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La définition de Formations de l'inconscient


Les formations de l'inconscient désignent des irruptions involontaires dans le discours, selon des processus logiques et internes au langage, permettant de repérer le désir.


Les caractéristiques des formations de l'inconscient

Le rêve, le mot d'esprit ou le trait d'esprit, le lapsus, l'oubli de nom, l'acte manqué, le symptôme en tant qu'il relève du signifiant, comme métaphore signifiante, toutes ces formations ont en commun de provenir du même lieu topique, à savoir selon Jacques Lacan « cette partie du discours concret en tant que transindividuel, qui fait défaut à la disposition du sujet pour rétablir la continuité de son discours conscient ». Il s'agit de « l'Autre, lieu de cette mémoire que Freud a découverte sous le nom d'inconscient ». Il ne s'agit pas de retrouver l'inconscient dans quelque profondeur mais de le repérer dans sa pluralité formelle, là où, sans l'avoir voulu, quelque chose échappe à l'individu (un phonème, un mot, un geste, une souffrance incompréhensible) qui le laisse dans l'interdit.
Avec Le mot d'esprit dans ses rapports avec l'inconscient, Sigmund Freud, à l'aide de très nombreux exemples, découvre et explicite ces manifestations qui font rupture selon des processus formels. « Ces cas se laissent expliquer par la rencontre, l'interférence des expressions verbales de deux intentions [...]. Dans certains d'entre eux, une intention en remplace entièrement une autre (substitution), tandis que dans d'autres cas a lieu une déformation ou une modification d'une intention par une autre, avec production de mots mixtes ayant plus ou moins de sens. » Substitution et déformation, condensation et déplacement, ces deux mécanismes sont déjà repérés par Freud dans l'Interprétation des rêves en 1900.


La métaphore et la métonymie

Dès 1953, Lacan présente la métaphore et la métonymie comme les deux pôles fondamentaux du langage. La proposition principale est que l'inconscient est structuré comme un langage. Aussi, deux exemples de restructuration de la chaîne signifiante, considérée d'abord du point de vue formel, permettent à Freud de suivre le désir à la trace:

  • Le premier exemple: il s'agit du trait d'esprit repris d'une histoire de Heinrich Heine. Plus précisément, Hirsch-Hyacinthe, collecteur de loterie, dans une passe difficile, est reçu par Salomon Rothschild. Celui-ci l'aurait traité « tout à fait d'égal à égal, de façon toute famillionnaire ». À la faveur d'une homonymie partielle entre millionnaire et familière, le mécanisme de la condensation fait surgir la technique du signifiant dans ce mot d'esprit. On peut considérer la condensation comme un cas particulier de la substitution, donc de la métaphore, et l'on voit à partir du positionnement des lettres apparaître l'élision, le reste et le surgissement de sens.

  • Le second exemple: il s'agit de l'oubli de nom que l'on peut considérer comme l'autre face du premier exemple. Plus précisément, ce qui est oublié, un reste en quelque sorte, va faire surgir toute une chaîne de noms substitutifs. À la place du nom oublié. Par exemple, Signorelli, auteur de fresques illustrant le Jugement dernier, viennent Botticelli, Boltraffio, Trafoi. Par l'association libre, Freud retrouve des lieux de voyages, de rencontres. A la fin de la chaîne signifiante, Bosnie, puis Herzégovine lui donnent à entendre que sous Signor, le Herr allemand, souvenir de conversations ayant un étroit rapport avec la mort et la sexualité, était resté interdit, rejeté.

La difficulté des définitions rhétoriques de métaphore et métonymie se remarque ici. En effet, dans la condensation, une partie tombée dans les oubliettes permet de produire une métaphore métonymique. Dans la substitution de noms, métaphorique, une chaîne de noms va faire surgir la métonymie, signifiant du désir impossible à dire. Aussi, deux axes ont été nécessaires pour les liaisons de signifiant à signifiant:

  • L'axe du paradigme, de la substitution, de la métaphore.
  • L'axe du syntagme, de la concaténation, de la contiguïté, de la métonymie.

L'agencement du signifiant

Pour Lacan, « c'est en effet une structure unique et homogène que nous rencontrons dans les symptômes, les rêves, les actes manqués, les mots d'esprit, et les mêmes lois structurales de condensation et de déplacement: un processus attiré dans l'inconscient est structuré selon ses lois. Or, ce sont les mêmes lois que l'analyse linguistique nous permet de reconnaître comme les modes d'engendrement du sens par l'agencement du signifiant ».
Quelque chose s'est produit dans l'agencement de ces signifiants posant la question d'un individu qui fonctionnerait en dehors d'un couple moi-autre. Pour que le désir atteigne son but, il faut être trois:

  • Celui qui parle.
  • Celui à qui l'on parle.
  • L'Autre, l'inconscient, qui pour se faire entendre transforme le peu de sens en « pas-de-sens ».

L'Autre est donc ce lieu entérinant et compliquant le message. Le désir s'exprime par un reste métonymique aliéné dans une demande elle-même matérialisée par la chaîne signifiante qui structure nos besoins. Une nouvelle composition signifiante fait message au lieu du code. Ainsi, le surgissement d'un sens nouveau est la dynamique même de la langue.
Cette difficulté du désir à se faire entendre naît du phénomène intersubjectif, moment où l'enfant a affaire au refoulement originaire. Celui-ci est la première métaphorisation puisqu'il doit renoncer à être l'objet du désir de la mère pour advenir comme individu. Aussi, Lacan précise: « le symbole se manifeste d'abord comme meurtre de la chose, et cette mort constitue dans le sujet l'éternisation de son désir ». Il écrit encore, à propos du symptôme: « Si, pour admettre un symptôme dans la psychopathologie psychanalytique [...], Freud exige le minimum de surdétermination que constitue un double sens, symbole d'un conflit défunt par-delà sa fonction dans un conflit présent non moins symbolique, s'il nous a appris à suivre dans le texte des associations libres la ramification ascendante de cette lignée symbolique, pour y repérer au point où les formes verbales s'en recroisent les noeuds de sa structure, il est déjà tout à fait clair que le symptôme se résout tout entier dans une analyse de langage, parce qu'il est lui-même structuré comme un langage, qu'il est langage dont la parole doit être délivrée ».


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