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La définition de Hallucination


Une hallucination est une expérience perceptive qui s'accompagne d'une croyance absolue en la réalité d'un objet pourtant faussement perçu puisque l'individu ne reçoit pas de stimulation sensorielle correspondant à cet objet.


Les caractéristiques de l'hallucination

Généralement pathologique, cette expérience hallucinatoire est donc une perception sans objet à percevoir. Pour Henri Ey, il s'agirait d'une réalité interne projetée hors de soi à l'occasion d'une déstructuration de la conscience. Aussi, pour caractériser ce trouble psychosensoriel, il faut deux modalités principales:

  • La sensorialité, comme dans une perception vraie.
  • La projection spatiale.

Quoique la spatialisation ne soit pas évidente pour le goût, et peut-être les cénesthésies, on classe les hallucinations selon les divers organes des sens: tactiles (kinesthésiques ou cénesthésiques), olfactives, gustatives, visuelles, auditives. Les deux dernières catégories sont, de loin, les plus importantes.


Les hallucinations visuelles

Tandis que Wilhelm Griesinger les considérait comme les plus fréquentes, la plupart des auteurs croient qu'on les observe moins souvent que celles de l'ouïe. Pour Jules Baillarger, « les hallucinations de la vue sont beaucoup plus rares chez les aliénés que celles de l'ouïe, mais c'est le contraire qui a lieu chez les personnes saines d'esprit ». Cependant, il est certain que l'hallucination visuelle s'observe avec son maximum de fréquence et de richesse au cours de certains troubles de l'activité psychique, notamment des états confusionnels. L'onirisme représente la forme la plus complète et la plus typique de l'hallucination visuelle dans la clinique psychiatrique. D'ailleurs, on observe souvent des hallucinations visuelles au cours des intoxications neurotropes, tout d'abord dans l'alcoolisme, mais aussi chez les cocaïnomanes. Dans les intoxications accidentelles ou expérimentales (haschisch, peyotl, L.S.D.), on observe des bouffées de rêve qui représentent l'éclosion d'hallucinations visuelles.
Par ailleurs, on peut distinguer les hallucinations visuelles élémentaires (couleurs, flammes, ombres, photopsies, phosphènes) des hallucinations visuelles complexes (figures, formes ornementales). Certains contenus sont plus fréquents et plus typiques, comme les visions d'animaux (zoopsies) ou de figures humaines. Les images peuvent être colorées ou entièrement décolorées (images grises, sans couleur, blafardes). Elles peuvent être fixes ou en mouvement. Souvent, il s'agit d'images à transformation, se métamorphosant sans cesse. Parfois, il s'agit de mouvements rythmiques. Les hallucinations peuvent se présenter toujours identiques à elles-mêmes (vision unique ou stéréotypée) ou être variables. Elles peuvent représenter des souvenirs plus ou moins exacts (ecmnésie hallucinatoire) ou des constructions imaginatives tout à fait étranges, déformées, bizarres, avec des troubles des dimensions spatiales. Ces images peuvent se comporter assez différemment dans leurs relations avec le champ perceptif visuel: tantôt elles n'en font pour ainsi dire pas partie et se trouvent plaquées sur le champ visuel, tantôt elles sont projetées sur un fond, soit à la surface de certains objets (plafond, cloison), soit engagées dans une certaine perspective et un certain arrangement des objets extérieurs. Aussi, on distingue des hallucinations visuelles plates, cinématographiques, et des hallucinations visuelles qui trouent des murs, présentent l'image avec du recul, une profondeur, une perspective.
Quant à leur association avec d'autres sensations, il y a lieu de noter les synesthésies diverses (visions odorantes, sonores, tactiles, etc...). Car effectivement, dans les crises dites hallucinatoires, les troubles psychosensoriels peuvent être multiples. Et c'est surtout le discours rétrospectif de l'individu délirant qui privilégie tel type d'hallucination.


