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La définition de Ecstasy


L'ecstasy (méthylène-dioxy-3,4-méthamphétamine, abrégé en MDMA) est une amphétamine donnant lieu à un usage abusif et parfois toxicomaniaque. En outre, ses effets neurologiques se révèlent souvent toxiques.


L'histoire de l'ecstasy

La MDMA a été synthétisée par les laboratoires Merck en 1912, et le brevet en fut déposé en 1914. Ses propriétés anorexigènes et stimulantes ont été observées dès cette époque. Elle fut probablement administrée à certaines troupes allemandes pendant la guerre, mais ne fut pas commercialisée en tant que médicament. Ce n'est qu'à partir des années 1970, en Californie, qu'on commença à l'utiliser en psychiatrie, comme adjuvant des psychothérapies.
Parallèlement, des mouvements d'inspiration mystique y recoururent pour modifier les états de la conscience et favoriser des élans religieux. Ce fut le cas des divers groupes New Age. Très vite, la MDMA fut utilisée aux États-Unis, puis en Europe, comme drogue récréative par une population jeune lors de soirées (les raves), associant volontiers l'usage de psychostimulants à une musique au rythme syncopé(la techno). En effet, l'ecstasy est appréciée des danseurs car elle favorise un état proche de la transe, potentialise l'action des rythmes et des décibels, et empêche de ressentir la fatigue.
En France, la MDMA est inscrite au tableau des stupéfiants depuis l'arrêté du 9 juillet 1986.


La présentation de l'ecstasy

L'ecstasy est vendue sous forme de comprimés blancs ou brunâtres, contenant de quelques milligrammes à plus de 200 mg de MDMA. Ces comprimés sont parfois ornés d'un motif caractérisant leur origine mais non leur composition. D'autres produits apparentés à la MDMA (MDA, MDEA, MBDB, 2-CB, etc...) sont vendus également sous la dénomination d'ecstasy, parfois isolément, parfois en mélange.
Aussi, lors de l'analyse chimique des comprimés ou des gélules, il est fréquent de retrouver d'autres substances, parfois également toxiques:

  • Des stimulants (amphétamines, caféine et éphédrine).
  • Des analgésiques (codéine, aspirine, paracétamol).
  • Des hallucinogènes (LSD, atropine, kétamine, phencyclidine).
  • Des anabolisants divers (testostérone, etc...).

La pharmacologie cellulaire

La MDMA agit essentiellement sur les neurones contenant la sérotonine. Il s'agit d'un neuromédiateur impliqué entre autres dans la régulation des affects et de l'humeur et dans le contrôle de l'impulsivité. Plus exactement, la MDMA entraîne une libération massive de la sérotonine, une inhibition de sa synthèse et un blocage de sa recapture par le neurone qui l'a émise. Cette action est associée à ses effets psychotropes. Cette première phase est suivie d'une déplétion corticale en sérotonine, maximale entre la sixième et la dix-huitième heure suivant l'ingestion, et normalisée en vingt-quatre heures.
Les états dépressifs qui suivent la prise de MDMA pourraient être associés à cette diminution de la concentration en sérotonine au niveau cérébral. De même, l'hyperthermie, constituant l'une des conséquences péjoratives les plus graves de l'usage de MDMA, évoque le syndrome d'hypersérotoninergie décrit au décours de l'usage de certains médicaments actifs sur la synapse sérotoninergique. Une baisse de la concentration en sérotonine, qui peut se poursuivre plusieurs semaines, commence environ vingt-quatre heures après la prise.
La MDMA perturbe de la même façon la transmission médiée par la dopamine et la noradrénaline. Son effet sur ces deux neuromédiateurs reste toutefois quantitativement faible. De plus, la libération de la sérotonine sous l'effet de la MDMA induit une augmentation de la libération de dopamine par interaction entre les neurones sérotoninergiques et les neurones dopaminergiques. Toutefois, cette action dopaminergique, évocatrice de celle des amphétamines classiques, pourrait expliquer chez certains individus la survenue de signes psychiques similaires à ceux des psychoses amphétaminiques.


