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La définition de Fantasme


Pour Sigmund Freud, le fantasme désigne une représentation, un scénario imaginaire, conscient, préconscient ou inconscient, qui implique un ou plusieurs personnages et qui met en scène de façon plus ou moins déguisée un désir. Le fantasme est à la fois effet du désir archaïque inconscient et matrice des désirs, conscients et inconscients, actuels.
Dans le prolongement de Freud, Jacques Lacan a souligné la nature essentiellement langagière du fantasme. Il a aussi démontré que les personnages du fantasme y valaient bien plus par certains éléments isolés que par leur totalité.


Le fantasme selon Freud

Dans ses premières publications, Freud utilise le concept de fantasme dans un sens relativement large, désignant par là une série de productions imaginaires plus ou moins conscientes. Un moment déterminant dans son élaboration théorique du fantasme fut sa découverte du caractère imaginaire des traumatismes rapportés par ses patients comme cause de leurs difficultés actuelles. Ce qui lui était présenté comme souvenirs s'avérait n'avoir qu'un rapport relatif avec la réalité dite historique et même, parfois, n'avoir de réalité que psychique.
Freud en déduisit qu'une force inconsciente poussait l'homme à remodeler son expérience et son souvenir. Il y vit l'effet d'un désir premier. Pour lui, il s'agissait d'une tentative de reproduire, sur un mode hallucinatoire, les premières expériences de plaisir vécues dans la satisfaction des besoins organiques archaïques. Par la suite, Freud dut constater que la répétition de certaines expériences suscitant le déplaisir pouvait aussi être recherchée et cela pour le plaisir qu'elles procurent au sein même du déplaisir et des souffrances qu'elles impliquent. Le fantasme n'est pas seulement l'effet de ce désir archaïque, il est aussi la matrice des désirs actuels. En effet, les fantasmes archaïques inconscients d'un individu cherchent une réalisation au moins partielle dans la vie concrète de l'individu. Ainsi, ils transforment les perceptions et les souvenirs, ils sont à l'origine des rêves, des lapsus et des actes manqués, ils induisent les activités masturbatoires, ils s'expriment dans les rêveries diurnes, ils cherchent à s'actualiser, de façon déguisée, par les choix professionnels, relationnels, sexuels et affectifs de l'individu.
On voit donc le caractère circulaire des rapports qui nouent fantasme et désir. Mais on peut aussi voir qu'il existe des fantasmes conscients, préconscients et inconscients. Seuls ces derniers sont impliqués dans une définition stricte du concept psychanalytique. Certains de ces fantasmes inconscients ne deviennent accessibles à l'individu que dans la cure. D'autres restent à tout jamais sous l'emprise du refoulement originaire. Ils ne peuvent donc être que reconstruits par interprétation. Freud indique également que, si le fantasme figure le désir inconscient de l'individu, l'individu lui-même peut être représenté dans le fantasme par divers personnages qui y sont inclus. En fonction du narcissisme et du transitivisme originaires, les renversements de rôle dans ce scénario fantasmatique sont fréquents.
Enfin, Freud distingue certains fantasmes qu'il appelle originaires, désignant par là les fantasmes qui concernent l'origine de l'individu, c'est-à-dire sa conception (par exemple, les fantasmes de scène primitive ou encore les romans familiaux), l'origine de sa sexualité (par exemple, les fantasmes de séduction) et, enfin, l'origine de la différence des sexes (par exemple, les fantasmes de castration). Aussi, il n'y a pas de relation immédiate entre le fantasme et les événements concrets vécus par l'enfant, ce qui apporte une nouvelle preuve de l'importance du désir dans la constitution du fantasme.


