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La définition de Déviance


La déviance désigne une manière d'être ou de se conduire qui s'écarte des standards sociaux et/ou culturels.


La déviance et la norme

Qui dit déviance dit norme. Aussi, ce terme peut s'entendre dans deux sens

  • Un sens qui se réfère à ce qui est moyen ou courant: dans ce cas, la déviance peut être positive (par exemple, les surdoués) ou négative (par exemple, les handicapés).

  • Un sens qui se réfère à des phénomènes psychosociaux: il s'agit d'une perception souvent implicite qui concerne la manière socialement correcte de penser et d'agir. Dans ce cas, la définition de ce qui est déviant est fonction du contexte culturel et de son évolution.

Par ailleurs, on peut se demander pourquoi certains comportements (par exemple, l'usage de drogues) jouissent-ils tantôt d'un statut de norme, tantôt d'un statut de déviance? En fait, c'est l'asymétrie de pouvoir qui permet aux plus puissants d'imposer leur point de vue (les normes) au détriment de points de vue minoritaires. Lorsque ces derniers s'imposent, on ne parle plus de déviance mais d'innovation. Ainsi, tous les grands innovateurs (par exemple, Jésus ou Gandhi) furent d'abord des déviants. Plus précisément, selon Serge Moscovici, une minorité déviante unie, consistante, ne cédant pas sur les points fondamentaux de ses opinions tout en restant flexible, provoquera un conflit cognitif qui, à terme, peut aboutir à un changement.
Aussi, la déviance peut procéder d'un choix ou être imposée. C'est, par exemple, le cas d'un handicap. Lorsque l'état de déviance est subi, il s'avère particulièrement perturbant et inconfortable. En outre, le simple fait d'être désigné comme différent suffit à produire des modifications du comportement.
Le point commun aux multiples formes de déviance est peut-être la réaction de malaise que celle-ci suscite. En effet, tout groupe social va s'attacher à intégrer et à contrôler (par le biais médical, social ou judiciaire) toute forme de déviance. A ce sujet, Stanley Schachter a montré que les communications dans un groupe sont d'abord orientées vers les déviants afin qu'ils adoptent l'opinion de la majorité. Si ces derniers maintiennent leur déviance, les autres membres cesseront peu à peu de leur adresser la parole et les excluront. Ce processus est d'autant plus prégnant que le groupe est soudé et que la dissidence touche l'un des objectifs du groupe.
Mais la déviance est souvent aussi le fait de groupes. Ainsi, l'individu déviant sera attiré ou n'aura d'autre choix que de se joindre à ceux qui lui ressemblent. Au sein d'un groupe de déviants, comme au sein de tout groupe, des pressions à l'uniformité des opinions, des comportements, des attitudes s'exercent, par le biais de communications informelles. Par conséquent, un comportement qui dévie de la norme du groupe dominant peut être un comportement conformiste dans un autre groupe. De même, un individu inséré dans de multiples catégories sociales, peut être déviant dans un groupe mais non dans l'autre.


L'étiologie de la déviance et de la délinquance

De nombreuses théories étiologiques de la déviance se préoccupent en réalité d'une forme particulière de déviance: la délinquance. Or, le terme de délinquance est réservé aux actes commis par des mineurs. De fait, ces théories ne sont pas conçues pour expliquer des formes de criminalité extrême, telles que les crimes de sang, les violences sexuelles, etc... qui relèvent davantage de la psychopathologie.
Toutefois, il existe différentes perspectives dans le mode d’explication visant à rendre compte de l’origine de la délinquance.


La faille responsable de la différence

Cette perspective aborde la délinquance essentiellement sous son angle négatif et cherche la faille responsable de cette défectuosité du comportement. Ainsi, plusieurs causes ont été avancées:

  • Une déficience matérielle repérable: aujourd'hui, les partisans d’une causalité biologique parlent davantage de prédisposition à la délinquance, dont l'actualisation serait conditionnée par des facteurs environnementaux.

  • L'environnement social de l'individu: dans ce courant sociologique, les uns mettent l'accent sur la difficulté des membres de couches sociales défavorisées à s'adapter aux institutions sociales, à réaliser par des voies légitimes les objectifs valorisés par la société. Au contraire, d'autres auteurs attribuent la délinquance à une défaillance des institutions sociales (l'école, le famille, etc...), incapables de contrôler le penchant antisocial naturel de l'homme.

  • Un développement psychologique défaillant: cette approche psychologique défend l'idée que le comportement délinquant est l'expression d'un dérapage dans le développement psychologique de la personne. Ainsi, le phénomène délinquant s'expliquerait par la personnalité du transgresseur. Celle-ci se caractériserait par une série de traits tels l'égocentrisme ou l'immaturité, par des déficiences dans le développement du jugement moral, etc...

Cependant, aujourd'hui, on tente de plus en plus d'intégrer les différents points de vue sociologiques et psychologiques dans des modèles multifactoriels intégratifs.


Une absence de différence entre délinquants et non-délinquants

Cette nouvelle perspective repose sur l'hypothèse qu'il n'y a pas de différence de nature entre délinquants et non-délinquants. En effet, certains auteurs soutiennent qu'il n'y a pas défaut dans le processus de socialisation mais que celui-ci s'est effectué sur des comportements inadéquats. Ainsi, le comportement délinquant, tout comme le comportement non délinquant, serait appris dans les interactions sociales avec les proches.
La théorie de l'étiquetage propose de considérer que c'est la réaction judiciaire qui crée la délinquance. Ainsi, la personne officiellement désignée comme telle ne ferait ensuite que se conformer à cette étiquette.
Par ailleurs, la psychologie sociale s'attache aux circonstances temporaires qui peuvent conduire tout individu à commettre un acte antisocial. Partant du constat que la délinquance est généralement associée à une situation de dévalorisation sociale et qu'il s'agit d'un phénomène de groupe, une série d'expériences a montré qu'une situation d'échec public accroît l'occurrence du comportement antisocial, ainsi que la tendance affiliative. Plus précisément, ces expériences tendent à montrer qu'une situation de dévalorisation publique fragiliserait l'individu. Celui-ci devient alors particulièrement sensible à autrui, à son influence. Aussi, l'acte serait commis afin de s'assurer une reconnaissance sociale, une identité positive, ce qui contribuerait à augmenter l'estime de soi. En outre, la situation de groupe faciliterait le passage à l'acte antisocial, dans la mesure où elle accroît le sentiment d'anonymat, la diffusion de responsabilité, et augmente la prise de risque.


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