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La définition de Drogue


Au sens strict, la drogue désigne toute substance pharmacologiquement active sur l'organisme. Cependant, au sens usuel, la drogue désigne toute substance psychoactive prêtant à une consommation abusive et pouvant entraîner des manifestations de dépendance.


L'histoire de la drogue

Autrefois, le terme de drogue s'appliquait aux préparations des apothicaires. Celles-ci incluaient fréquemment des substances psychoactives (opium, eau-de-vie, vin, etc...), mais aucune distinction spécifique n'était faite entre les préparations qui en contenaient et les autres. Aujourd'hui encore, les Anglo-Saxons appellent drug aussi bien les médicaments que les drogues.
Ce n'est qu'à partir de la fin du XIXe siècle que fut progressivement stigmatisé l'usage voluptueux des psychotropes, notamment leur usage délibéré en vue de modifier la conscience. L'extension du recours à ces produits explique aussi que l'on se soit de plus en plus interrogé sur leur toxicité. Des lors, le terme de drogue a pris la valeur péjorative qui lui est restée attachée. Aussi, cette évolution linguistique témoigne, à sa manière, d'une rupture culturelle majeure survenue dans le rapport de l'homme avec les psychotropes, et, probablement, de l'homme avec sa conscience.
Les études sociologiques montrent que l'imaginaire populaire de la drogue renvoie à quatre représentations distinctes:

  • déchéance,
  • compulsion,
  • irresponsabilité,
  • animalité.

Comme le souligne le sociologue Albert Ogien, cet imaginaire appelle de lui-même « la condamnation d'une pratique terrifiante, voire fatale », et se distingue clairement sur ce point de l'imaginaire de l'alcool ou de celui des médicaments psychotropes.
Par ailleurs, la variété chimique des substances susceptibles d'engendrer une dépendance et la diversité de leurs modes d'action font que toute classification pharmacologique des drogues tend à s'appuyer avant tout sur l'appréciation de leurs effets. Or cela entraîne un risque de schématisation excessive, voire de caricature. Aussi, plusieurs modèles de classification des drogues ou, pour le moins, de hiérarchisation de leurs effets psychotropes ont ainsi été proposés


La classification selon les effets cliniques

La première classification des substances psychoactives fut introduite par Louis Lewin. Ce dernier distingua cinq groupes de psychotropes, auxquels il donna des noms évocateurs:

  • Euphorica: il s'agit de l'opium et ses alcaloïdes (coca, cocaïne, etc...).
  • Phantastica: il s'agit des hallucinogènes.
  • Inebriantia: il s'agit de l'alcool, l'éther, le chloroforme, etc...
  • Hypnotica: iol s'agit des barbituriques, du chloral, du kawa, etc...
  • Excitantia: il s'agit du café, du tabac, du khat, du camphre, du kola, etc...

Cette classification, qui, à maints égards, reste étonnamment actuelle, a l'inconvénient de ne pas tenir compte de l'effet de la dose consommée et, surtout, d'être parfois erronée, lorsqu'elle fait, par exemple, de la cocaïne un calmant alors qu'il s'agit d'un stimulant. Cette confusion est probablement due à l'action anesthésique locale de ce produit.
La classification retenue de nos jours est celle qui fut introduite dans les années 1950 par le psychiatre Jean Delay. Elle fut complétée par Pierre Deniker, en 1961. Dans cette classification, trois catégories de psychotropes sont distinguées selon leur activité sur le système nerveux central:

  • Les substances sédatives: Il s'agit des psycholeptiques, regroupant les hypnotiques ou somnifères, les neuroleptiques, les anxiolytiques, ou tranquillisants).
  • Les substances excitantes: il s'agit des psychoanaleptiques regroupant les amphétamines, les psychotoniques mineurs comme le café ou le thé, les antidépresseurs.
  • Les substances perturbant de façon diverse l'activité psychique: il s'agit des psychodysleptiques regroupant les hallucinogènes (ou onirogènes, ou délirogènes).

Cette classification fut conçue dans une visée thérapeutique. Elle n'inclut donc que les psychotropes susceptibles de donner lieu à usage médical.


La classification selon le pouvoir toxicomanogène

En 1971, l'O.M.S. a proposé une classification reposant sur le pouvoir addictif de chaque drogue ainsi que sur la capacité de celle-ci à induire une tolérance. Cette classification, qui donna lieu à controverse, est aujourd'hui jugée obsolète.
Ainsi, la cocaïne y était considérée comme susceptible d'induire une faible dépendance psychique et aucune dépendance physique ou tolérance. En outre, cette classification négligeait le tabac et les tranquillisants.


La classification juridique

La distinction entre drogues licites et drogues illicites relève de l'artifice. En effet, au regard du pharmacologue ou même du clinicien, elle n'a pas raison d'être. Il semble plus pertinent d'établir une distinction entre les modes de consommation (usage, usage abusif, dépendance) et, de même, entre les risques que fait encourir cette consommation. Certains de ces paramètres font relever le consommateur d'un dispositif de soins, alors que d'autres ne posent pas de problèmes psychiques, physiques ou sociaux.
Cependant, le droit distingue deux groupes de substances soumises au contrôle de l'Organisation des Nations unies:

  • Les stupéfiants: ils sont soumis au régime de la Convention unique de 1961 et hiérarchisés en quatre groupes selon leur dangerosité et leur intérêt médical.
  • Les psychotropes médicamenteux: ils sont soumis à la Convention de Vienne de 1971.

La drogue de synthèse

Il s'agit d'une appellation générique de diverses drogues spécifiquement conçues pour leurs effets généralement intermédiaires entre les effets euphorisants ou stimulants des amphétamines et les effets psychodysleptiques du LSD. Ces drogues, dont le type est l'ecstasy, font l'objet, pour l'essentiel, d'un usage récréatif. Il n'empêche que nombre d'entre elles sont de forte toxicité.
L'irruption des drogues de synthèse sur le marché représente une rupture dans l'histoire des psychotropes. Il s'agit de substances intentionnellement synthétisées en vue de servir les revendications utilitaristes des consommateurs.
La montée en puissance de la consommation de ces drogues tient, en partie, au fait qu'elles présentent bien des avantages pour les organisations criminelles qui les produisent. En effet, on peut les fabriquer n'importe où, ou presque, et à proximité immédiate des zones de consommation. En outre, il est facile de les dissimuler. Compte tenu de la facilité de leur synthèse à partir de matières premières d'emploi très courant dans l'industrie chimique, les profits engrangés sont considérables. Enfin, dans une certaine mesure, il apparaît possible de ruser avec le système répressif et l'arsenal législatif. En effet, la structure de ces drogues est inlassablement modifiée par les chimistes clandestins, de façon à obtenir des dérivés toujours plus puissants, et qui échappent autant que possible au contrôle légal du fait qu'ils ne sont pas encore inscrits sur les listes de stupéfiants.


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