Les effets psychiques de l'ecstasy

La structure de la MDMA est proche à la fois de celles de la mescaline et de l'amphétamine. Son action est double: elle est essentiellement psychostimulante et légèrement modificatrice des perceptions sensorielles. Aussi, son usage permet une levée des inhibitions sociales avec une augmentation de la sensualité et des besoins de contacts, tant intellectuels que physiques. Cette levée des inhibitions est associée à une diminution de l'anxiété et du caractère défensif.
La MDMA produit des effets sensibles à des doses de 50 à 200 mg. Des doses supérieures peuvent entraîner des visions proches de celles décrites avec le LSD. Les produits analogues souvent associés peuvent, pour certains, être plus puissants et par là plus toxiques à dose égale. Aussi, les effets sont liés à la vulnérabilité individuelle, au contexte de l'utilisation et, pour quelques-uns d'entre eux, au développement d'une certaine tolérance.
Après une prise de l'ordre de 150 mg de MDMA, beaucoup d'utilisateurs décrivent une période de désorientation durant environ 30 minutes, avec parfois des mouvements de crispation spasmodique, notamment des muscles de la mâchoire (c'est le trismus). Suit une période de stimulation euphorique de 3 à 6 heures, où la communication avec autrui est subjectivement améliorée. Cette période se caractérise également par l'abolition de la sensation de fatigue et par des troubles de la mémoire. La stimulation psychomotrice et l'insomnie sont recherchées par certains danseurs qui veulent améliorer leurs performances physiques. La drogue favorise les mouvements répétitifs rythmés par la musique et contribue à faire perdre la notion du temps. Cette phase précède un état d'épuisement et de dépression, durant environ 8 heures, qui, parfois mal supporté, peut incliner à utiliser d'autres psychotropes censés en limiter l'expression (par exemple, du cannabis, des anxiolytiques, des antidépresseurs, etc...). Mais les réactions psychiques peuvent être plus alarmantes avec crise aiguë d'angoisse, voire attaque de panique, avec même des réactions violentes. La phase dépressive peut, elle aussi, être plus grave et perdurer plusieurs semaines chez des individus plus sensibles au produit ou psychiquement fragilisés. Des flash-back sont décrits au décours d'une utilisation, même ponctuelle, d'ecstasy.
Le lendemain de la prise, les effets se résument souvent à une sensation de gueule de bois, à une somnolence, à des douleurs musculaires, à une difficulté à se concentrer et à une humeur dysphorique. Certains usagers décrivent un état confusionnel, une anxiété et/ou des troubles du sommeil qui peuvent durer plusieurs semaines même après consommation d'une dose unique.
Par ailleurs, les autres substances consommées avec l'ecstasy (par exemple, l'alcool ou le cannabis) ne semblent pas potentialiser l'action de celle-ci, mais leurs effets seraient additifs.
Comme pour le cannabis, des perturbations psychopathologiques durables ont été décrites chez des usagers d'ecstasy (ou de drogue présentée comme telle). Les troubles d'allure psychotique répondent favorablement au traitement par neuroleptiques. Dans de rares cas, l'évolution se fait sur un mode chronique, voyant alterner des phases d'exacerbation engendrées par la prise d'ecstasy ou de cannabis et de rémission. L'usage d'ecstasy altère les performances professionnelles et, plus gravement encore, les performances routières, notamment du fait de la fatigue insurmontable suivant la phase d'insomnie provoquée par la molécule.


Les effets somatiques de l'ecstasy

On relève trois principaux effets somatiques provoqués par la MDA:

  • Une hyperthermie: elle constitue le risque toxique majeur induit par la prise d'ecstasy et est exacerbée par l'environnement. En effet, la foule, la température élevée, l'activité physique intense et prolongée, la déshydratation ou la consommation de boissons enrichies en acides aminés font des raves un contexte particulièrement potentialisateur de la toxicité de l'ecstasy. Cependant, la MDA est capable à elle seule d'induire une hyperthermie. Cette hyperthermie est associée à une rhabdomyolyse, à une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) et à des défaillances viscérales multiples. Ces symptômes se manifestent en quelques minutes, après un épisode d'agitation, de sudation profuse, de variations tensionnelles et d'accélération du rythme cardiaque. L'hyperthermie en elle-même survient quatre à cinq heures après la prise du produit : la température atteint rapidement 42°C. Si elle dépasse ce seuil, le pronostic vital est réservé. L'individu perd généralement connaissance, peut être pris de convulsions, avec trismus et mydriase réactive.

  • Une hypertension et une arythmie cardiaque: elles sont associées à des troubles de la coagulation et peuvent être à l'origine d'hémorragies cérébrales.

  • Des troubles métaboliques: la survenue d'une hyponatrémie grave avec encéphalopathie est une éventualité rare mais possible. Aussi, elle échappe souvent à un diagnostic suffisamment rapide, car ses manifestations évoquent le sommeil. Quelques cas mortels ont été décrits après une absorption trop importante d'eau, destinée à prévenir l'hyperthermie. Le traitement impose une hospitalisation d'urgence dans un service de réanimation, où l'on corrigera le trouble électrolytique.

Il n'existe pas d'antidote spécifique à l'intoxication. Le traitement, symptomatique, vise à diminuer la température corporelle. En cas d'hypertonie musculaire, l'administration de dantrolène peut être conseillée, de même que celle d'anticonvulsivants et de sédatifs comme les benzodiazépines.


L'usage de l'ecstasy

L'ecstasy constitue le prototype de la drogue de synthèse. Son succès est associé à des mouvements musicaux novateurs. Aussi, les premiers liens entre l'ecstasy et la musique furent tissés à la fin des années 1970, de façon quasiment confidentielle, dans des clubs de l'Est américain, spécialisés dans la house et la soul. Ce n'est qu'au début des années 1980 que l'ecstasy est apparut en Grande-Bretagne, de façon sporadique. Dans les années qui suivirent, elle fut rapidement connue de tous les pays européens.
L'association de propriétés stimulantes et légèrement psychédéliques des phényléthylamines correspond aux attentes psychologiques et culturelles des usagers, à leur besoin de rester éveillés toute la nuit. La convergence de ces intérêts individuels et d'intérêts commerciaux considérables, portant non seulement sur le produit mais aussi sur les images qui lui sont attachées, a un pouvoir d'entraînement puissant et explique le succès actuel de ce type de drogues. De fait, l'usage d'ecstasy a dépassé le cadre des soirées raves.
Par ailleurs, l'usage de l'ecstasy est souvent associé à celui d'autres drogues, notamment l'alcool et le cannabis, dans une perspective hédoniste:

  • recherche de nouvelles expériences
  • sensation de risque
  • participation à la fête collective
  • désir de faire plaisir à des amis

Certains polytoxicomanes incluent l'ecstasy dans leur consommation. Généralement, il s'agit de toxicomanes plutôt bien insérés socialement.


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