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La définition de Émotion


L'émotion désigne une constellation de réponses de forte intensité qui comportent des manifestations expressives, physiologiques et subjectives typiques. Généralement, elles s'accompagnent de tendances d'action caractéristiques et s'inscrivent en rupture de continuité par rapport aux processus qui étaient en cours chez l'individu au moment de leur apparition.


Les types d'émotions

L'expérience commune suggère l'existence d'une palette différenciée d'états émotionnels. Les manifestations expressives de l'émotion, faciles à l'observer, ont constitué le critère scientifique préférentiel pour opérer la distinction des émotions.
Charles Darwin fut le premier à l'adopter, en 1872, dans son ouvrage intitulé L'expression des émotions chez l'homme et les animaux, qui situait ces manifestations dans l'axe de sa théorie de l'évolution. Ses observations, inspirées notamment par l'œuvre de l'anatomiste français Duchenne de Boulogne, ont été largement confirmées par les travaux de Silvan Tomkins, de Carroll Izard, ainsi que ceux de Paul Ekman et Wallace Friesen. À leur suite, on retient désormais, parmi les classes d'émotions primaires:

  • la joie
  • l'intérêt-excitation
  • la surprise
  • la tristesse
  • la colère
  • la peur
  • le dégoût
  • le mépris
  • la honte

Les conditions de déclenchement de l'émotion

Cette question a suscité d'importants débats. Ainsi, des auteurs comme Tomkins ou Robert Zajonc considèrent que ce déclenchement s'opère par des voies biologiques à caractère automatique, à l'écart de toute activité cognitive. Au contraire, Magda Arnold et Richard Lazarus défendent la vision selon laquelle l'émotion résulte précisément d'opérations cognitives dans lesquelles les événements sont évalués en fonction des attentes de l'individu.
L'une des difficultés de ce débat réside dans le fait que les mécanismes d'évaluation en cause dans l'émotion peuvent se situer à des niveaux très rudimentaires de l'organisation biocognitive, alors qu'il n'y a pas de discontinuité réelle entre les mécanismes biologiques et les procédures cognitives.
Une autre difficulté a trait au fait que le débat a généralement considéré le déclenchement des émotions comme un processus univoque. En fait, on peut aujourd'hui distinguer trois processus différents à cet égard:

  • Le processus motivationnel: c'est le plus primitif sur le plan ontogénétique. La poursuite permanente d'objectifs (allant des besoins rudimentaires aux projets les plus complexes) sous-tend l'activité perceptive de l'individu, le rendant particulièrement réactif aux circonstances susceptibles d'interférer avec leur réalisation. C'est en cas d'interférence abrupte avec ce processus que l'émotion a la plus forte probabilité d'intervenir. Ainsi, des conditions facilitantes engendrent les émotions positives alors que des conditions d'entrave engendrent les émotions négatives.

  • Le Processus conditionné: il a été mis en évidence par les expériences menées par John Watson, en 1920, sur le petit Albert. Il implique les lois du conditionnement classique dans le déclenchement des émotions. Par ce processus, tout stimulus qui intervient en contingence spatio-temporelle avec un agent inducteur d'émotion acquiert à son tour la propriété d'induire cette émotion.

  • Le processus schématique: il prend son point de départ dans le fait que les différents composants (circonstances, conditions perceptives, réponses expressives, physiologiques, subjectives, comportementales, etc...) de chaque expérience émotionnelle particulière sont représentés ensemble en mémoire épisodique. La répétition d'expériences émotionnelles composées d'éléments similaires entraîne ensuite la constitution en mémoire abstraite d'un prototype (ou schéma) généralisé de cette classe d'émotion. Le prototype entier tend alors a être activé dès le moment ou l'un quelconque de ses éléments est rendu actif par les circonstances. Ainsi, les conditions environnementales, l'imagerie mentale, l'expression, les manifestations physiologiques, etc..., deviennent autant de voies d'accès particulières au déclenchement de l'état émotionnel dans son ensemble.

