépendent surtout du style de comportement adopté par une entité sociale donnée lorsqu'elle prône sa norme. Parmi les styles de comportement, la consistance est le plus fondamental. On distingue deux types de consistance:

  • La consistance synchronique: elle a trait au caractère unanime de la réponse de la source et à la perception de sa cohérence.
  • La consistance diachronique: il s'agit du maintien systématique du même système de réponses dans le temps.

Elles amènent les individus à inférer une volonté de la source de soutenir activement un point de vue alternatif. Pour ce qui est de l'influence minoritaire, le principe est qu'elle sera nulle dès lors que la minorité se montre inconsistante, ou peu conflictuelle. Une minorité consistante peut avoir recours à différents styles de négociation pour orienter la gestion du conflit. Le conflit induit davantage d'influence à un niveau manifeste lorsque la minorité adopte un style à la fois consistant et flexible. Si elle se montre consistante et rigide à la fois, le conflit tend à n'être résolu qu'à un niveau latent.
Une gestion différente du conflit émerge selon que la source occupe une position dominante (une majorité, un expert, un intragroupe) ou subordonnée (une minorité, un non-expert, un hors-groupe). Le conflit face à une source dominante déclenche un processus de comparaison sociale. Dans une situation rendue socialement incertaine par la divergence des points de vue, la cible serait amenée à déterminer le degré de certitude et de justesse de sa réponse en comparaison aux réponses auxquelles elle est exposée. L'influence dépend alors de ce que la source apparaît dans une position dominante, et qu'une différence existe dans les ressources psychosociales à disposition (comme le statut, le nombre, la crédibilité), la comparaison sociale étant favorable à la source et défavorable à la cible. L'influence dépend donc des attributs positifs pertinents que la position dominante de la source lui assigne, mais n'est le plus souvent que superficielle. Par son style consistant, une minorité se définit comme une entité sociale visible créant un conflit social. Celui-ci se maintient dans la mesure où la minorité est active et où son point de vue spécifique n'est pas accepté, puisqu'elle est sujette à un déni, au refus de lui accorder toute vraisemblance. Le fait de se voir en conflit avec la minorité, ainsi que le fait de ne pas ressentir de pression à devoir l'accepter, déclenchent un processus de validation, c'est-à-dire l'examen approfondi de l'objet de la divergence et des positions adverses, aboutissant à la longue à la diffusion de l'innovation. À un niveau manifeste, on rejette les contenus que défend la minorité, mais à un niveau latent on intègre involontairement ses principes normatifs sous-jacents. Cet effet de conversion minoritaire est paradoxal puisqu'il est provoqué par le déni des positions de la minorité, et par l'intensité du conflit entretenu avec elle.
La notion de dissociation spécifie le rapport entre les processus de comparaison sociale et de validation qui permet ou non la résolution du conflit au niveau latent. Pour qu'une source de bas statut puisse induire une influence latente, la cible doit dissocier le rapport établi avec la source (comparaison sociale) de la validation de ses positions. L'attention accrue au contenu du message minoritaire peut alors mener à l'intériorisation du débat d'idées si la cible parvient à oublier qui est la source, en un effet de cryptomnésie sociale. En revanche, l'indissociation définit une activité cognitive centrée sur la seule comparaison sociale. Cette double notion rend compte de ce que certaines résistances à l'innovation (par exemple, la psychologisation) suppriment toute influence, manifeste et latente, alors que d'autres (par exemple, le déni) n'agissent qu'au niveau manifeste, favorisant même une influence latente.
Selon que la source est numériquement majoritaire ou minoritaire, elle détermine des formes de pensée spécifiques. Face à une majorité, l'individu ressent un fort stress dû à la peur de se sentir seul face à l'unanimité et est motivé à supposer qu'une source majoritaire doit être correcte. Cette forme de pensée convergente amène l'individu à reprendre à son compte les éléments présents dans la réponse majoritaire ou à s'en inspirer. Si la source est minoritaire, elle stimule chez les individus une forme de pensée divergente. Elle n'induit pas de stress et on tend à présupposer qu'elle est incorrecte. L'individu est alors en mesure de considérer d'autres jugements possibles, outre le sien et celui de la minorité. Dans ce cas, l'influence consiste en la formulation d'une réponse qui intègre plusieurs dimensions du problème, ou qui comporte un nombre plus grand de solutions. L'influence minoritaire rend ainsi les cibles plus créatives et originales.
La théorie de l'élaboration du conflit proposée par Juan Pérez et Gabriel Mugny propose une classification des différents types de conflits, en prenant en compte les caractéristiques de la source et celles de la tâche dans laquelle celle-ci introduit une divergence. Elle différencie les sources selon trois paramètres:

  • le nombre (une majorité ou une minorité),
  • l'expertise (la compétence ou l'incompétence),
  • l'appartenance catégorielle (intragroupe ou hors-groupe).

Elle différencie également trois types de tâches pour lesquelles le conflit est un mécanisme de changement:

  • Les tâches objectives non ambiguës: la réponse est évidente.
  • Les tâches d'aptitude: la réponse, non évidente, doit être élaborée.
  • Les tâches d'opinion: la divergence porte sur des attitudes ou des valeurs.

Cette double distinction permet d'expliquer les différentes dynamiques d'influence possibles par une même notion intégrative, celle d'élaboration du conflit. À chaque pattern d'influences manifeste et latente correspond une modalité particulière d'élaboration du conflit découlant des significations de la divergence introduite par une source particulière dans une tâche spécifique. Ainsi, l'attente de consensus organise les dynamiques d'influence surtout dans les tâches objectives non ambiguës, où les sujets seraient particulièrement préoccupés par la proportion d'individus qui introduisent la divergence. Le degré de compétence attribué à la source serait un principe central spécifiquement à l'œuvre dans les tâches d'aptitude, où le problème qui se pose aux individus est de tirer les inférences adéquates à partir de la validité relative des jugements divergents, en vue de réussir la tâche ou de s'y montrer compétents. La catégorisation serait une dynamique spécialement à l'œuvre dans les tâches d'opinion, où l'élaboration des oppositions normatives est modulée par les appartenances catégorielles relatives de la cible et de la source, et par l'identification de l'une à l'autre. Si les grands principes abordés par la littérature sur l'influence sociale (consensus, dépendance, catégorisation et conflit) renvoient à différents fondements explicatifs de l'influence sociale, il apparaît que, de fait, plusieurs mécanismes peuvent être simultanément à l'œuvre dans la même situation d'influence, en fonction de la nature de la tâche et des caractéristiques de la source.


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