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La définition de Hystérie


L'hystérie désigne une névrose caractérisée par l'hyperexpressivité des idées, des images et des émotions inconscientes.


L'histoire de l'hystérie

Les symptômes psychomoteurs, sensoriels ou végétatifs constituent les phénomènes de conversion. La personnalité sous-jacente se manifeste par la suggestibilité, le théâtralisme et les troubles sexuels.
Dans des textes de l'Égypte ancienne, certains états pathologiques sont attribués à la migration de l'utérus, organe qu'on retrouve dans l'étymologie grecque du mot hystérie. Jusqu'au XVIIIe siècle, l'origine première des troubles est attribuée à la continence sexuelle et au désordre répandu dans le corps par le débordement de substances dont l'accumulation est nocive. L'apparition des nouveaux concepts de sensibilité et d'irritabilité des fibres nerveuses fait entrer l'hystérie dans les maladies mentales dont le traitement moral a été proposé par Philippe Pinel.
À la fin du XIXe siècle, Jean-Martin Charcot tente de rattacher l'hystérie à la neurologie, mais il lui est impossible de localiser une lésion. Il contribue à la compréhension du mécanisme de formation du symptôme hystérique en découvrant la possibilité de reproduire sous hypnose un symptôme (une paralysie) en tout point comparable. L'utilisation par Josef Breuer de la méthode cathartique pour traiter une patiente hystérique en la faisant parler sous hypnose incite Sigmund Freud à reprendre les recherches sur l'étiologie de l'hystérie. Il découvre l'existence d'un traumatisme psychique de nature sexuelle, survenu pendant l'enfance et dont les réminiscences inconscientes sont à l'origine du symptôme. Il introduit ensuite la notion de conversion, impliquant une correspondance entre la parole et le symptôme et qu'il appelle hystérie de conversion. Les représentations refoulées parlent par l'entremise des symptômes de conversion, qui apparaissent comme l'expression symbolique des compromis entre la réalisation des désirs inconscients et les processus de défense qui s'y opposent. La conversion est une transposition d'un conflit psychique et une tentative de résolution de celui-ci dans ses symptômes somatiques (par exemple, la paralysie) ou sensitifs (par exemple, les anesthésies ou les douleurs localisées).
Par ailleurs, au plan de la clinique psychiatrique, on distingue deux aspects majeurs: la personnalité hystérique et l'hystérie de conversion.


La personnalité hystérique

Les troubles de la sexualité sont caractérisés par la frigidité classique, dont la femme hystérique se plaint moins que son partenaire. Elle contraste avec les attitudes de séduction, d'hyperexpressivité érotique, qui peuvent effrayer le partenaire. Souvent, la femme hystérique qui vit en couple évite les relations sexuelles sous différents prétextes (migraines, règles prolongées ou difficultés de contraception). Elle préfère les activités de rêverie avec un partenaire idéalisé.
L'homme hystérique cultive souvent des amitiés féminines. Dans sa crainte de la jouissance féminine, il anticipe souvent par l'éjaculation précoce. Lui aussi recourt à la masturbation et à la rêverie. Sa quête de virilité et ses amitiés masculines passionnelles témoignent de ses troubles d'identité sexuelle, voire d'une homosexualité.
Les relations sociales sont altérées par la tendance au théâtralisme, la dramatisation et parfois la mythomanie. L'hystérique recherche un modèle, parfois chez les personnalités célèbres. Cette suggestibilité, ce manque de naturel, ce besoin d'attirer l'attention vont susciter le rejet, en particulier des médecins, d'autant qu'ils masquent mal l'agressivité inconsciente de l'hystérique, habile à dévoiler les défauts et les désirs cachés de chacun.