L'expression des émotions

La configuration du visage varie selon le type d'émotion par l'effet de constellations spécifiques dans l'innervation des petits muscles squelettaux, particulièrement abondants sous le tissu cutané facial. Aussi, les travaux fondés sur la méthode de reconnaissance de l'émotion ont permis d'établir le caractère omniculturel de ces variations, au moins pour les principales émotions primaires. De même, l'observation des aveugles-nés a contribué à fournir des données favorables à l'origine biologique des émotions de base. Enfin, les travaux menés au niveau néonatal ont pu induire les rudiments de l'expression faciale dès les premières heures après la naissance en faisant varier des stimulus gustatifs administrés à l'enfant.
Les bases biologiques de l'expression émotionnelle laissent toutefois une large place aux variations individuelles et culturelles. Accessible au contrôle de l'individu, l'expression faciale est susceptible d'accentuation, d'atténuation, de neutralisation ou de masquage par substitution. En outre, Ekman et Friesen ont montré que chaque culture formule ses règles spécifiques d'émission, qui dictent les modalités particulières d'aménagement de l'expression que doivent adopter les individus en fonction des circonstances. Néanmoins, l'expression faciale délibérée d'une émotion de base se distingue de son expression spontanée par la séquence temporelle, par les unités musculaires mises en oeuvre et par le degré d'asymétrie faciale.
L'expression faciale occupe un rôle opérant dans le processus émotionnel lui-même. Aussi, l'effet de réverbération faciale montre que la configuration faciale adoptée ou imposée a un impact significatif sur l'état subjectif rapporté par l'individu. Ainsi, des contractions de la musculature faciale du type de celles qui interviennent dans la peur, la colère ou la tristesse engendreront un accroissement significatif de l'impression subjective de peur, de colère ou de tristesse, selon le cas.
La mesure scientifique de l'expression faciale est désormais accessible par deux voies:

  • La méthode FACS (Facial Action Coding System): elle permet la codification standardisée de toutes les unités d'action visibles sur un visage photographié ou filmé.

  • La technique électromyographique: elle consiste en la mesure directe de l'activité électrique des muscles faciaux par électrodes appliquées dans les sites appropriés sur la surface cutanée du sujet expérimental. Cette technique donne accès aux modifications latentes de l'activité faciale. Non visibles à l'observateur, celles-ci se manifestent en correspondance avec l'imagerie mentale émotionnelle.

Enfin, l'origine de l'expression faciale a été recherchée notamment dans la modulation des organes sensoriels, dans la mécanique neuromusculaire, dans son impact potentiel sur la thermorégulation cérébrale, ainsi que dans ses fonctions de régulation des rapports sociaux.


L'expérience subjective dans l'émotion

L'émotion comporte des manifestations subjectives intenses dont la nature varie avec le type d'émotion. Selon la théorie périphérique énoncée indépendamment en 1884 par William James, et en 1885 par Carl Lange, l'origine de ces manifestations résiderait dans les réafférences corticales des organes affectés par les modifications neurovégétatives de l'émotion. Ainsi, l'expérience émotionnelle se ramènerait à la simple conscience des modifications physiologiques.
Toutefois, ce point de vue fut vivement controversé par la théorie centrale proposée par Walte Cannon. Selon cette théorie, l'expérience subjective aurait sa source dans une décharge d'origine sous-corticale, parallèle à celle qui amorce les modifications de l'état des sous-systèmes périphériques. Aujourd'hui encore, la controverse opposant les tenants d'une origine périphérique et les tenants d'une origine centrale à l'expérience subjective de l'émotion se prolonge. La conception périphérique implique l'existence de constellations différentes de changements physiologiques d'un type d'émotion à l'autre. En outre, elle implique la capacité pour l'individu humain de détecter les variations de l'état de ses sous-systèmes viscéraux. Or, ces implications n'ont trouvé qu'un appui limité dans les données expérimentales. Il n'est plus certain que l'expérience subjective de l'émotion soit réductible aux faits physiologiques, qu'ils soient centraux ou périphériques, et la recherche explore désormais les processus de construction sociale par lesquels les individus feraient l'apprentissage de scénarios subjectifs appropriés aux différents types d'émotions.
Une caractéristique importante de l'expérience subjective de l'émotion est sa propension à la récurrence. En effet, on observe que, au-delà des circonstances émouvantes, la plupart des expériences émotionnelles, qu'elles soient positives ou négatives, tendent à revenir en mémoire de manière répétitive. Elles tendent également à s'ancrer dans la communication sociale, en particulier par la conversation répétitive avec les proches. En général, ces récurrences mnémoniques s'accompagnent d'images mentales vives de la situation émotionnelle ainsi que de changements neurovégétatifs parfois intenses.


L'émotion exprimée

Il s'agit de l'ensemble des réactions de l'entourage familial d'un schizophrène, notamment lors de son retour à la maison après un traitement hospitalier. Ce concept, d'origine anglo-américaine, est apparu à la fin des années 1970.
L'émotion exprimée (E.E.) a une connotation essentiellement négative puisqu'elle est fondée sur la mesure du nombre de commentaires critiques et le degré de désagrément émotionnel des membres de la famille à l'égard du patient. On sait qu'un mauvais climat émotionnel familial est défavorable à l'évolution d'une schizophrénie et qu'il peut entraîner une rechute même sous traitement neuroleptique. C'est pourquoi on s'efforce de mieux analyser l'E.E. avant de réintégrer un patient dans sa famille, et d'en traiter les éléments les plus négatifs, dans un travail de thérapie préventive.


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