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La définition de Fliess


Wilhelm Fliess, médecin et biologiste (1858-1928).Wilhelm Fliess est un médecin et un biologiste allemand. Il est né à Arnswalde, (aujourd'hui Choszczno), en Pologne, en 1858. Il est mort à Berlin, en 1928.


Une conception du monde

Fliess est d'abord un oto-rhino-laryngologiste berlinois. Aussi, s'intéressant plus globalement à la science, il fut conduit en biologie à échafauder une théorie générale fondée sur le trépied:

  • De la bisexualité physiologique constitutionnelle pour tout individu.
  • De la périodicité spécifique chez tout être vivant dégagée comme loi essentielle à partir du modèle des rythmes mensuels utérins.
  • De la correspondance structurale stricte établie entre les organes génitaux et le nez.

Ayant découvert la suppression par cocaïnisation de la muqueuse nasale de symptômes disparates, Fliess en déduit que le nez est le siège causal des divers troubles. Aussi, il fixe la possibilité d'une étiologie double à ce nouveau phénomène dit de la névrose réflexe nasale. Selon lui, il serait provoqué, soit par l'effet de modifications organiques, soit par l'action d'anomalies fonctionnelles purement vasomotrices. Cette seconde possibilité l'incite à concevoir que « les troubles de la neurasthénie, autrement dit les névroses à étiologie sexuelle, peuvent si fréquemment affecter la forme de la névrose nasale réflexe », suivant sa correspondance stricte sexe-nez.
L'intuition d'une périodicité dans la vie humaine, calquée sur l'observation des menstrues, lui font d'abord isoler le nombre clé de 28 jours, puis ultérieurement celui de 23 comme présidant à une autre rythmicité. Les deux groupes de cycles basés sur ces nombres avaient un rapport intime avec les caractères sexuels féminins et masculins, corroborant l'hypothèse de la bisexualité. Cette numérologie ouvrait la porte, entre autres, à des spéculations sur la détermination de la date de la mort.


Sa rencontre avec Freud

C'est au cours de l'automne 1887 que Fliess réalise un voyage d'étude à Vienne où, sur les conseils de Joseph Breuer, il assiste aux cours de neurologie dont est chargé Sigmund Freud. Dans les courriers professionnels qui s'ensuivent, un enthousiasme immédiat s'établit dès la première lettre de Freud. Puis, à partir de 1893, la relation épistolaire devient plus intime et plus régulière, pour durer jusqu'en 1902. En outre, leurs rencontres furent favorisées par le mariage de Fliess, en 1892, avec une jeune Viennoise, Ida Bondy, cliente de Breuer. Lorsque les deux amis décidèrent de se retrouver en dehors du cercle de leurs familles, ils tinrent ce que Freud désignait du terme de congrès.
À première vue, cette amitié avec Fliess, même si elle venait remplacer la déception et la rupture qui survenait avec Breuer, témoignait de la nécessité pour Freud, aux prises avec une hostilité grandissante vis-à-vis de ses travaux, de s'appuyer fermement sur un ami, qu'il appelait d'ailleurs « mon autre moi-même ». Mais, au-delà d'une telle surestimation intense, l'assujettissement extrême de Freud à son ami, sa dépendance, l'adresse que cet ami représentait pour toutes ses questions en attente d'articulation, signalent ce que l'analyse permet de reconnaître comme transfert.


L'auto-analyse de Freud

Si la rencontre de Freud avec Charcot puis Breuer furent décisives, c'est en tant qu'elles participent de l'histoire des idées. En revanche, la relation avec Fliess est d'une autre nature. À l'insu des protagonistes, une situation d'ordre analytique se déploie. De 1890 à 1900, Freud fut invalidé par une névrose ponctuée de profonds moments de découragement, de doute et d'inhibition, d'angoisse de mort et de crainte de prendre le train. Ce malaise et l'intensité des relations à Fliess culminèrent simultanément entre 1897 et 1900. En 1889, un influenza avait provoqué une tachycardie persistante qui, cinq ans plus tard s'aggravant, fit craindre le pire, Freud soupçonnant Fliess de lui cacher la vérité sur son état. Aussi, la théorie des périodes fixant sa disparition pour 1907, avait eu force d'oracle dans la bouche de Fliess. Ces pseudo-troubles cardiaques trouveront leur résolution dans l'auto-analyse menée avec Fliess.
Dans ses lettres, Freud nous introduit aux subtilités et paradoxes que chacun expérimente par l'amour de transfert dans la cure: « [...] j'ai subi une sorte de névrose. Drôles d'états que le conscient ne saurait saisir : pensées nébuleuses, doutes voilés et à peine, de temps en temps, un rayon lumineux [...] Il me semble être dans un cocon. Dieu sait quelle bête en sortira » (12 mai 1897) ; « Je continue à ne pas comprendre ce qui m'est arrivé. Quelque chose venu des profondeurs abyssales de ma propre névrose s'est opposé à ce que j'avance encore dans la compréhension des névroses et tu y étais, j'ignore pourquoi, impliqué. L'impossibilité d'écrire qui m'affecte semble avoir pour but de gêner nos relations. De tout cela je ne possède nulle preuve et il ne s'agit que d'impressions tout à fait obscures » (7 juillet 1897).
Freud ne critiquera jamais les élucubrations théoriques de Fliess, n'en soulignera pas l'aspect fantaisiste, mais en dégagera chaque fois dans sa lecture, par son déchiffrage, le grain de vérité qu'elles recèlent, dans une appréhension radicalement différente, mais faite cette fois pour la psychanalyse.


Sa rupture avec Freud

Dans ce qui était venu se réactualiser là avec Fliess « [...] rien ne peut pour moi remplacer les contacts avec un ami, c'est un besoin qui répond à quelque chose en moi, peut-être à quelque chose de féminin (...) » (7 mai 1900), Freud reconnaîtra la question de son lien au père, ce qui semble avoir favorisé son détachement d'avec cet ami. La brouille se produisit autour du fait que Fliess prétendait que les interprétations de Freud n'étaient que des projections de lui-même. Freud tenta pendant deux années encore de renouer leur relation.
Fliess, sans l'avoir voulu, du seul fait de sa présence, en laissant se mobiliser le désir inconscient et ses conséquences, aura permis à Freud de découvrir que l'essentiel ne s'apprend pas de l'analyste, ni de l'analysant, mais dans l'entre-deux du transfert même. Ainsi, l'analyse ne sera jamais une somme de connaissances ni effet d'une technique, mais une transmission par un savoir inconscient en acte dans le transfert.


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