L'hystérie de conversion

Le passage du conflit inconscient dans le corps se manifeste par des troubles ressemblant aux maladies organiques. Il peut s'agir de troubles paroxystiques, comme la classique grande crise à la Charcot, débutant par une boule dans la gorge, des troubles visuels. Puis survient la perte de connaissance, avec raideur et mouvements convulsifs, de type épileptique. La récupération est marquée par des attitudes théâtrales, passionnelles. Souvent, il ne s'agit que d'une crise convulsive, proche de la spasmophilie. À l'inverse, la syncope isolée est fréquente, survenant en présence d'une personne significative pour le malade. Ces troubles miment des fantasmes, ou même des attitudes orgastiques. Ils sont parfois contagieux et cèdent avec l'isolement.
Les anesthésies et paralysies hystériques sont des conversions plus durables. Elles ne respectent pas l'organisation anatomique, et sont variables et sensibles aux événements. Des contractures, spasmes et tremblements surviennent, mais surtout des troubles sensoriels (visuels et auditifs). Les manifestations viscérales constituent des pièges pour les médecins, puisqu'il peut s'agir de troubles gynécologiques (grossesse nerveuse), de vomissements, associés ou non à des comportements alimentaires anarchiques.
Chez l'homme hystérique, une forme fréquente de conversion est la névrose post-traumatique, décrite après la Première Guerre mondiale et pouvant survenir de nos jours après un accident de la voie publique ou du travail. L'existence de troubles locaux comme un œdème, de troubles circulatoires résistant au traitement peut enfermer le malade et son médecin dans une escalade d'examens et d'hospitalisations, débouchant sur la revendication et parfois la paranoïa.
La dépression chez l'hystérique peut aboutir à des tentatives de suicide, parfois réussies. Les mesures thérapeutiques entreprises peuvent avoir pour but d'aider le névrosé à renoncer aux bénéfices apparents de sa maladie, qui, en fait, restreignent sa liberté et le privent de réelles satisfactions. Les psychothérapies analytiques vont dans ce sens. La psychanalyse a pour ambition d'atteindre une partie de la vérité du patient et nécessite un engagement de celui-ci et de son psychanalyste dans un processus long et parfois douloureux. D'autres méthodes sont utilisées, comme le psychodrame, la relaxation. La prévention de la constitution de la maladie hystérique passe pour certains par les thérapies d'enfants chez lesquels des symptômes de la lignée hystérique ont été décrits.


L'hystérie en psychanalyse

En psychanalyse, l'hystérie désigne une névrose caractérisée par le polymorphisme de ses manifestations cliniques.
La phobie, appelée parfois hystérie d'angoisse, doit être distinguée de l'hystérie de conversion. Cette dernière se distingue classiquement par l'intensité des crises émotionnelles et la diversité des effets somatiques, qui tiennent la médecine en échec. La psychanalyse contemporaine porte l'accent sur la structure hystérique de l'appareil psychique, engendrée par un discours et donnant lieu à une économie ainsi qu'à une éthique proprement hystériques.


