Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par D > La définition de dynamique


La définition de Dynamique



Dynamique en psychanalyse

En psychanalyse, dynamique se dit de ce qui est relatif, dans le psychisme, à ce qui se présente comme constitué de forces et, plus spécialement, au conflit de forces antagoniques.
L'idée que tout, dans le psychisme, n'est pas l'objet d'une perception actuelle n'est pas l'exclusivité de la psychanalyse. En revanche, Sigmund Freud donne une grande importance au point de vue dynamique dans sa conception de l'inconscient. Du point de vue descriptif, inconscient et préconscient peuvent sembler en continuité. Mais ce qui fait la définition freudienne de l'inconscient, c'est le refoulement, c'est-à-dire le point de vue selon lequel certaines représentations, incompatibles avec les autres, sont rejetées hors de la conscience. Cela suppose une théorie des forces en jeu et du conflit des forces.
Le point de vue dynamique témoigne de l'importance donnée dès le début à ce qui se passe effectivement dans la cure, et notamment à la résistance, signe et effet du refoulement. Il constitue, avec les points de vue topique et économique, les modes de théorisation qui sont ceux de ce que Freud appelle la métapsychologie


La dynamique de groupe

Au sens originel, il s'agit d'un courant de recherche inauguré par Kurt Lewin, en 1944, qui a pour objet l'étude du groupe considéré comme un système de forces et pour finalité le changement social.
Au sens large, la dynamique de groupe désigne l'ensemble des études et de leurs applications concernant les composantes et les processus de groupe.
Au sens restreint, il s'agit d'un dispositif de formation permettant une sensibilisation aux phénomènes de groupe, par une expérience groupale intensive.


L'approche de Lewin

L'apport décisif de Lewin à la psychologie sociale provient de sa transposition dans l'étude des groupes des principes de la gestalt-théorie et débouche sur une nouvelle épistémologie: l'étude scientifique d'un objet ne peut se réduire à l'étude de ses caractéristiques et de ses éléments, sans tenir compte de la manière dont ils se structurent et s'organisent entre eux. Or, cette structuration dépend de la situation dans laquelle l'objet est plongé et évolue.
Appliqués à l'étude des conduites, ces principes impliquent que ces conduites dépendent du contexte dans lequel elles sont produites. Elles sont donc fonction de l'interdépendance entre des variables de personnalité et des variables situationnelles. Mais l'environnement ne se limite pas aux composantes physiques et sociales qui ont une incidence directe sur le comportement. en effet, il a également des composantes cognitives qui définissent une sorte d'environnement psychologique, c'est-à-dire un environnement tel qu'il est perçu par la personne.
Ainsi, on aboutit à l'idée d'un champ psychologique conçu comme un système de forces multiples et mouvantes et qui tendent à s'équilibrer. Quand l'équilibre est rompu, il y a tension chez l'individu et son comportement a pour but le rétablissement de l'équilibre.


La conception lewinienne du groupe

De même que la conduite individuelle s'explique à partir de la structure qui s'établit entre l'individu et son environnement à un moment donné, de même la conduite groupale s'explique par la structure qui s'établit entre le groupe et son environnement. Il s'agit là encore d'un champ dynamique, c'est-à-dire d'un système de forces en équilibre dont les principaux éléments sont les membres, les sous-groupes, les canaux de communication, les rôles, les statuts, les buts et les ressources dont le groupe dispose, mais aussi son type d'insertion dans un milieu donné et caractérisé, ses rapports avec d'autres groupes.
Dans cette approche, le groupe est une totalité qui ne se réduit pas à la somme de ses parties, mais correspond à un rapport d'interdépendance entre elles. Et, dans l'optique lewinienne, étudier la dynamique de ce système groupal, c'est étudier quelles forces entrent en jeu, les modalités de leur interaction, les processus alors déclenchés, étant entendu que c'est en caractérisant ainsi le système d'interdépendance qui définit à un moment donné un groupe qu'on peut expliquer aussi bien son fonctionnement interne que son action sur la réalité extérieure. Plusieurs phénomènes de groupe ont été étudiés dans cette perspective.
Ainsi, des expériences menées dans les années 1938 et 1939, auprès de groupes d'enfants organisés en clubs d'activités, montrèrent que le climat de ces groupes, en particulier leur taux d'agressivité, ne dépendait pas de variables personnelles mais des styles de commandement à l'oeuvre. Les directions laisser-faire et autoritaires provoquaient les séquences d'agressivité les plus fréquentes et les plus violentes. Sous commandement démocratique, l'agressivité n'était pas absente mais se déchargeait au fur et à mesure, n'atteignant pas des paroxysmes nuisibles au fonctionnement du groupe.
Une autre expérimentation célèbre de Lewin concerne la réduction de la résistance au changement. Il s'agissait, dans cette recherche, de répondre à une demande sociale émanant du gouvernement américain: amener les citoyens pour des raisons économiques à changer leurs habitudes alimentaires. Or le conformisme, une des forces du champ du groupe, est pour Lewin la principale cause de résistance au changement. L'hypothèse qu'il testa au cours de cette expérimentation est que, pour surmonter cet obstacle, il fallait trouver le moyen de permettre aux ménagères de changer leurs habitudes tout en restant conformes à leur manière d'être. En effet, c'est parmi les ménagères qui avaient discuté en groupe et envisagé ensemble une nouvelle norme que les changements effectifs dans les comportements alimentaires furent les plus nombreux.
Finalement, de l'ensemble des travaux de Lewin, il ressort que c'est l'alliance entre élaboration théorique, recherche expérimentale et intervention qui caractérise la dynamique de groupe telle qu'il l'a inaugurée.