Les hallucinations auditives

On y retrouve des caractéristiques comparables. Il peut s'agir d'hallucinations de l'ouïe élémentaires. Il s'agit de bruits, de sons indistincts ou de vibration sonore régulière. Mais, plus souvent, les délirants vont se plaindre d'hallucinations de paroles, auditivo-verbales. Ce sont les voix dont les persécutés s'inquiètent souvent. Elles peuvent parler à l'oreille, derrière l'halluciné, au-dessus de lui, derrière un mur, en l'air. Elles sont des voix connues ou inconnues. Parfois des voix bizarres dans leur sonorité (voix de polichinelle, de ventriloque, d'appareils de radio ou de télévision, d'électrophone, de mirliton, etc...). Quelquefois, elles sont chantées, mais cela est tout à fait exceptionnel. Au contraire, le rythme est assez fréquent (voix scandées, modulées, etc...). C'est une voix unique et invariable ou bien ce sont des voix variables, multiples, en chœur et souvent en conversation directe avec l'halluciné, ou en conversation indirecte entre elles.
Leur contenu peut être le même: des sornettes, des kyrielles, des ritournelles, des slogans. Mais il peut s'agir, au contraire, de discours prolixes, nuancés, dialogués. Des phénomènes très fréquents sont l'écho de la pensée, de la lecture, plus rarement de l'écriture, et le commentaire des actes. Parfois, il s'agit de paroles incompréhensibles, de discours dans une langue inconnue ou de paroles sibyllines, dépourvues de sens. Plus fréquemment encore, il s'agit d'annonces, d'informations, de renseignements, de nouvelles. Enfin, les voix sont dotées de sentiments qui passent dans leur ton et leurs expressions (injures, obscénités, compliments, conseils).
Du point de vue de leur durée, elles peuvent ne se faire entendre qu'à de rares intervalles, dans certaines situations, avec une prédominance nocturne ou diurne, dans les moments d'inattention ou au contraire d'attention. Le plus souvent inopportunes, elles peuvent être parfois recherchées par le patient.


Les hallucinations psychiques verbales

Les phénomènes qui n'ont plus de caractère sensoriel et qu'on a appelés hallucinations psychiques (ou pseudo-hallucinations) s'en rapprochent. Baillarger a, le premier, bien montré que certains phénomènes hallucinatoires verbaux apparaissent sous la forme de voix sans timbre, sans sonorité, de voix chuchotées, de pensées parlées, d'inspirations, de transmissions de pensées, d'idées suggérées, de conversation intérieure (comme des paroles sans son, etc...). Le deuxième caractère de ces hallucinations psychiques verbales, c'est qu'elles ne sont pas projetées dans le monde objectif avec des signes spatiaux de localisation (en dessus, en dessous, à côté, etc...) et qu'elles ne sont pas éprouvées, perçues par les oreilles et dans l'espace extérieur.
Naturellement, on retrouve dans cette catégorie de phénomènes tous les aspects cliniques signalés à propos des hallucinations de l'ouïe:

  • voix injurieuses,
  • conseillantes, persécutrices ou favorables,
  • dialogues incompréhensibles,
  • informations délirantes,
  • écho de la pensée,
  • commentaire des actes,
  • etc...

L'ensemble de ces phénomènes constitue essentiellement un syndrome d'influence, de compénétration de pensée (fréquente dans les délires spirites, de possession et dans les délires mystiques) et se retrouve dans l'automatisme mental décrit par Gaëtan Gatian de Clérambault, de 1920 à 1926, pour dégager le syndrome initial et fondamental précédant les manifestations délirantes et hallucinatoires de beaucoup de psychoses chroniques.
Car, si l'hallucination n'est pas le seul mécanisme du délire (l'interprétation et l'intuition y jouent aussi un grand rôle), elle en est l'accompagnatrice fréquente, devenant même prépondérante dans la psychose hallucinatoire chronique.


L'association multiple des phénomènes hallucinatoires

Mais ces phénomènes, par leurs modalités très diverses et leur association à des affections mentales allant des bouffées délirantes les plus brèves aux psychoses les plus chroniques, ne peuvent s'expliquer d'une manière unique. On a vu que la déstructuration de l'état de conscience et la baisse du niveau de vigilance pouvaient les faire apparaître. Mais c'est aussi la satisfaction hallucinatoire d'un désir refoulé, comme l'a montré Sigmund Freud à propos de l'amentia de Theodor Meynert, qui peut être, dans certains cas, la cause principale de ces phénomènes. Il peut s'agir aussi d'une atteinte structurale profonde de la personnalité, comme on le voit dans la schizophrénie, produisant les mécanismes projectifs responsables de l'activité hallucinatoire. Certaines intoxications sont aussi responsables d'états hallucinatoires transitoires.
D'ailleurs, on a utilisé différents toxiques pour provoquer expérimentalement de tels états, qu'on peut aussi produire par un isolement sensoriel absolu. Les participants de l'expérimentation sont mis dans une sorte de caisson liquide, en apesanteur, et dans l'obscurité et le silence le plus complets. Ils sont alors, au bout de quelques heures, en proie à des hallucinations multiples qui ne cessent qu'après la sortie de cet isolement. Il semblerait que l'absence d'excitation sensorielle entraîne une baisse de l'attention et du tonus cérébral, déclenchant une sorte d'activité nerveuse autonome et hallucinatoire. Par ailleurs, on aurait retrouvé dans certains cas de psychose schizophrénique un même abaissement fonctionnel de l'activité cérébrale, dont la nature n'a pu être jusque-là précisée.


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