L'hystérie dans la première topique freudienne

Freud se dégage d'abord d'une conception innéiste et adopte l'idée d'une névrose acquise. Il pose le problème étiologique en termes de quantité d'énergie: l'hystérie est due à un surplus d'excitation. Dans les Études sur l'hystérie (1895), la parenté du mécanisme psychique des phénomènes hystériques avec la névrose traumatique est affirmée: « La cause de la plupart des symptômes hystériques mérite d'être qualifiée de traumatisme psychique. » Le souvenir de ce choc, devenu autonome, agit alors à la manière d'un corps étranger dans le psychisme: « C'est de réminiscences que souffre l'hystérique. » En effet, l'affect lié à l'incident causal n'a pas été abréagi, c'est-à-dire n'a pas trouvé de décharge d'énergie par voie verbale ou somatique, parce que la représentation psychique du traumatisme était absente, interdite ou insupportable. La scission du groupe de représentations incriminées constitue alors le noyau d'un second conscient infiltrant le psychisme lors des crises ou innervant une zone corporelle par un symptôme permanent (névralgie, anesthésie, contracture, etc...). Le mécanisme de défense présidant à la formation du symptôme hystérique est alors qualifié de refoulement d'une représentation incompatible avec le moi. Parallèlement, Freud affirme que le traumatisme en cause est toujours lié à une expérience sexuelle précoce vécue dans le déplaisir, y compris chez les jeunes garçons, ce qui libère l'hystérie de son attache exclusivement féminine. Ultérieurement, Freud pensera avoir surestimé la réalité traumatique aux dépens du fantasme de violence perpétrée par un personnage paternel.
La conception freudienne appelle quelques remarques. En effet, elle suppose que le rapport psyché-soma est celui de deux lieux, la psyché occupant la position haute, séparés par une barre franchissable par une représentation psychique. Ainsi, Freud décèle chez l'hystérique une prévenance somatique, sorte d'appel du corps à ce qu'une représentation refoulée vienne à s'y loger. De fait, Freud invitait à l'abandon du débat classique entre psychogenèse et organicisme de l'hystérie: le problème posé par cette névrose est celui de la rencontre entre le corps biologique et le représentant pulsionnel, qui est de l'ordre du langage, c'est-à-dire un signifiant. Le symptôme est alors un message ignoré de l'auteur, à entendre dans sa valeur métaphorique et inscrit en hiéroglyphes sur un corps malade car parasité.


L'hystérie dans la deuxième topique de Freud

Ce sont pourtant les difficultés rencontrées dans les cures qui amenèrent Freud à la mise en place de la seconde topique de l'appareil psychique. De nouvelles études sur l'hystérie, promises, ne virent cependant jamais le jour. La pertinence de la clinique freudienne apparaît dans divers textes, mise en valeur par la relecture de Jacques Lacan et grâce aux instruments conceptuels qu'il proposa.
Ainsi, l'analyse du rêve dit de la Belle Bouchère, publié dans L'interprétation des rêves (1900), permet à Freud d'avancer que la rêveuse hystérique est obligée de se créer un désir insatisfait: pourquoi ne veut-elle pas du caviar que pourtant elle désire? C'est qu'elle réserve ainsi la place du désir en tant qu'il ne se confond ni avec la demande d'amour ni avec la satisfaction du besoin. Le manque constitutif du désir est cependant articulé à travers une demande au lieu de l'Autre, défini comme lieu symbolique du langage. Le manque est dans l'Autre, articulation signifiante du manque d'objet comme tel dont le signifiant est le phallus. Ainsi, le désir de l'hystérique révèle la nature générale du désir d'être désir de l'Autre. De plus, ce rêve est proprement celui d'une hystérique, qui est de n'accéder au désir que par le détour de l'identification imaginaire à une amie, identification qui conduit à une appropriation du symptôme d'un semblable par un raisonnement inconscient s'attribuant des motifs analogues d'être malade.
Le texte de ce rêve, mis en rapport avec le cas Dora, permet de franchir un pas de plus. Dora présentait de nombreux symptômes liés à la relation complexe que son père et elle-même entretenaient avec le couple K: liaison amoureuse platonique dissimulée de son père et de Madame K, cour parfois pressante mais secrète de Monsieur K à son égard. L'analyse de Dora fut orientée par Freud vers la reconnaissance de son désir refoulé pour Monsieur K. Cela lui permit de montrer l'importance, dans la mise en place de l'hystérie, de l'amour pour le père impuissant, séquelle œdipienne ici interprétée comme défense actuelle contre le désir. Mais Freud reconnaîtra avoir manqué la dimension homosexuelle du désir hystérique, d'où l'échec de la cure. Pour Lacan, il s'agit plutôt d'une homosexualité à entendre ici comme identification à l'homme, ici Monsieur K, par le médium duquel l'hystérique s'interroge sur l'énigme de la féminité: « C'est ainsi que l'hystérique s'éprouve dans les hommages adressés à une autre, et offre la femme en qui elle adore son propre mystère à l'homme dont elle prend le rôle sans pouvoir en jouir. En quête sans répit de ce que c'est qu'être une femme... ».


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