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La définition de Dénégation


La dénégation désigne l'énonciation, sous une forme négative, d'une pensée refoulée. Celle-ci représente souvent le seul mode possible de retour du refoulé.


La dénégation selon Freud

C'est à partir de la notion de dénégation que Sigmund Freud a élaboré une théorie importante relative à la constitution du moi. Plus précisément, pour la psychanalyse, la négation est liée au refoulement. Car, si je nie quelque chose dans un jugement, cela signifie que ce quelque chose, je préférerais le refouler, le jugement étant le substitut intellectuel du refoulement. Ainsi, le patient qui, à propos de telle personne apparaissant dans le rêve, dit qu'elle n'est pas sa mère amène Freud à conclure: donc c'est sa mère.
Ainsi, en faisant abstraction de la négation, on obtient le contenu de pensée refoulé. Il peut devenir conscient à la condition de se faire nier. Notons que l'acceptation intellectuelle du refoulé n'abolit pas pour autant le refoulement.


Le rôle de la dénégation dans le jugement

Il est aisé de saisir l'importance que peut présenter, dans la pratique de la cure, et notamment dans l'interprétation, la reconnaissance du mécanisme de la dénégation.
Aussi, à partir de ce fait clinique, Freud va alors montrer le rôle de la négation dans la fonction du jugement. Par le symbole de la négation, la pensée se libère des limitations du refoulement. Freud considère d'abord les deux décisions de la fonction de jugement:

  • Le jugement d'attribution: il s'agit du jugement qui attribue ou refuse une propriété à une chose. le plus ancien critère pour attribuer ou refuser est le critère du bon et du mauvais. Ce qui se traduit ainsi dans le langage des plus anciennes pulsions: « Ceci, je veux l'introduire en moi et cela, l'exclure hors de moi. » Le moi-plaisir originel s'introjecte le bon et expulse hors de lui le mauvais. Mais le mauvais, l'étranger au moi, qui se trouve dehors, lui est d'abord identique. Un état d'indifférenciation caractérise cette première phase de l'histoire du jugement. Dans cette phase, il ne s'agit pas encore de sujet. À partir d'un moi indifférencié, le moi-plaisir se constitue, le dedans étant lié au bon, le dehors, à ce qui est mauvais.

  • L'épreuve de réalité: il s'agit du jugement qui reconnaît ou qui conteste à une représentation l'existence dans la réalité. Il concerne le moi-réalité définitif, qui se développe à partir du moi-plaisir. Cette nouvelle phase consiste à savoir si quelque chose de présent dans le moi comme représentation peut aussi être retrouvé dans la perception (la réalité). Le non-réel ou l'uniquement représenté n'est que dedans. L'autre, le réel, est aussi dans le dehors. Dans cette phase, on distingue donc, dedans, une réalité psychique et, dehors, la réalité matérielle. Il est alors important de savoir que la chose bonne, admise dans le moi et symbolisée, existe aussi dans le monde du dehors et qu'on peut s'en emparer selon le besoin. On voit que l'épreuve de réalité se fait à partir de la symbolisation de la seconde phase (l'introjection). Mais le problème de cette phase n'est pas celui de confronter une représentation à la perception qui aurait précédé. Il s'agit, dans l'ordre perceptif, de la vérification d'une perception. L'épreuve de réalité « n'est pas de trouver dans la perception réelle un objet correspondant à la représentation, mais bien de le retrouver ». On sait que, pour Freud, l'objet est, dès le départ, objet perdu. Dans la réalité, le retrouver c'est le reconnaître. La question du dehors et du dedans se pose alors de façon autre.
    En effet, si le penser peut réactualiser ce qui a été perçu une fois, alors l'objet n'a plus de raison d'être présent dehors. Du point de vue du principe de plaisir, la satisfaction pourrait aussi bien venir d'une « hallucination » de l'objet. C'est pour parer à cette tendance à halluciner que l'intervention du principe de réalité se révèle nécessaire.

Cette genèse de l'intérieur et de l'extérieur donne une vue sur la naissance du jugement à partir des pulsions primaires. L'affirmation, comme équivalent de l'unification, est le fait d'Éros. Dans le jugement d'attribution, c'est le fait d'introjecter, de nous approprier au lieu d'expulser au-dehors. L'affirmation est l'équivalent de l'unification, et la négation le successeur de l'expulsion ou de l'instinct de destruction. L'accomplissement de la fonction de jugement n'est rendu possible que par la création du symbole de la négation. D'où son indépendance à l'égard du refoulement et du principe de plaisir. D'ailleurs, selon Freud, aucun non, ne provient de l'inconscient.


La reconnaissance de l'inconscient par le moi

La reconnaissance de l'inconscient par le moi s'exprime par une formule négative. Dès les Études sur l'hystérie (1895), Freud constate cette forme particulière de résistance. Dans les rêves, il note qu'une pensée dirigée dans un sens a, auprès d'elle, une pensée de sens opposé, ces deux pensées étant liées en vertu d'une association par contraste. Puis il ajoute: « Ne pas arriver à faire quelque chose est l'expression du non. » C'est cette dimension de l'impossible que Jacques Lacan appelle le réel. Ainsi, la négation, comme symbole, s'articule au réel.


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