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La définition de Fétichisme


En psychanalyse, le fétichisme désigne une organisation particulière du désir sexuel (ou libido), telle que la satisfaction complète ne peut pas être atteinte sans la présence et l'usage d'un objet déterminé, le fétiche. La psychanalyse reconnaît ce dernier comme substitut du pénis manquant de la mère, ou encore comme signifiant phallique.


Le fétichisme en psychanalyse

Longuement décrit, au XIXe siècle, par des auteurs tels que Havelock Ellis ou Richard Krafft-Ebing, le fétichisme est généralement considéré comme appartenant à la sphère de la perversion. De fait, le comportement du fétichiste évoque facilement la dimension suivante: le fétichiste élit un objet (par exemple, une paire de bottines), qui devient son unique objet sexuel. Il lui donne une valeur tout à fait exceptionnelle et, comme le dit Freud, « ce n'est pas sans raison que l'on compare ce substitut au fétiche dans lequel le sauvage voit son dieu incarné ». Au niveau descriptif, ce qui semble particulièrement représentatif du registre pervers, c'est la dimension de condition absolue qui caractérise, dans nombre de cas, l'objet fétiche. Même s'il peut avoir des relations sexuelles normales, le fétichiste ne peut s'y livrer ou ne peut en tirer une jouissance que si sa partenaire consent à revêtir une tenue particulière. Ici, le but sexuel n'est pas l'accouplement. Le désir que l'on suppose ordinairement s'adresser à un être dans sa totalité se trouve clairement dépendant d'une partie du corps surestimée (fétichisme du pied, de la chevelure, etc...) ou d'un objet matériel en relation plus ou moins étroite avec une partie du corps (sous-vêtements, etc...). En outre, des traits fétichistes sont souvent présents dans les pratiques les plus couramment désignées comme perverses (fétichisation du fouet dans le sadisme, etc...).
Cependant, pour la psychanalyse, le fétichisme a une importance beaucoup plus générale, très au-delà de la considération d'une entité pathologique particulière. Ainsi, selon Freud, « un certain degré de fétichisme » se retrouve dans « la vie sexuelle normale ». Certes, on conviendra que le fétichisme caractérise plus spécialement la libido masculine, puisque les hommes sont souvent plus ou moins consciemment à la recherche d'un trait distinctif qui seul rend désirable leur partenaire. Mais il serait peu pertinent d'opposer le fétichisme aux autres manifestations du désir. Si le fétichiste élit une catégorie particulière d'objets, il n'est pas pour autant fixé à l'un d'entre eux. Toujours susceptible de se déplacer vers un autre, équivalent mais différent, le fétichisme comporte cette part d'insatisfaction, constitutive de tout désir.


