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La définition de Deuil


Le deuil désigne un état de perte d'un être cher, qui s'accompagne de détresse et de douleur morale. Celle-ci pouvant entraîner une véritable réaction dépressive, nécessitant un travail intrapsychique, dit travail de deuil, pour être surmonté.


Le deuil d'un point en psychiatrie

On peut reconnaître, avec Daniel Lagache et Michel Hanus, plusieurs types de deuils:

  • Le deuil normal: il se liquide assez rapidement en passant successivement par les trois phases de détresse, de dépression et d'adaptation. Celles-ci s'effectuent grâce aux processus de désinvestissement, d'intériorisation et d'identification à l'objet disparu, de culpabilité puis de détachement final.

  • Le deuil compliqué: il se caractérise par un blocage du travail avec prolongation de la phase dépressive, réactions de stress (avec possibilité de manifestations psychosomatiques graves) et passages à l'acte suicidaires particulièrement fréquents.

  • Le deuil pathologique: il débouche sur la maladie mentale. Ses critères sont un retard dans l'apparition de l'affliction puis une prolongation de son évolution au-delà de deux ans et une menace réelle sur la santé psychique. Il peut s'agir d'une véritable psychose mélancolique ou maniaque (manie de deuil avec négation de la perte) ou d'un deuil obsessionnel, ou encore d'une hystérie de deuil. Dans cette dernière forme, assez fréquente, l'endeuillé se comporte comme si le défunt était resté vivant. Il lui parle, garde sa place à la table des repas, son lit et sa chambre avec toutes ses affaires personnelles dans un cadre imaginaire de quasi-réalité, véritable lieu de survie.
    Par ailleurs, l'identification au disparu se traduit par la reproduction plus ou moins inconsciente de ses symptômes, risquant d'aboutir à des troubles somatiques de conversion parfois très graves. L'identification est devenue immuable et nécessite que le patient soit pris en psychothérapie pour que son deuil puisse être remobilisé et réélaboré jusqu'à son évolution normale.

Ainsi, les formes compliquées et pathologiques de deuil doivent être traitées le plus précocement possible, d'abord par des traitements spécifiques pour les états dépressifs ou maniaques, puis par des thérapies d'inspiration psychanalytique. Celles-ci sont normalement accompagnées de mesures de réadaptation sociale et affective.


Le deuil selon Freud

Si, sur le plan individuel, l'intrusion de la mort dans une vie constitue une épreuve et une étape essentielle du développement de l'individu, il est important de rappeler que, sur le plan social, la sépulture, le traitement réservé par une société à ses morts et à ceux qui vont mourir est un des premiers indices de sa civilisation. Sur ce point, l'attitude actuelle de notre société paraît discutable. En 1915, Sigmund Freud publie son article Deuil et mélancolie, s'inspirant d'un article de son élève Karl Abraham, et tente d'éclairer la mélancolie à partir du deuil. Il y étudie dans leur similitude et leur différence, deuil normal, deuil pathologique et mélancolie, et définit le deuil comme la réaction à la perte d'une personne aimée ou d'une abstraction mise à sa place (la patrie, la liberté, un idéal, etc...).
Aussi, Freud s'interroge sur la douleur du deuil et introduit la fameuse notion de travail de deuil, déclenché quand « l'épreuve de réalité a montré que l'objet aimé n'existe plus et édicte l'exigence de retirer toute la libido des liens qui la retiennent à cet objet ». Ainsi, désinvestir l'objet permet de ramener la libido au moi afin de pouvoir ensuite être capable de désirer un autre objet. Mais du temps et de l'énergie sont nécessaires car la tâche doit être accomplie en détail, avec dans un premier temps un surinvestissement de l'objet perdu. Comme si la mort biologique devait être suivie d'un deuxième acte de décès, activement et en détail perpétré sur chacun des souvenirs et des espoirs qui liait au disparu.
Le processus d'introjection est d'abord décrit par Freud à propos de la mélancolie: « l'objet perdu est ré-érigé dans le moi ». L'objet perdu au-dehors est conservé au dedans sur le modèle de l'incorporation cannibalique. Mais plus tard, Freud donnera à ces processus une beaucoup plus grande fréquence puisqu'une telle substitution prend une part importante dans la formation du moi. Notamment au déclin du complexe d'œdipe, l'abandon de l'investissement d'objet se résout en un renforcement des identifications: « L'idéal du moi est l'héritier du complexe d'œdipe. » De cette introjection de l'objet perdu dans le moi se déduit que l'ambivalence sera le facteur de complication du deuil, la haine qu'inspire l'objet se retournant contre le moi lui-même.