Le fantasme selon Lacan

Lors de son élaboration du schéma dit de la personne, en 1966, Lacan représente le fantasme par une surface incluant les diverses figures du moi, de l'autre imaginaire, de la mère originaire, de l'idéal du moi et de l'objet. Cette surface du fantasme est bordée par le champ de l'imaginaire et par celui du symbolique, tandis que le fantasme recouvre celui du réel. Ces notations indiquent bien le caractère transindividuel du fantasme, sa participation, fût-elle marginale, aux champs du symbolique et de l'imaginaire et surtout sa fonction d'obturation du réel. Dans cette perspective, le regard du père présent dans le fantasme sera beaucoup plus important que le père lui-même. Il en va de même pour le sein de la mère qui allaite l'enfant, le fouet que manie le professeur qui punit l'enfant ou le rat avec lequel on torture la victime.
Que le fantasme se compose d'éléments relevant des univers symbolique et imaginaire de l'individu, et qu'il soit en relation d'obturation avec son réel, s'exprime aussi dans le mathème proposé par Lacan: $ x a. Ce mathème écrit la structure de base du fantasme. On y retrouve l'univers symbolique sous la forme de cette barre qui figure la naissance et la division de l'individu consécutives à son entrée dans le langage. On y retrouve aussi l'objet a en tant que perdu, lieu vide, béance que l'individu va tenter d'obturer, sa vie durant, par les divers objets a imaginaires que la particularité de son histoire l'aura amené à privilégier. Enfin, on peut y lire la fonction de nouage (x) du symbolique ($), de l'imaginaire (a) et du réel (a) qu'opère le fantasme, ainsi que la double fonction de protection. En effet, il protège l'individu, non seulement contre l'horreur du réel, mais aussi contre les effets de sa division, conséquence de la castration symbolique. Autrement dit, il le protège contre sa radicale dépendance par rapport aux signifiants.
L'objet a du fantasme a donc une double valeur. En tant qu'objet réel, il est irrémédiablement perdu. Néanmoins, s'il est le résultat d'une opération logique, certaines parties du corps propre se prêtent particulièrement à l'opération logique de détachement qui transpose son objet dans l'imaginaire: le regard, la voix, le sein et les fèces. En effet, nous n'avons jamais accès à notre regard en tant que regardant l'autre, ni non plus à notre voix comme elle est perçue par l'autre. Les fèces sont à l'évidence parties du corps détachables, perdues et à perdre. Quant au sein, il n'est pas seulement perdu parce que l'enfant a été un jour ou l'autre privé du sein maternel mais plus essentiellement parce que ce sein a été d'abord vécu par l'enfant comme partie intégrante de son propre corps. Le nombre des objets a réels est limité. Celui des objets a obturateurs imaginaires est infini.
Que l'objet du fantasme se distingue de l'objet du besoin et de l'objet de la pulsion s'indique facilement lorsque l'on considère, à titre de paradigme, le sein (objet imaginaire ou réel du fantasme), le lait maternel (objet du besoin), le plaisir de la bouche (objet de la pulsion). Par ailleurs, que l'objet du fantasme ne coïncide pas avec l'objet d'amour, c'est ce que révèlent plus d'une difficulté de couple et notamment le fréquent clivage qui sépare la femme objet d'amour et celle qui suscite le désir. Au contraire de l'objet du fantasme, l'objet d'amour est souvent marqué par l'idéalisation ou encore par le narcissisme, ce qui amène plus d'un amoureux à constater que ce qu'il aime dans l'autre est le reflet de sa propre image, plus ou moins idéalisée. Ainsi, la complexité et la difficulté de la vie des couples réside en bonne partie dans la nécessité de faire coïncider en un seul objet, d'une façon qui satisfasse l'individu, l'objet du fantasme, celui de la pulsion et celui de l'amour.
Par ailleurs, Lacan a proposé de différencier la formule du fantasme de l'hystérique et celle du fantasme de l'obsessionnel. Le mathème produit pour l'hystérie souligne que l'hystérique ne cherche pas dans l'autre l'objet de son fantasme mais bien l'Autre absolu tandis qu'il s'identifie à l'objet du fantasme de l'autre et, de façon cachée, au manque de phallus. Celui de l'obsessionnel écrit la multiplicité et l'interchangeabilité des objets a qu'il vise, tous placés sous l'index du signifiant du phallus, c'est-à-dire très érotisés. Quant au fantasme du pervers, il souligne la recherche chez l'autre de sa division et sa volonté de l'accentuer à l'extrême.
Par rapport au fantasme, dans la perspective lacanienne, la finalité de la cure consiste à faire le tour du fantasme inconscient archaïque en repérant la part prise par le désir de l'Autre concret de l'enfance dans la constitution de ce fantasme, la dépendance radicale au signifiant que ce fantasme tente d'oblitérer et la béance nodale subjective que les objets a imaginaires tentent de faire oublier.


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