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La définition de Dora


Ida Bauer, dite Dora, est une jeune femme viennoise qui fut en psychanalyse avec Sigmund Freud durant les derniers mois de l'année 1899.


Une étude de cas à l'origine d'un nouveau concept

L'observation de la malade et l'histoire de son traitement se présentent de façon aussi détaillée que dans les Études sur l'hystérie. Cependant, ici on a le sentiment de franchir une étape. En effet, dans les Études sur l'hystérie, le symptôme hystérique découle de l'absence de réaction d'abréaction à un traumatisme. Mais si on s'interroge sur la cause de cette absence d'abréaction elle-même, on se trouve renvoyé à une théorie de la dissociation du conscient, comparable à l'apparition d'états de conscience anormaux dans l'hypnose. Cette théorie des états hypnoïdes , Freud l'a abandonné très vite et il est clair que, dans la présentation du cas de Dora, c'est la théorie du refoulement qui vient éclairer la psychogenèse du symptôme hystérique.
Nous avons donc ici la première étude détaillée de cas qui correspond au développement des nouveaux concepts. Elle illustre ces concepts, mais elle vient aussi, d'une certaine façon, les éclairer. Et comme à cette époque rien n'est assuré, comme toute idée donne matière à discussion, la lecture du cas de Dora conserve une qualité propre, celle que peut avoir une expérience dans sa présentation originelle.


Le traumatisme déclenchant de l'hystérie de Dora

Dora, qui s'appelait en réalité Ida Bauer. Elle était née à Vienne, dans une famille de la bourgeoisie juive. Elle avait présenté dès son enfance des troubles nerveux, notamment des difficultés respiratoires. À l'époque où son père décida de la faire soigner par Freud, elle présentait les symptômes d'une petite hystérie:

  • dyspnée,
  • toux nerveuse,
  • aphonie,
  • dépression,
  • humeur asociale.

Le père de Dora est homme d'une grande activité et d'un talent peu commun, auquel sa fille portait une tendresse particulière. Sa mère, beaucoup plus effacée, est surtout préoccupée par les tâches ménagères, pour qui Dora a longtemps une sorte d'adoration. En outre, deux personnage sont à considérer dans le cas de Dora: Mme K, pour qui Dora a longtemps une sorte d’adoration, et M. K, le mari de Mme K.
La crise se déclenche au moment où Dora refuse de passer quelques semaines, comme il avait été prévu, dans la maison des K au bord d'un lac de montagne. Lorsqu'elle donne des explications, au bout de plusieurs jours, c'est pour dire que M. K avait osé, pendant une promenade après une excursion sur le lac, lui faire une déclaration. On apprendra plus tard qu'il lui avait dit que sa femme n'était rien pour lui et qu'elle l'avait giflé. Elle enjoint alors à son père de rompre avec M. et Mme K. Or le père de Dora se dit attaché à Mme K par une sincère amitié. En fait, il entretient avec elle une relation amoureuse, et plutôt que d'y renoncer, il préfère accuser sa fille d'avoir imaginé la scène rapportée.
Pour Freud, la déclaration suivie de l'affront suffisent à produire un traumatisme qui est la cause déclenchante de la forme actuelle de l'hystérie de Dora.


