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La définition de Énonciation


En linguistique, l'énonciation désigne une action consistant à produire un énoncé dans une situation extralinguistique ou un contexte verbal déterminé.


Les phénomènes d'énonciation

Les linguistes qui s'intéressent aux phénomènes d'énonciation n'ont pas pour objectif de décrire les opérations mentales intervenant dans la production des énoncés, tâche qui revient aux psychologues. Ils partent des énoncés et analysent l'image que ceux-ci fournissent de leur propre production et de la façon dont ils s'insèrent dans un certain contexte. Pour mener à bien cette tâche, les linguistes s'appuient sur des indices dits d'énonciation qui renvoient soit au locuteur et/ou à l'interlocuteur, soit à la situation dans laquelle s'inscrivent les énoncés.
Par exemple, certains adverbes peuvent être employés soit pour modaliser l'acte d'énonciation, soit pour modaliser le contenu de l'énoncé. Dans « Paul a rencontré Marc par hasard », l'adverbe caractérise le procès dénoté par l'énoncé, alors que dans « Par hasard, vous n'auriez pas un canif? » l'adverbe apporte un commentaire sur le fait de poser la question (« je vous demande à tout hasard si... »).


L'analyse des marques d'énonciation selon Benveniste

Émile Benveniste réserve une place essentielle à l'analyse des marques d'énonciation. Pour lui, dès que l'on atteint le niveau de la phrase, dès que l'on quitte le niveau sémiotique, où toutes les combinaisons de constituants sont prévues par le code de la langue, la seule chose que l'on peut faire, c'est de s'intéresser à la façon dont les locuteurs s'approprient l'appareil formel de l'énonciation à des fins de communication. Dans cette perspective, l'analyse du discours ne peut avoir d'autre objectif que de décrire la façon dont les individus parlants exploitent à des fins expressives les outils que leur fournit une langue donnée pour indiquer leur position de locuteur ou la façon dont ils se situent par rapport aux faits qu'ils rapportent et/ou aux interlocuteurs qu'ils visent.


Le répertoire des indices d'énonciation

À l'origine de ce projet, le répertoire des indices d'énonciation pris en compte était limité à quelques types d'expressions (pronoms de première et de seconde personnes, déictiques, modalisations, formes de distanciation, etc...) permettant d'opposer deux grands types d'usage du langage en situation:

  • L'histoire, dans laquelle le locuteur s'efface au maximum devant les faits qu'il rapporte.
  • Le discours, où il intervient dans son propos et assume pleinement son rôle d'énonciateur.

Ce répertoire a ensuite été élargi à un grand nombre d'autres marques de subjectivité et l'on a récupéré dans cette problématique les travaux sur les actes de langage. L'attribution d'une valeur illocutoire (de promesse, de menace, de conseil, etc...) à un énoncé revient en effet à attribuer une intention à l'individu qui en supporte l'énonciation (le locuteur ou un énonciateur du discours rapporté). De même, on a insisté sur le fait que certains enchaînements comme « Si tu as soif, il y a de la bière dans le frigo. » ne mettaient pas en cause le contenu des énoncés (ce n'est pas parce que X a soif qu'il y a de la bière dans le frigo), mais avaient pour fonction de justifier l'acte d'énonciation consistant à produire une certaine assertion (pour le cas où tu aurais soif, je me permets de te dire que...).


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