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La définition de Hallucinogène


Un hallucinogène correspond à une substance psychotrope dont l'usage est recherché pour sa capacité à induire des hallucinations visuelles, auditives ou, plus rarement, tactiles.


L'histoire et les caractéristiques du terme hallucinogène

Le pharmacologue Louis Lewin désignait comme phantastica (ou hallucinatoria) les drogues thaumaturgiques capables d'induire des illusions sensorielles. La frontière qu'il proposait entre celles-ci et le groupe des inebriantia était en réalité bien floue. En effet, l'alcool, le cannabis et les solvants peuvent, à forte dose et chez des individus psychiquement fragilisés, induire des hallucinations.
Le terme d'hallucinogène fut proposé en 1954 par les psychiatres Abram Hoffer, Humphry Osmond et John Smythies. Rapidement, Osmond préféra utiliser le terme de psychédélique. En 1959, les psychiatres français Jean Delay et Pierre Deniker introduisirent le terme de psychodysleptique dans leur classification des psychotropes. À la même époque, le terme de psychotomimétique fut également employé par les spécialistes.
Selon Hoffer et Osmond, les hallucinogènes induisent des modifications des perceptions, du cours de la pensée et de l'humeur, mais n'entraînent pas, aux doses usuelles, de confusion mentale, de troubles de la mémoire ou de désorientation à l'égard des personnes, de l'espace ou du temps. Cette approche souffre de notables exceptions. Toutefois, elle a le mérite d'éliminer du groupe des hallucinogènes, entendu rigoureusement, des drogues susceptibles d'entraîner des états hallucinatoires, sans que cela soit, et de loin, leur principal effet (opiacés, certains anesthésiques, alcool, cocaïne, tabac dans certaines circonstances, etc...), ou encore des drogues qui induisent, au-delà des simples hallucinations, une perte radicale de contact avec la réalité (par exemple, les plantes de la famille des solanacées) et ce, même si l'usage commun range la belladone ou le datura parmi les hallucinogènes.
Certains produits peuvent induire indirectement des épisodes hallucinatoires, lorsque l'individu, devenu dépendant, est en période de manque. C'est le cas notamment de l'alcool au travers du delirium tremens. Ils ne sont pas pour autant considérés comme des hallucinogènes.
Certaines pratiques (le jeûne, les modifications de la ventilation) peuvent aussi induire des troubles psychiques avec hallucinations. D'ailleurs, les anthropologues les mettent parfois en parallèle avec le recours à des substances chimiques.


La classification des drogues hallucinogènes

La plupart des hallucinogènes utilisés sont des végétaux ou des alcaloïdes extraits de ceux-ci. Il s'agit plus rarement des produits obtenus par synthèse chimique. Aussi, on distingue:

  • Les phényléthylamines: ce groupe comprend, outre la mescaline et le STP, divers dérivés amphétaminiques dont le type est l'ecstasy (ces produits sont difficiles à classer car leurs effets varient considérablement selon la molécule ou la dose utilisée).

  • Les dérivés indoliques: ce groupe comprend les nombreux dérivés de la tryptamine: la diméthyltryptamine ou DMT (constituant notamment du yopo), les diéthyltryptamine et dipropyltryptamine, la psilocine et son ester phosphorique, la psilocybine, ainsi que la bufoténine. D'autres dérivés indoliques sont dotés d'une chaîne carbonyle. C'est le cas notamment de l'harmaline, constituant essentiel de l'ayahuasca. Enfin, ce groupe comprend les amides de l'acide lysergique, dont la diéthylamide connue comme LSD, ainsi que des alcaloïdes végétaux à la structure complexe comme l'ibogaïne.

  • Des hallucinogènes de structure diverse: certains auteurs rapprochent des hallucinogènes des esters glycoliques dotés de propriétés anticholinergiques, les alcaloïdes des solanacées, le muscimol, la méthysticine du kawa, voire le tétrahydrocannabinol (ou THC).