L'interprétation des symptômes de dora par Freud

Il faut prendre garde cependant au fait que le traumatisme ne renvoie pas ici à une séduction précoce qui serait à l'origine de toute la pathologie hystérique. Dès le début de sa cure, Dora va raconter un événement antérieur, datant de ses quatorze ans, au cours duquel M. K serre contre lui Dora et l'embrasse. Dora ressent alors un dégoût intense et s'enfuit. Freud affirme alors que ce comportement qui consiste à ressentir du dégoût là où il y a plutôt une occasion d'excitation sexuelle n'est pas la cause de l'hystérie, mais son effet.
On dira plutôt ici que ne pas prendre le dégoût comme allant de soi, c'est lui reconnaître assez d'importance pour examiner ce que ce dégoût peut vouloir dire. Et c'est précisément un des apports essentiels de la psychanalyse que d'avoir montré que le désir peut se dissimuler dans les symptômes qui en sont apparemment les plus éloignés. Ce qui cependant est peut-être plus important dès le début de la cure, c'est ce qui concerne les rapports du père de Dora et de Mme K.
Alors qu'au moment où elle vient voir Freud, Dora dénonce de façon véhémente la liaison qu'ils entretiennent, on s'aperçoit assez vite qu'elle a elle-même facilité cette liaison jusqu'à une date récente. Ce n'est que le sentiment d'être utilisée comme monnaie d'échange, livrée aux entreprises de M. K afin de favoriser les menées de son père, qui l'a conduite à cette dénonciation. C'est d'ailleurs en rapport avec cette liaison que Freud interprète très vite un des symptômes de Dora. Il s'agit d'une toux nerveuse persistante. Comme Dora laisse entendre qu'elle considère que son père est impuissant, et comme elle maintient qu'il a des relations sexuelles avec Mme K, Freud l'interroge et obtient d'elle la confirmation qu'elle sait qu'il existe d'autres formes d'assouvissement sexuel. Dès lors Freud explique la toux par le fantasme d'un rapport bucco-génital (une fellation), où Dora s'identifierait à Mme K. Tout cela renverrait donc à un amour œdipien envers son père.


Les deux rêves de Dora

Comme dans L'interprétation des rêves, Freud est attentif à toutes les associations qui peuvent renvoyer à des événements récents, et aux désirs que l'individu peut éprouver au point où il en est au moment du rêve. Mais, pour lui, un rêve se tient toujours sur deux jambes.
Ici, le récit de la cure est centré autour de deux rêves:

  • Le premier rêve: il est basé sur un désir qui vient de l'enfance. En effet, le rêve se déroule de la façon suivante: il y a un incendie, le père de Dora est debout devant son lit et la réveille, sa mère veut sauver sa boîte à bijoux, mais le père les entraîne. Ce rêve renvoie principalement, dans les souvenirs récents, à une scène où Dora, en se réveillant, avait vu M. K debout près de son lit. Freud montre que le rêve traduit le souhait d'éviter que de telles situations se reproduisent, mais aussi le désir refoulé de ne rien refuser à M. K. Mais, parmi les associations, il y a aussi ce qu'avait pu dire le père de Dora: qu'il vaut mieux laisser les portes des chambres ouvertes pendant la nuit, qu'on peut « avoir besoin de sortir ». Cette dernière phrase renvoie à une époque où Dora était sujette à l'énurésie. Quand son père la réveille c'est comme s'il lui évitait de se mouiller. Ainsi le rêve constitue aussi un appel à la protection (et à l'amour) du père.

  • Le second rêve: il fait ressortir ce qui serait un désir pour M. K, ainsi qu'un amour œdipien. Or, à la suite de l'analyse de ce deuxième rêve, Dora devait mettre fin à sa cure, la laissant ainsi inachevée. Freud estime alors que sa patiente avait pu faire pendant sa cure un transfert de son père sur lui, ou encore de M. K sur lui. N'ayant pas analysé ce transfert avec sa patiente, il n'avait pu empêcher qu'elle accomplisse, en abandonnant son traitement, un désir de vengeance.

Le cas Dora selon Lacan

Jacques Lacan reprit et commenta le cas de Dora dans un article Intervention sur le transfert (1951), ainsi que dans de nombreux séminaires. Il mit l'accent sur une dimension que Freud avait aperçue, mais qu'il avait négligée: l'attachement fasciné de Dora pour Mme K, pour « la blancheur ravissante de son corps ». Ce qu'il ne faut donc pas oublier ici, c'est le désir homosexuel de Dora. En ce sens, dans le symptôme de la toux nerveuse, Dora serait plutôt identifiée à son père, et plutôt que d'une fellation, il s'agirait inconsciemment d'un cunnilingus.
Mais il ajoute que Mme K ne vaut pas ici comme individu mais comme mystère. Elle constitue pour Dora le mystère de sa propre féminité, à laquelle celle-ci a un accès malaisé. C'est à travers son identification à un homme que Dora pourrait approcher de la solution de ce mystère. C'est pour cela qu'elle gifle M. K lors de la scène de la déclaration. Si sa femme n'est rien pour lui, qu'est-ce qu'il pourrait être pour elle?


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