Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par E > La définition de égocentrisme


La définition de Égocentrisme


L'égocentrisme désigne la situation d'un individu qui considère le monde de son seul point de vue.


L'histoire de l'égocentrisme

Le concept d'égocentrisme trouve son origine dans la psychologie analytique de Carl Jung. Il a ensuite été réactualisé par Jean Piaget, avec sa théorie du développement. Plus précisément, Piaget a introduit ce concept dès 1923, dans Le langage et la pensée chez l'enfant, puis il l'a progressivement affiné au cours de ses nombreuses études successives, pour finalement trouver sa forme la plus ample en 1947 dans La psychologie de l'intelligence, et en 1955 dans De la logique de l'enfant à la logique de l'adolescent.


L'égocentrisme selon Piaget

Pour Piaget, l'égocentrisme désigne un état cognitif dans lequel l'individu voit le monde d'un point de vue unique, le sien propre, sans avoir conscience de points de vue autres que son propre point de vue comme étant un parmi d'autres possibles. Fondamentalement, l'égocentrisme est un solipsisme qui s'ignore comme tel.
Chez l'enfant, l'égocentrisme est conçu par Piaget comme recouvrant, à certains moments du développement, une indifférenciation ou un manque de différenciation entre l'individu connaissant et l'environnement. Cette absence ou ce manque de différenciation peuvent aussi bien concerner l'activité propre de l'individu et les propriétés du monde physique, que le point de vue propre de l'individu et les caractéristiques du monde social.
L'égocentrisme enfantin, qui prendrait ses racines dans l'adualisme radical du nouveau-né, résulterait de l'assimilation du réel social et physique au moi et à l'activité de l'enfant. Au cours du développement, il pourrait prendre différentes formes et porter sur différents objets de connaissance. Entre le nourrisson du stade sensorimoteur, plongé dans un égocentrisme ontologique où la cause de tout ce qui est et de tout ce qui advient serait attribuée à l'action propre et l'adolescent parvenu au stade des opérations formelles, les connaissances que l'enfant élabore de son environnement physique et social seraient marquées d'égocentrisme, notamment entre 4 et 7 ans.


La remise en question de l'égocentrisme comme stade

Depuis les travaux princeps de Piaget, l'égocentrisme enfantin a été plus particulièrement étudié dans deux domaines:

  • La représentation de l'espace projectif: l'égocentrisme est opposé à la décentration.
  • La communication: l'égocentrisme est opposé à la capacité d'interaction sociale, à l'adaptation à l'interlocuteur et à l'efficacité dans la communication.

Dans ces deux domaines, les interprétations initiales de Piaget ont été fortement contestées. À la lumière des travaux plus récents, l'égocentrisme ne peut être considéré comme la caractéristique majeure d'une étape du développement. En effet, qu'il s'agisse de la construction de l'espace ou du développement des interactions sociales, ces travaux révèlent l'existence précoce de conduites décentrées ou socialisées coexistant avec des conduites égocentriques. En outre, on constate que des conduites égocentriques subsistent, dans certaines tâches et dans certaines situations, jusqu'à l'âge adulte.
Ainsi, l'égocentrisme correspondrait davantage à un état cognitif qui apparaîtrait de manière récurrente et sous diverses formes tout au long du développement plutôt qu'à un stade clairement identifié au cours de la psychogenèse. Par ailleurs, menacé d'exclusion du vocabulaire psychologique, le concept d'égocentrisme vise à cerner une relation essentielle entre l'individu connaissant et les objets de connaissance. Aussi, son éventuel abandon laisserait certainement un vide qu'il faudrait bien combler, d'une manière ou d'une autre.


Autres termes psychologiques :