La découverte de Mayo

C'est par hasard, au cours des célèbres études menées par Elton Mayo et son équipe, que fut découvert l'effet de l'appartenance à un groupe sur les conduites individuelles. Alors que Mayo était à la recherche des conditions de travail optimales pour un rendement accru, il constata que l'individu réagit aux conditions pratiques de son milieu en fonction de la manière dont il les ressent, et que ce ressenti dépend pour une bonne part des normes et du climat de son groupe de travail et du degré d'appartenance à ce groupe. Ainsi, même lorsque les conditions matérielles de travail étaient mauvaises (par exemple, un faible éclairage), le groupe des ouvrières observées dans le cadre de l'expérimentation avait un rendement élevé. C'est que l'appartenance à ce groupe, l'adhésion à ses objectifs procuraient aux ouvrières des satisfactions sociales (l'affiliation, la visibilité, la considération, la cordialité) qui les poussaient à la performance. Ainsi, des rémunérations sociales et pas seulement économiques peuvent motiver les travailleurs!
D'ailleurs, et c'est le deuxième aspect de la découverte de Mayo, lorsque l'organisation et sa structure formelle négligent les besoins sociaux, ceux-ci se satisfont dans une structure informelle. Il s'agit d'un système non prévu de relations qui se développe à partir des affinités entre les gens.
Ces constats, à l'origine du courant des relations humaines, orientèrent la psychologie sociale vers l'étude des petits groupes, et plus particulièrement des processus qui se développent dans les structures informelles (la cohésion, l'attraction, le leadership, l'influence). Ainsi, les phénomènes propres aux structures informelles furent considérés comme pouvant rétablir les relations humaines altérées par la massification, l'urbanisation, l'anonymat qu'engendre la nouvelle société industrielle.
L'enjeu fut donc d'assimiler structures formelles et informelles, pour que les équipes de travail deviennent de véritables groupes, pour que les chefs deviennent des leaders, pour qu'on ne parle plus d'obéissance mais d'adhésion, plus de pouvoir mais d'influence. Plus largement, le groupe fut considéré comme le creuset où pouvaient s'acquérir des attitudes coopératives, conformes à l'idéal démocratique. Dans cette optique, l'accent était mis sur le consensus plus que sur la conflictualisation, qui traverse pourtant les rapports humains. Et en se focalisant sur la seule qualité des relations interpersonnelles, on fit l'impasse sur les déterminations sociales des conduites qui trouvent leur origine dans les structures formelles. Au fond, cette conception, aujourd'hui dépassée, implique que le social est la résultante des interactions entre les individus et, donc, que la connaissance des processus relationnels permet d'accéder à celle du social.


La sociométrie de Moreno

À la même époque, Jacob Moreno mettait au point la sociométrie. Il s'agit d'une approche théorique et empirique qui s'appuie sur l'idée que chaque groupe social est un système de gravitation socio-affective dépendant de la configuration des réseaux d'attraction et de répulsion qui s'y développent. Le repérage de ces réseaux par le questionnaire sociométrique aboutit au sociogramme du groupe, qui donne accès à sa structure. Celle-ci ne correspond pas à l'organigramme officiel, sauf si une action volontariste cherche à faire coïncider les deux.
L'intérêt de la sociométrie est de permettre, par la formalisation et la mesure, une approche objective de phénomènes subjectifs, de déterminer le degré de cohésion d'un groupe afin de l'améliorer en modifiant la composition du groupe. Mais, dans cette approche n'est considérée que sous le seul angle de sa dimension socioaffective, les dimensions opératoires et normatives de la cohésion n'y sont pas prises en compte. Par ailleurs, la cohésion ne repose pas que sur des facteurs relationnels. Des facteurs situationnels tels que la proximité d'autres groupes sont déterminants.