Le deuil selon Klein

Melanie Klein donnera tout un développement à ces processus d'identification du deuil en décrivant une phase de développement normal chez l'enfant: la position dépressive. Il s'agit d'un deuil précoce où se déploie une problématique qui sera réactivée lors de chaque expérience de deuil. « Dès le commencement de la vie, le moi introjecte de bons et de mauvais objets, dont le prototype, dans un cas comme dans l'autre, est le sein de la mère, prototype des bons objets lorsque l'enfant reçoit, des mauvais lorsqu'il lui manque. » Mais c'est parce que le nourrisson projette sa propre agressivité sur ces objets qu'il les ressent comme mauvais... Ce clivage des imagos aboutit à la constitution d'un monde intérieur où l'objet aimé qui manque, devenu dès lors persécuteur, et que chaque objet de deuil viendra réactualiser, menacera les bons objets internes.
L'absence de solidité des bons objets internes est, pour Klein, le point commun aux maniaco-dépressifs et à ceux qui échouent dans le deuil. Or la perte ne peut être ressentie comme totale, qu'à partir du moment où l'objet est aimé comme un objet total. L'insupportable du manque de l'autre, son imperfection, c'est ce que tout deuil réactualise.


Le deuil selon Lacan

Ce problème de la constitution de l'objet total (par-delà le clivage) est repris par Jacques Lacan qui radicalise la fonction du deuil. En effet, selon lui, il n'y a pas de relation d'objet sans deuil. On peut dire que si Freud a fait de l'introjection du deuil le creuset des identifications du moi, Lacan, lui, utilise l'identification du deuil comme la matrice de la relation d'objet et de l'accès à une position subjective. En effet, le modèle de tout objet est celui qui aura radicalement manqué et qui aura par là même fait advenir l'individu comme sujet d'un manque. Ce manque est à entendre dans une relation de réciprocité car il est vrai que « nous ne sommes en deuil que de quelqu'un dont nous pouvons nous dire: j'étais son manque ».
Pour Lacan, le caractère total, radical du deuil permet de penser l'objet cause du désir. On sait que les rituels de deuil visent d'abord à donner une place au mort, une sépulture qui le sépare des vivants. De même, pour l'endeuillé, la question sera de retrouver une place pour son désir, la place vide d'un manque, alors que l'être perdu est venu représenter pour lui, et donc obturer, ce manque. Cette place est celle que Lacan désigne comme celle du phallus et si la fonction du deuil lui paraît éclairante pour la situer, c'est que cette place ne se dégage qu'à partir d'une perte radicale à décliner dans les trois registres: réel, symbolique, imaginaire.
Par ailleurs, si le postulat freudien est qu'il n'y a pas de représentation de la mort dans l'inconscient, Lacan , lui, souligne que l'objet perdu dans le deuil « accède à une existence d'autant plus absolue qu'il ne correspond plus à rien qui soit ». C'est donc par excellence le moment de convocation de l'ordre symbolique, mais aussi la question de l'impuissance de ce dit ordre à couvrir complètement, sans reste, le réel. Et c'est donc là que se mettent en place les formations plus ou moins pathologiques de l'imaginaire. Autrement dit, si tout deuil peut avoir une fonction maturante, c'est d'abord parce qu'il remet en place l'irréductibilité d'une perte et c'est la prise en compte de ce reste irréductible qui engage le processus de substitution. C'est dire que la façon dont une société traite les restes du défunt est d'importance.


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