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La définition de Individualisme / Collectivisme


L'individualisme/collectivisme désigne un couple conceptuel qui décrit les normes distinctes des sociétés (en général, occidentales et orientales) et qui rend compte des cognitions, émotions et comportements des membres des sociétés.


Les sociétés individualistes et les sociétés collectivistes

Les sociétés individualistes prônent la séparation de la personne et du collectif, et subordonnent le groupe à la distinctivité personnelle de l'individu. Les sociétés collectivistes prônent l'interdépendance entre les individus et subordonnent la poursuite de buts individuels à l'harmonie des relations interpersonnelles dans le groupe.
Au début des années 1980, un conte de la romancière chinoise Yu Luojin fut mis au ban par les revues littéraires de son pays qui en firent un exemple de l'extrême individualisme, du libéralisme bourgeois, de tout ce qui doit être rejeté avec mépris par les gens, à savoir les comportements occidentaux. Ce conte, qui traitait du divorce arraché par l'héroïne poussée par ses sentiments envers un autre homme, était condamné pour avoir placé la personne au-dessus de la collectivité. Au-delà des tenants politiques de cette affaire, celle-ci s'enracine dans des spécificités culturelles qui font l'objet d'un intérêt grandissant parmi les psychologues sociaux.


Les syndromes culturels

Les perceptions des individus, leurs manières d'être, de se définir et de se comporter découlent des normes qui gouvernent chaque culture. Les cultures se séparent les unes des autres en fonction des croyances que partagent leurs membres et du type d'opérations mentales que ces derniers mettent en œuvre dans leurs perceptions et leurs comportements. Les différences culturelles s'organisent autour des modalités avec lesquelles chaque culture articule l'individuel et le collectif. Certaines cultures prônent l'individualisme, d'autres le collectivisme. Le premier, que l'on retrouverait dans les sociétés nord-américaines et européennes, exalte l'unicité et la distinctivité individuelles. Le collectivisme, dans les sociétés africaines, latino-américaines et de l'Asie du Sud-Est, valorise le placement de l'individu dans un contexte, sa recherche d'appartenances, sa propension à s'accommoder, à s'effacer au profit de la fusion avec autrui dans le groupe. À cet ancrage géopolitique des différences culturelles vient s'ajouter une caractérisation psychosociale des manières d'être individuelles, que Harry Triandis qualifie de syndrome culturel.
Les syndromes individualiste et collectiviste se distinguent principalement sur deux aspects:

  • À propos de la structure et du contenu des représentations de soi des individus. Le soi individualiste est basé sur la promotion de l'indépendance, de l'autonomie et de la séparation entre les sphères personnelle et collective, tandis que le soi collectiviste apparaît comme une composante indissociable du collectif, dans lequel il se conçoit comme plus profondément enraciné.

  • À propos de la nature des buts poursuivis par les individus dans leurs interactions sociales. Les individualistes accordent la priorité aux buts personnels (par exemple, la comparaison sociale visant à la différenciation individuelle, la mobilité sociale), tandis que les collectivistes surbordonnent ces buts au maintien et à la promotion de leurs groupes d'appartenance.

Ainsi, les individualistes ont été caractérisés comme une collection d'individus pareillement autonomes, isolés, centrés sur eux-mêmes, tandis que les collectivistes ont été appréhendés comme les membres d'ensembles ontologiquement plus fondamentaux que les personnes, ces dernières s'individualisant à travers leur position dans le groupe, non à ses dépens.
Les résultats d'enquêtes comparatives menées dans un grand nombre de pays ont attesté la fracture entre ces deux manières d'être et entre ces deux conceptions de soi. Il a ainsi été constaté que les individualistes, par rapport aux collectivistes, fournissent des descriptions de soi et d'autrui moins liées au contexte social (leur soi apparaissant dès lors moins malléable), offrent plus d'explications personnologiques des comportements individuels, et attribuent ces comportements à des causes internes à la personnalité des acteurs (erreur fondamentale).


