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La définition de Imaginaire



L'imaginaire en psychanalyse

Des trois catégories lacaniennes, l'imaginaire désigne celle qui procède de la constitution de l'image du corps. L'ensemble terminologique et conceptuel réel, symbolique, imaginaire a fait l'objet d'un séminaire de Lacan en 1974-1975, intitulé R.S.I. On ne peut penser l'imaginaire que dans ses rapports avec le réel et le symbolique. Lacan les représente par trois ronds de ficelle noués borroméennement, c'est-à-dire d'une manière telle que, si l'on défait l'un des ronds, les deux autres se défont aussi.
Lacan parle du registre imaginaire, du registre symbolique et du réel. Ces deux registres sont des outils de travail indispensables à un analyste pour se repérer dans la direction de la cure, le réel étant à repérer comme de l'ordre de l'impossible. L'imaginaire est à entendre à partir de l'image. C'est le registre du leurre, de l'identification. Dans la relation intersubjective, quelque chose de factice s'introduit toujours qui est la projection imaginaire de l'un sur le simple écran que devient l'autre. C'est le registre du moi avec ce qu'il comporte de méconnaissance, d'aliénation, d'amour et d'agressivité dans la relation duelle.


Le stade du miroir

Pour comprendre l'imaginaire, il faut partir du stade du miroir. Il est une des phases de la constitution de l'être humain qui se situe entre 6 et 18 mois, période caractérisée par l'immaturité du système nerveux. L'enfant auparavant se vit comme morcelé, il ne fait aucune différence entre ce qui est lui et le corps de sa mère, entre lui et le monde extérieur. Porté par sa mère, il va reconnaître son image dans le miroir, anticipant imaginairement la forme totale de son corps. Mais c'est comme un autre, l'autre du miroir en sa structure inversée, que l'enfant se vit tout d'abord et se repère. Ainsi s'instaure la méconnaissance de tout être humain quant à la vérité de son être et sa profonde aliénation à l'image qu'il va donner de lui-même. C'est l'avènement du narcissisme primaire. Narcissisme dans le plein sens du mythe car il indique la mort, mort liée à l'insuffisance vitale dont ce moment est issu.
On peut repérer ce temps de reconnaissance de l'image de son corps par l'expression jubilatoire de l'enfant, qui se retourne vers sa mère pour lui demander d'authentifier sa découverte. C'est parce que l'enfant est porté par une mère qui le regarde, une mère qui le nomme (« oui c'est toi Pedro, Pierre, Paul, ou Jacques, mon fils »), que l'enfant prend rang dans la famille, dans la société, dans le registre symbolique. La mère l'instaurant dans son identité particulière, elle lui donne une place, à partir de quoi le monde pourra s'organiser, un monde où l'imaginaire peut inclure le réel et du même coup le former. On peut comprendre ainsi le stade du miroir comme la règle de partage entre l'imaginaire, à partir de l'image formatrice mais aliénante, et le symbolique, à partir de la nomination de l'enfant, car le sujet ne saurait être identifié par rien d'autre qu'un signifiant, qui dans la chaîne signifiante renvoie toujours à un autre signifiant.


Les identifications dans la cure

Il y a tout un travail dans la cure qui se fait autour des identifications. Malgré ses défenses et ses étreintes narcissiques, le patient aura à reconnaître qu'il parle d'un être qui n'a jamais été que son œuvre dans l'imaginaire: discours imaginaire du patient qui semble parler en vain de quelqu'un qui lui ressemble à s'y méprendre, mais qui ne se joindra jamais à l'assomption de son désir.
C'est pourquoi le psychanalyste ne répond pas à ce discours et, à ne pas souligner par ses interventions ce qui est du registre imaginaire, à ne pas s'engager avec le patient dans sa méprise, permet à celui-ci de repérer la béance, la discordance primordiale entre le moi et l'être, son ex-centration en tant que sujet par rapport au moi. Et, pour tenter de le dire simplement, passant du registre imaginaire au registre symbolique, c'est-à-dire avec un travail sur le signifiant, il permet à l'individu, en tant que sujet désirant, d'advenir.
Le registre imaginaire est aussi un repérage d'un point de vue théorique. Par exemple, à propos du mot père, il importe de préciser si l'on parle du père réel, du père imaginaire ou du père symbolique. Le père imaginaire est l'image paternelle née du discours de la mère, de l'image qu'il donne de lui et de la manière toute subjective dont cet ensemble d'éléments est perçu.


La dénégation

Une des manifestations de ce qu'implique de méconnaissance le registre imaginaire est bien ce que Sigmund Freud a appelé la Verneinung, c'est-à-dire la dénégation: « N'allez pas croire qu'il s'agit de ma mère », dit le patient de Freud expliquant son rêve, et Freud immédiatement de conclure: « C'est sa mère. » Le patient ne peut laisser parler le sujet, sujet de l'inconscient, que sous une forme niée.
On retrouve la même difficulté pour ce qu'il en est du désir. L'homme n'a pas d'accès direct à son propre désir. C'est toujours en tant que médiatisé par le registre imaginaire qu'il peut en avoir quelque intuition. En effet, le désir de l'homme, c'est le désir de l'autre. Saint Augustin a décrit la jalousie violente que ressent un enfant en regardant son frère de lait à la mamelle: c'est dans la complétude qu'il imagine de l'autre, l'enfant au sein, qu'il lui est possible de repérer son désir, mais il ne peut rien en dire.
Le registre imaginaire est le registre des sentiments que l'on pourrait écrire senti-ment: l'ambivalence en est la caractéristique. On aime avec son moi, palais des mirages. L'objet est irrémédiablement perdu, l'objet substitutif ne peut donc qu'être interchangeable, mais on peut aussi, à l'opposé, évoquer l'histoire tragique de Werther: Werther qui, à la vue d'une jeune fille donnant à manger à des enfants, tombe éperdument amoureux, amoureux jusqu'à en mourir. Il y a là une rencontre, une coïncidence entre l'objet et l'image exacte de son désir.


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