Le mode d'action des hallucinogènes

Le psychiatre français Henri Ey évoque l'existence d'un syndrome psychotoxique aigu commun aux hallucinogènes avec analogie et convergence des effets hallucinatoires. Les recherches sur les psychoses induites, prolongeant les premières expériences de Moreau de Tours, ont permis d'étayer des hypothèses neurobiologiques.
L'action des hallucinogènes sur les neurones du cerveau fait intervenir de nombreux types de neuromédiateurs dont l'acétylcholine, la dopamine, la noradrénaline mais surtout la sérotonine. D'ailleurs, beaucoup d'hallucinogènes ont une structure chimique qui évoque celle de la sérotonine. D'une façon schématique, les hallucinogènes puissants stimulent les récepteurs de la sérotonine, en particulier les récepteurs de type 5-HT2, un groupe de récepteurs abondant dans le cortex.


L'expérience hallucinogène

Cette expérience varie considérablement selon la nature de la drogue, la quantité ingérée et l'éventuelle association à d'autres produits, ainsi que ses antécédents psychiatriques, son passé, sa capacité à guider sa propre expérience. Aussi, diverses classifications des expériences hallucinogènes ont été proposées, notamment dans les années 1960:
L'expérience de psychose, avec peur panique, convictions délirantes, invalidation des raisonnements logiques, dépression, ces manifestations pouvant se traduire par des actes auto ou hétéro-agressifs, avec tentative de suicide.

  • L'expérience cognitive, avec sensation de lucidité singulière de la pensée.
  • L'expérience esthétique, par modifications des perceptions sensorielles et des hallucinations (par exemple, les synesthésies donnent l'impression de voir les sons).
  • L'expérience psychodynamique, avec réémergence à la conscience de souvenirs oubliés ou enfouis dans l'inconscient, cette expérience pouvant se traduire par une tentative de suicide ou par une décompensation psychotique. Ce processus fut recherché lors de l'utilisation médicale des hallucinogènes dans les années 1960.
  • L'expérience psychédélique, à caractère mystique, avec sentiment de compréhension ineffable (incommunicable autrement que par le partage) des problèmes philosophiques et psychologiques.

Pour leur part, les psychiatres américains Robert Masters et Jean Houston ont proposé de distinguer quatre niveaux d'expérience sous hallucinogènes:

  • Le niveau sensoriel: c'est le premier stade de l'intoxication par les hallucinogènes, et c'est aussi le plus constant. Il se caractérise par des sensations de modifications du corps et de son image, des distorsions spatiales, des visions colorées. Il permettrait de déconditionner l'individu de son environnement habituel.

  • Le niveau de rappel des souvenirs: le stade des modifications perceptuelles est suivi d'un stade d'introspection dans lequel les perceptions peuvent redevenir normales. Ce stade se termine souvent par une expérience de mort suivie d'une renaissance.

  • Le niveau de symbolisation: le matériel psychique revenu à la mémoire est travaillé par la psyché. Des images éidétiques purement imaginaires se mêlant à des souvenirs d'enfance et à des visions autoscopiques sont perçues comme une métaphore de l'existence de l'expérimentateur. Ces visions s'articulent en ensembles cohérents dont les thèmes empruntent constamment au fonds mythique de l'humanité (la création, l'enfant-roi, l'éternel retour, le paradis, l'androgynie, etc...).

  • L'expérience mystique: cette expérience reste d'une extrême rareté. En effet, à peine 5% des utilisateurs de LSD l'avaient éprouvé. Il s'agit d'une prise de conscience cosmique, analogue à l'inflation positive de Carl Jung ou à l'expansion de la théologie islamique. L'expérience mystique s'ouvre par un sentiment de dissolution du moi dans un autre être, diffus, l'individu se sentant devenir lui-même une parcelle de l'énergie universelle et ressentant intensément le caractère éternel de toute chose. Ce type d'expérience n'est accompagné d'aucune élaboration symbolique ou délirante. Il est à rapprocher des vécus chamaniques.

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