La désirabilité sociale et la culture

Le relativisme culturel qui accompagne ces définitions favorise la redéfinition des critères qui fondent la désirabilité sociale des manières d'être individuelles. La désirabilité sociale découle désormais du degré de congruence entre une manière d'être et la norme culturelle. Dans une société qui célèbre l'individualisme, la colère et la frustration, une fierté excessive, la poussée exacerbée à être le meilleur, par exemple, favorisent la positivité du soi en ceci qu'elles soulignent le rôle d'un individu qui prend des décisions de manière autonome et est déterminé par ses seuls attributs personnels.
Dans une culture collectiviste, ces sentiments, et toute propension à la particularisation, sont jugés négativement car ils menacent la bonne marche des relations interpersonnelles et l'harmonie du collectif. Une modestie considérable, le sentiment d'être débiteur, etc..., y sont donc valorisés. Ainsi, chaque individu réalise un prototype culturel du soi mais cela au travers de l'adhésion à des normes diamétralement opposées. Toutefois, récemment, les psychologues sociaux ont atténué ce postulat de franche opposition entre l'individualisme et le collectivisme. D'une part, chaque culture semble admettre des composantes qui relèvent de l'individualisme et du collectivisme, bien que, dans chaque culture, ces composantes soient pondérées différemment. D'autre part, ces notions relèvent d'orientations macrosociales, et d'autres notions, comme celles d'idiocentrisme et d'allocentrisme, sont appelées à rendre compte des comportements individuels toujours plus mélangés et inégalement conformes au prototype de leur culture.


La psychologie sociale et l'ethnocentrisme

La prise en compte des différences entre cultures individualistes et collectivistes a favorisé une critique de l'ethnocentrisme qui caractérise les théories et les concepts de la psychologie sociale, dont les postulats sont parfois basés sur des conceptions individualistes de l'interaction humaine. Bon nombre de théories soulignent en effet les attitudes, croyances et motivations individuelles (par exemple, le besoin de consistance cognitive), et plus généralement la compétition et la différenciation entre des individus. Dans ces théories, le contexte social joue le rôle de modérateur, voire d'élément perturbateur, dans la mise en œuvre de processus cognitifs supposés universels et formalisés en dehors des situations dans lesquelles ces processus sont appelés à fonctionner. Mais on s'aperçoit également que les notions de collectivisme et d'individualisme s'apparentent à d'autres distinctions, intraculturelles telles que la dépendance et l'indépendance à l'égard du champ, l'extraversion et l'introversion, le fort et le faible autocontrôle, l'orientation sociale et personnelle, la conscience publique et privée, voire l'identité sociale et personnelle. Ainsi, des recherches portant sur l'identité personnelle d'individus insérés dans des groupes aux statuts contrastés ont mis en évidence la tendance des membres de groupes dominants à se décrire par les contenus individualistes, et la tendance des membres de groupes dominés à se décrire par des contenus collectivistes.
La distinction entre le collectivisme et l'individualisme est venue se greffer sur de plus anciennes conceptualisations des manières d'être masculines et féminines. Au vu des modalités de leur socialisation et de leurs expériences d'interaction, les hommes cultiveraient des manières d'être individualistes, et les femmes des manières d'être collectivistes ou du moins privilégiant l'empathie et les relations avec autrui. Toutefois, l'analogie entre genre et culture est source de controverses portant principalement sur le danger d'essentialisation des spécificités masculines et féminines. Cette analogie semble découler d'une entreprise visant la légitimation des différentes manières d'être des deux sexes. L'ancrage du genre dans la culture assoit leur relative incomparabilité et escamote leur hiérarchisation. Il tempère alors les effets néfastes d'une confrontation directe entre les manières d'être des deux sexes.
Finalement, on peut s'interroger sur l'engouement pour le relativisme culturel qui se dégage de la problématique suscitée par les notions d'individualisme et de collectivisme, dont les opérateurs restent majoritairement d'origine occidentale. Assiste-t-on à un phénomène d'inversion des valeurs, selon lequel les psychologues sociaux propagent une représentation idéalisée de ce qui était jusque-là ignoré, ou au mieux un hors-groupe? Cette lecture paraît vraisemblable, au vu des travaux qui se multiplient en Europe et aux États-Unis et qui assignent des valeurs peu enviables à l'intragroupe (par exemple, une propension à la compétition sociale sans scrupules).


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