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La définition de Électrochoc


L'électrochoc est une méthode de traitement des troubles mentaux par application, sur l'encéphale, d'un courant électrique qui induit une crise d'épilepsie généralisée. Aussi, ce terme, de connotation très négative, tend à être remplacé par ceux de sismothérapie ou d'électro-convulsivo-thérapie (E.C.T.).


L'histoire de l'électrochoc

L'apparition des techniques dites de choc en psychiatrie date du début du XXe siècle avec, tout d'abord, l'impaludation en 1917, puis la cure insulinique en 1932, et enfin les chocs au cardiazol en 1936. Ainsi, c'est dans cette lignée qu'apparut l'électrochoc.
Cependant, la littérature médicale rapporte, dès le XVIIIe siècle, des cas isolés de modifications du psychisme à la suite de crises convulsives provoquées, parfois accidentellement, par des courants électriques. C'est ainsi que Antonio Aldini, un neveu de Luigi Galvani, traite, en 1804, une mélancolie. De même, en 1898, Stéphane Leduc constate, chez des chiens, puis par autoexpérimentation, l'induction par le courant d'un état de sommeil prolongé. Il songe à un emploi thérapeutique mais sa méthode s'avère dangereuse.
Les véritables inventeurs de l'électrochoc sont finalement Ugo Cerletti et Lucio Bini. S'inspirant des chocs au cardiazol et désireux de supprimer les effets indésirables de ce produit, ils ont l'idée d'utiliser le courant électrique. Ils présentent alors la méthode à l'Académie de Rome en 1938. Elle est ensuite introduite en France par Jacques Rondepierre, qui, avec Marcel Lapipe, va mettre au point l'appareil encore utilisé de nos jours (le sismothère).


La technique actuelle

Par rapport à la pratique initiale, la technique utilisée aujourd'hui comporte deux améliorations essentielles:

  • La curarisation: l'idée de paralyser transitoirement les muscles par un curare afin de supprimer les traumatismes ostéoarticulaires liés aux convulsions était apparue dès 1940. Mais il a fallu attendre l'apparition des curarisants de synthèse de très courte durée d'action pour que cette technique soit utilisée sans risque.

  • L'anesthésie: l'anesthésie générale, peu profonde et de courte durée, permet de limiter l'angoisse.

Le courant utilisé varie de 80 à 150 volts durant 0,1 à 1 seconde, l'impératif étant le déclenchement d'une crise d'épilepsie. Aussi, le nombre et le rythme des séances varient selon les auteurs et la maladie traitée. Ils sont le plus souvent de 8 à 12 à raison de 3 séances par semaine.


Les indications de l'électrochoc

Les indications ont été réduites par l'apparition des chimiothérapies. Toutefois, celles-ci ne représentent pas non plus la solution systématique. En fait, l'indication majeure de l'électrochoc est la mélancolie, où il garde une supériorité sur tous les autres traitements. Sa rapidité d'action (par opposition aux médicaments antidépresseurs, qui ont un délai d'action de 10-15 jours) le rend particulièrement utile en cas d'urgence, c'est-à-dire si le risque suicidaire est important ou en cas de stupeur mélancolique. Par ailleurs, les formes délirantes de mélancolie répondent de façon privilégiée aux électrochocs, alors que les autres traitements y sont relativement inefficaces. Enfin, on utilise les électrochocs si les antidépresseurs sont inefficaces ou contre-indiqués.
Dans ses autres indications, l'électrochoc est un traitement de seconde intention, en cas d'échec ou d'impossibilité des thérapeutiques classiques. Il s'agit notamment des états maniaques, des bouffées délirantes aiguës, des épisodes catatoniques au cours d'une schizophrénie, voire de l'anorexie mentale s'il existe un danger vital.
En outre, l'électrochoc reste un traitement privilégié dans deux situations particulières, où il serait le traitement le moins dangereux:

  • Pendant la grossesse, où tous les médicaments sont potentiellement tératogènes.
  • Chez les personnes âgées, où les médicaments sont très mal tolérés.

Enfin, une bonne utilisation de l'électrochoc doit en respecter les incontestables mauvaises indications et doit savoir intégrer ce traitement à un abord global du patient.


Les inconvénients de l'électrochoc

Les accidents sont rares si l'on respecte les contre-indications, qui sont essentiellement cardiaques et neurologiques, outre celles liées à l'anesthésie. Les effets indésirables sont dominés par les troubles de mémoire. Ils sont très variables d'un individu à l'autre, à la fois dans leur forme et leur intensité. Bien qu'ils soient parfois impressionnants durant le traitement, les effets indésirables régressent totalement en quelques semaines, ne laissant persister qu'une amnésie lacunaire recouvrant la durée de la cure. Ils ne sont absolument pas corrélés à l'action thérapeutique. Aussi, la pratique de l'électrochoc unilatéral a permis de les limiter mais ils restent l'inconvénient majeur du traitement.
L'existence de lésions cérébrales irréversibles reste un sujet de controverse et alimente l'essentiel des critiques persistantes faites aux électrochocs. Pourtant, elles ne sont ni prouvées de façon certaine ni formellement démenties. Par ailleurs, l'image très péjorative de l'électrochoc dans l'opinion est sans doute en grande partie d'origine émotionnelle. En effet, la notion de courant électrique évoque le danger, la torture, voire la mort, ainsi que l'idée d'anéantissement du psychisme, de lavage de cerveau. La peur a encore été accentuée par sa représentation particulièrement angoissante dans les médias et le cinéma. Dans le milieu psychiatrique, le débat, longtemps marqué par des querelles idéologiques et passionnées, semble actuellement revenu à des considérations objectives et sereines, permettant d'utiliser au mieux ce traitement qui reste indispensable.


Le mode d'action des électrochocs

Le mécanisme d'action biologique reste mal connu, comme d'ailleurs celui de tous les traitements utilisés en psychiatrie. Plus de vingt théories explicatives ont été données. Par ailleurs, certains auteurs font toujours référence à l'hypothèse de Jean Delay d'un rôle modulateur des électrochocs sur les structures diencéphaliques responsables du contrôle de l'humeur.
Les remaniements psychologiques induits par les électrochocs ont eux aussi fait l'objet de tentatives d'explication. Les unes dérivent de la théorie de la dissolution de Jackson, selon laquelle il y aurait désintégration-réintégration du psychisme.


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