L'influence de la psychanalyse

L'approche psychanalytique a intéressé la dynamique de groupe pour son éclairage des aspects affectifs et imaginaires des groupes. Si Sigmund Freud en a jeté les bases en faisant de l'identification le fondement du lien social, c'est au psychiatre anglais Wilfred Bion qu'on doit la première exploration approfondie de la dimension imaginaire des groupes. Pour lui, la vie d'un groupe implique deux niveaux:

  • Le groupe de travail: il s'agit d'un niveau manifeste conscient et rationnel, centré sur la tâche.
  • Le groupe de base: il s'agit d'un niveau implicite inconscient et irrationnel, dominé par des fantaisies imaginaires fortement chargées émotionnellement, et qui peuvent perturber l'atteinte des objectifs explicites.

Ainsi, si le schème imaginaire de l'attaque-fuite (qui alterne avec celui de la dépendance et du couplage) concorde bien avec les objectifs d'un bataillon en guerre, il va par contre considérablement gêner un groupe censé travailler de manière coopérative.
L'école française a particulièrement étudié les phénomènes de résonance fantasmatique à partir desquels un groupe se constitue, si les participants partagent les mêmes illusions ou fantasmes. L'ensemble de ces travaux fournit une compréhension spécifique des phénomènes de groupe en mettant au jour leur dimension inconsciente.


L'approche interactionniste de Bales

La démarche de Robert Bales illustre bien la vision psychologique et interpersonnelle que le courant des relations humaines a du social. En effet, par l'observation systématique des interactions dans les groupes, Bales repère les rôles spontanément adoptés par chacun. Dans cette perspective, ce ne sont pas les statuts qui conditionnent les rôles, ceux-ci émergent de l'interaction concrète.
Par cette approche, Bales va mettre en évidence le fait que, lorsqu'un groupe doit résoudre un problème, les différentes étapes de sa progression impliquent l'alternance de phases à dominante opérationnelle et de phases à dominante socioémotionnelle. En outre, il dégage l'existence de deux types complémentaires de leaders: l'un centré sur la tâche, l'autre sur les aspects socio-affectifs. Ces deux dimensions du leadership ont été par la suite maintes fois retrouvées et on a considéré qu'il s'agissait là de données susceptibles de faciliter la sélection et la formation des chefs. Cependant, assimiler les leaders émergents des groupes informels aux chefs nommés dans des structures formelles et hiérarchiques conduit à faire l'impasse sur la problématique du pouvoir.


L'expérience de groupe

Dans son sens restreint, la dynamique de groupe est une technique de sensibilisation aux phénomènes de groupe. La paternité de ce dispositif revient à Lewin et à ses disciples. En effet, dans un séminaire, ils réalisèrent que le plus instructif avait lieu au cours de discussions impromptues entre stagiaires et animateurs sur la manière dont se déroulaient les séances.
Le groupe T correspond à la systématisation de ce niveau métacommunicatif. La formation se fonde donc sur l'expérience de ce qui se passe dans un groupe, expérience vécue et élaborée en commun sous la conduite d'un moniteur, en vue de se familiariser avec les problèmes fonctionnels et affectifs des groupes. Dans cette optique, chacun est invité à s'expliquer et, par l'observation participante, à découvrir in vivo, dans l'ici et maintenant du groupe, les différents phénomènes groupaux, la part qu'il y prend, le sens qu'il leur donne, la manière dont il les vit. Cette expérience est structurée par un cadre spatio-temporel strict, mais elle se développe ensuite sans directive, à partir de ce qu'éprouvent et comprennent les participants et de ce qu'ils en disent.
La pratique du groupe, associée à d'autres approches théoriques, a abouti à une palette plus vaste de pratiques groupales, non spécifiquement psychosociales, à visées non seulement formatrices mais aussi thérapeutiques et de développement personnel. Ainsi, dans les groupes de rencontre inspirés par Carl Rogers, la centration porte sur la dimension affective des relations dans une perspective d'épanouissement personnel et d'amélioration de ces relations. Sous l'influence de l'approche psychanalytique, ce sont les processus inconscients et la dimension imaginaire des groupes qui sont explorés. Plus récemment, les théories de la communication, notamment l'approche systémique de Palo Alto, sont utilisées comme grille de lecture des interactions groupales.
Ainsi, l'expérience du groupe de formation constitue une méthode riche et originale de sensibilisation aux phénomènes relationnels et groupaux, quand elle vise l'articulation des savoirs chauds de l'expérience au savoir plus froid et distancié de la réflexion.


Autres termes psychologiques :