Le déni de la castration

Pour rendre compte du fétichisme et de son importance dans la sexualité humaine, Freud emprunte à Alfred Binet l'idée de l'« influence persistante d'une impression sexuelle ressentie le plus souvent au cours de la prime enfance ». Mais il reconnaît que, « dans d'autres cas, c'est une association de pensées symboliques, dont l'intéressé n'est le plus souvent pas conscient, qui a conduit au remplacement de l'objet par le fétiche ». Et, dans une note de 1910, il écrit, à propos du fétichisme du pied, que celui-ci représente « le pénis de la femme, dont l'absence est si lourdement ressentie ».
C'est en effet de la question de la castration qu'il faut partir ici ou, plus précisément, de la « terreur de la castration » activée par la perception de l'absence de pénis chez la femme, chez la mère. Si la femme est châtrée, une menace pèse sur le jeune garçon, concernant la possession de son propre pénis à lui. C'est donc pour se prémunir contre cette menace qu'il dénie l'absence de pénis chez la mère, et le fétiche n'est autre que le substitut du pénis manquant.
Freud met en évidence ce mécanisme de formation du fétiche, à partir du choix de l'objet élu comme tel. Si l'on imagine le regard de l'enfant venant à la rencontre de ce qui pour lui sera traumatisant, remontant, par exemple, à partir du sol, le fétiche sera constitué par l'objet de la dernière perception avant la vision traumatique elle-même: une paire de bottines, le bord d'une jupe, etc... Ainsi, pour Freud, « l'élection si fréquente des pièces de lingerie comme fétiche est due à ce qu'est retenu ce dernier moment du déshabillage pendant lequel on a pu encore penser que la femme est phallique. » Quant à la fourrure, elle symbolise la pilosité féminine, dernier voile derrière lequel on pouvait encore supposer l'existence d'un pénis chez la femme. Il y a ainsi dans le fétichisme une sorte d'arrêt sur image, un reste figé, séparé de ce qui peut le produire dans l'histoire de l'individu. C'est en ce sens que le fétichisme est éclairant en ce qui concerne le choix d'objet pervers. De celui-ci, Lacan montre qu'il n'a pas valeur de métaphore, comme, par exemple, le symptôme hystérique, mais qu'il est constitué de façon métonymique. Ainsi, élément détaché d'une histoire, constitué le plus souvent par déplacement, il ne va pas sans désubjectivation, c'est-à-dire qu'à la place où se posait une question subjective, il répond par la surestimation d'une chose inanimée.
Il est important de souligner que la théorie freudienne du déni s'accompagne d'une théorie du clivage psychique. En effet, le fétichiste ne scotomise pas totalement une partie de la réalité, ici l'absence de pénis chez la femme. Il tente de maintenir dans l'inconscient à la fois deux idées, celle de l'absence du phallus et celle de sa présence. En ce sens, Freud évoque un homme qui avait élu comme fétiche une gaine pubienne, dont l'ébauche était la feuille de vigne d'une statue vue dans l'enfance. Cette gaine, qui dissimulait entièrement les organes génitaux, pouvait signifier aussi bien que la femme était châtrée et qu'elle n'était pas châtrée. Et même, portée par lui en guise de slip de bain, elle « permettait par surcroît de supposer la castration de l'homme ». Cette idée d'un clivage psychique, Freud la maintiendra jusqu'au bout et la psychanalyse lui attribuera une importance grandissante.


Le fétiche comme signifiant

Deux éléments semblent essentiel dans la théorie freudienne du fétichisme:

  • Le repérage de la problématique phallique, de la problématique de la castration comme celle où s'inscrit le fétiche: il est vrai que Freud lui-même fait allusion, notamment dans Trois Essais sur la théorie sexuelle, à d'autres composantes du fétichisme que les composantes phalliques. En effet, le fétichisme du pied comporte souvent une dimension olfactive (pied malodorant), qui peut elle-même procéder d'une pulsion partielle (registre anal). Aussi, Karl Abraham a prolongé ce type d'analyse, qui a surtout été repris par des auteurs anglo-saxons, généralement kleiniens. On sait que, pour Melanie Klein, le très jeune enfant éprouve le besoin très fort de détruire des objets qu'il éprouve comme mauvais, comme persécuteurs, et dont il craint corrélativement une rétorsion.
    Pour Sylvia Payne, le fétichisme constitue pour une défense, défense contre ce qui pourrait constituer, dans le prolongement de ce rapport destructeur à l'objet, une véritable perversion, une perversion de type sadique. Toutefois, cet éclairage paraît méconnaître le primat du phallus chez l'individu humain, primat qui fait que le fétichisme, comme d'ailleurs l'ensemble des perversions, ne se définit pas comme survivance de stades prégénitaux mais bien, à la suite de Freud, dans la problématique phallique.

  • Le statut du fétiche lui-même, qu'on peut avec Lacan considérer comme un signifiant: cette identification du fétiche à un signifiant, nous pouvons nous y trouver conduits si nous remarquons avec Lacan que le fétiche représente non pas le pénis réel, mais le pénis en tant qu'il peut manquer, en tant qu'on peut certes l'attribuer à la mère, mais en même temps en tant qu'on en reconnaît l'absence. C'est là la dimension de clivage mise en évidence par Freud. Or cette alternance de la présence et de l'absence système fondé sur l'opposition du plus et du moins caractérise les systèmes symboliques comme tels. Notons que le mot déjà constitue la présence sur fond d'absence. En effet, il nous détache de la perception empirique de la chose. A la limite, il l'annule, et en même temps il fait subsister la chose sous une autre forme. Absente, elle n'en est pas moins évoquée.

Le fétichisme déploie devant la réalité un voile qui la dissimule, et c'est ce voile que l'individu finalement surestime. Il y a là une illusion, mais une illusion qui se retrouve sans doute dans tout désir.


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