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La définition de Envie


L'envie désigne la frustration devant l'image fondatrice du désir. C'est la première appréhension de l'objet en tant que l'individu en est privé.


L'envie selon Klein

Mélanie Klein, qui a donné à l'envie un rôle essentiel dans sa théorie, la définit comme « le sentiment de colère qu'éprouve un individu quand il craint qu'un autre ne possède quelque chose de désirable et en jouisse, l'impulsion envieuse tend à s'emparer de cet objet et à l'endommager ». Ainsi, pour Klein, l'envie a un rôle bien plus large que l'envie du pénis. Elle se manifeste au stade le plus précoce comme l'envie du sein. Aussi, bien que la jalousie se fonde sur l'envie, elle s'en distingue dans la mesure où elle fait intervenir une troisième personne rivale.
Melanie Klein distingue aussi l'envie de l'avidité qui est le désir de dévorer le sein maternel. Ce désir va au-delà de ce dont l'individu a besoin et au-delà de ce que l'objet peut lui accorder. L'avidité est une introjection destructive, l'envie fait intervenir la projection. Dans la conception de Melanie Klein, l'intériorisation primordiale du bon sein constitue le noyau du moi, c'est la source de toute jouissance, de toute créativité et du sentiment de gratitude. Mais aussi satisfaisante qu'elle puisse être, la relation du nourrisson au sein comprend toujours un élément de frustration car elle ne peut remplacer l'unité de la vie intra-utérine. Aussi, la lutte des instincts de vie et de mort, les menaces d'anéantissement du soi et de l'objet par les pulsions destructives entraînent un clivage entre bon et mauvais sein. L'envie confère aux attaques sadiques contre le sein une force particulière, que celui-ci soit un sein comblant ou privateur.
Une envie excessive entrave les sentiments de satisfaction et de gratitude et l'une de ses conséquences possibles est l'apparition précoce d'un sentiment de culpabilité au stade initial de la position paranoïde-schizoïde, rendant la translaboration de la position dépressive ultérieure impossible. L'envie joue un rôle fondamental dans l'apparition de la jalousie inaugurant les premiers stades du conflit œdipien. Ainsi, le père, comme rival, est accusé de s'être emparé du sein maternel et de la mère.
Melanie Klein attribue à l'envie primitive la réaction thérapeutique négative. Par exemple, lorsque l'individu en analyse soumet l'interprétation que vient de lui faire son analyste à une critique destructrice, et s'il sent que l'analyste et son aide se trouvent détériorés par sa critique envieuse, il lui devient impossible « d'introjecter l'analyste en tant que bon objet ». Il peut aussi se sentir indigne de bénéficier de l'analyse et coupable d'avoir déprécié l'aide prodiguée. Chez certains, cette critique joue un rôle tout aussi important mais elle reste cachée, ou entraîne une confusion.


L'envie selon Lacan

C'est en commentant une phrase de saint Augustin, souvent rappelée tout au long de son œuvre, que Jacques Lacan a traité de l'envie. « J'ai vu de mes yeux et j'ai bien connu un tout petit en proie à la jalousie. Il ne parlait pas encore, et déjà il contemplait, tout pâle et d'un regard empoissonné (amero aspectu), son frère de lait. » Aussi, l'étymologie latine invidia qui dérive du verbe invideo, et qui signifie regarder quelqu'un de travers, avec méfiance ou rancune, et le rapport avec le mauvais œil, confirment le rôle du regard et d'un regard vorace et malfaisant.
Pour Lacan, l'invidia ne se confond pas avec la jalousie, dans la scène que saint Augustin décrit, il n'est pas dit que l'enfant, l'infans qui regarde son petit frère, a encore besoin du sein. L'envie est provoquée par l'image de la complétude. L'enfant n'est pas ici jaloux du frère comme son semblable, mais il contemple sa propre image comme image fondatrice de son désir. C'est en tant qu'un autre usurpe sa propre place dans le rapport avec la mère, que l'enfant ressent un écart imaginaire comme frustration et appréhende pour la première fois l'objet a en tant que l'individu en est privé. Cette expérience inaugurale permet une appréhension de l'ordre symbolique dans la mesure où se produit une substitution signifiante, d'une part l'objet, le sein de la mère, se substitue à une image de totalité, d'autre part l'individu, tombe sous l'image de l'autre, ce dont témoigne la pâleur de l'enfant décrit par saint Augustin.


L'envie du pénis

En psychanalyse, l'envie du pénis désigne l'élément constitutif de la sexualité féminine, qui peut se présenter sous diverses formes, allant du désir souvent inconscient de posséder soi-même un pénis à l'envie de jouir du pénis dans le coït ou encore, par substitution, au désir d'avoir un enfant.
La théorie psychanalytique de l'envie du pénis est une des théories qui ont suscité le plus de critiques. Sans doute a-t-on voulu y voir une présentation idéologique du rapport entre les sexes, comme si les psychanalystes visaient à démontrer quelque infériorité des femmes qui aurait été manifeste dans leur insatisfaction, leur souhait de s'approprier l'organe masculin. Cependant, il est clair que, si l'on rapporte cette question à celle sans doute plus décisive de la castration, il serait bien réducteur d'opposer d'un côté les possesseurs de l'organe viril, de l'autre les êtres qui en sont dépourvus. en effet, si les femmes sont volontiers situées du côté de la revendication, les hommes font assez souvent sentir, par une ostentation de virilité à la mesure de leur inquiétude, que le risque de la perte est de leur côté.
Chez Sigmund Freud, l'envie du pénis peut se présenter sous diverses formes, apparemment étrangères l'une à l'autre et dont seules l'expérience et la pratique de la cure montrent qu'elles sont liées, qu'elles peuvent se substituer l'une à l'autre. A partir de 1908, Freud fait état de l'insatisfaction de la petite fille, qui s'estime moins bien lotie que son camarade. Plus tard, en 1917, il indique quels désirs peuvent se substituer à l'envie du pénis: celui d'avoir un enfant ou celui de l'homme en tant qu'appendice du pénis. Mais il raconte également que, plus d'une fois, des femmes lui avaient rapporté des rêves qui avaient suivi leurs premiers rapports et qui « révélaient indiscutablement le désir de garder pour soi le pénis qu'elles avaient senti ».


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