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La définition de Dégénérescence


La dégénérescence désigne la dégradation d'un être vivant.


L'histoire de la dégénérescence

Le terme dégénérer apparaît au XIVe siècle avec, comme sens littéral: « perdre les qualités naturelles de sa race ». Mais déjà, à la fin du XVIIIe siècle, dégénération et dégénérescence prennent très rapidement un sens médical précis, spécifique de l'anatomopathologie naissante, en tant que « transformation pathologique d'un tissu », et c'est en ce sens que ce concept continue d'être largement utilisé par les neurologues.
Aussi, les naturalistes comme Jean-Baptiste Lamarck ou Georges-Louis Buffon définissent la dégénérescence comme une « déviation naturelle de l'espèce ». Quant à Bénédict Augustin Morel en fait une « déviation maladive de l'espèce ».
Puis ce concept n'a cessé d'évoluer au cours de l'élaboration des théories successives de la dégénérescence.


La théorie de Morel

Formalisée en France au milieu du XIXe siècle, cette théorie connaît une très large diffusion dans toute l'Europe et fonctionne pratiquement comme un dogme jusqu'à la Première Guerre mondiale. Il s'agit de la première théorie étiologique globale de la folie, permettant d'insérer la psychiatrie dans le cadre de la médecine. Ainsi, elle permet à Morel de mettre au jour le principe premier des maladies mentales et d'en retrouver la classification naturelle.
Comme la plupart des aliénistes de son époque, Morel donne à l'hérédité une place tout à fait centrale dans sa théorie. En ce qui concerne le problème de l'évolution, le très catholique Morel n'est pas darwinien mais il adhère au transformisme de Buffon ou de Lamarck, selon lequel la dégénérescence est une transformation pathologique survenant sur l'homme parfait tel que Dieu l'a créé. Aussi, sa foi le conduit à décrire une relation consubstantielle de l'âme et du corps plaçant sur le même plan les causes physiques et les causes morales et lui permettant de n'assigner qu'un seul lieu d'action à la dégénérescence: le système nerveux.
Ainsi, il décrit des causes prédisposantes, physiques ou morales, individuelles ou générales, aboutissant par sommation héréditaire à constituer la prédisposition. Dans sa classification de 1860, Morel oppose des types d'affections:

  • Les affections accidentelles: elles comprennent les folies par intoxication, les folies hystérique, épileptique et hypocondriaque, les folies sympathiques, les folies idiopathiques et la démence.

  • Les affections constitutionnelles: elles comprennent les folies héréditaires. Celles-ci sont divisées en quatre classes de gravité croissante, allant de la simple exagération du tempérament nerveux, jusqu'à la classe des imbéciles, des idiots et des crétins.

Toutefois, à partir de 1860, l'oeuvre de Morel devient l'objet de nombreuses discussions et les ouvrages sur la dégénérescence commencent à se multiplier.


La théorie de Magnan

C'est à Valentin Magnan que l'on en doit la systématisation définitive, aboutissant à la définition de 1895: « La dégénérescence est l'état pathologique de l'être qui, comparativement à ses générateurs les plus immédiats, est constitutionnellement amoindri dans sa résistance psychologique et ne réalise qu'incomplètement les conditions biologiques de la lutte pour la vie: cet amoindrissement, qui se traduit par des stigmates permanents, est essentiellement progressif, sauf régénération intercurrente ; quand celle-ci fait défaut, il aboutit plus ou moins rapidement à l'anéantissement de l'espèce. » Ainsi, la référence aux générateurs immédiats et l'introduction du concept de lutte pour la vie déplacent la dégénérescence du contexte religieux à un contexte évolutionniste darwinien.
Par ailleurs, Magnan propose un modèle anatomique du système nerveux caractérisé par une hiérarchisation du névraxe de la moelle inférieure jusqu'au cerveau antérieur, à laquelle correspond une hiérarchisation des fonctions, des plus instinctives aux plus élaborées. Ainsi, à chaque lésion correspond une pathologie précise et constante. Plus précisément, c'est autour de quatre concepts fondamentaux que Magnan élabore sa théorie:

  • La prédisposition: c'est l'état initial du dégénéré en l'absence de complication. La prédisposition peut être organique, psychologique ou sociale. Elle peut être acquise ou héréditaire. Enfin, elle peut être simple (ou latente), caractérisée anatomiquement par la moindre résistance du cerveau, ou elle peut être maximale, avec atteinte cérébrale importante et diffuse.

  • Le déséquilibre: il s'agit d'une notion assez floue. Le déséquilibre qualifie la perte de synergie entre les centres nerveux et se traduit par une disparition de l'harmonie entre les différentes fonctions. En somme, le mécanisme de la déséquilibration peut se résoudre en trois termes: destruction ou arrêt de développement de certains centres, suractivité épisodique ou durable de certains autres, et diminution momentanée ou durable de certains autres.
    Les conséquences immédiates de ce désarroi sont d'abord la suppression de certaines fonctions, puis l'automatisme des centres surexcités, et enfin l'inhibition exagérée exercée sur les centres moins valides.

  • Les stigmates: ce sont les attributs de l'être nouveau qu'est le dégénéré. Ils peuvent être moraux (par exemple, une arriération intellectuelle ou affective, une inadaptation sociale) ou physiques (par exemple, des atrophies, des hypertrophies ou des dystrophies). Ils signent la dégénérescence et sont le plus souvent témoins de la fonction sur laquelle elle s'est plus particulièrement exercée.

  • Les syndromes épisodiques: ce sont des situations mentales contingentes, épisodiques et secondaires survenant chez les prédisposés. Il s'agit, par exemple, de la manie et la mélancolie, du délire chronique et des folies intermittentes chez les prédisposés simples, ou encore de la folie lucide, de la manie raisonnante, du délire polymorphe ou du délire d'emblée chez les prédisposés maximaux.
    Aussi, face à cette première catégorie d'aliénation survenant chez les dégénérés, Magnan décrit une catégorie d'aliénations accidentelles liées à des facteurs étiologiques puissants, uniques et acquis. Elle regroupe certains délires, les folies toxiques et les démences organiques.

  • La question du traitement: en déplaçant la problématique de la maladie mentale sur le terrain de l'hérédité, la théorie de la dégénérescence déplaçait en même temps la problématique du traitement individuel sur celle de la prophylaxie sociale. En fait, la dégénérescence porte déjà en elle-même un remède efficace puisqu'elle aboutit naturellement à la stérilité au bout de quelques générations.
    Le rôle du médecin se limite alors à aider la nature en réduisant les effets des causes prédisposantes par des règles d'hygiène, des conseils pédagogiques et des conseils eugéniques pour enrayer la progression dégénérative. Mais très rapidement, au contact des théories de défense sociale, le traitement moral de l'individu devient la moralisation des masses, la prophylaxie individuelle devient le dépistage des dégénérés à isoler, les conseils eugéniques se fixent dans des législations parfois draconiennes allant jusqu'à l'interdiction du mariage, voire à la stérilisation.

Le génie et le crime

Une telle théorie ne pouvait manquer d'être utilisée dans les polémiques sur les rapports de la folie avec le génie et le crime. Ainsi, Frédéric Voisin individualise le concept de génie partiel, et Jacques-Joseph Moreau de Tours montre que le génie est une névrose qui trouve sa source dans le même terreau que la folie. Pour Magnan et ses disciples, ce terrain est naturellement la dégénérescence, et le génie n'est, le plus souvent, qu'un dégénéré supérieur. Quant aux criminologues, ils sont très rapidement attirés par cette théorie qui permet une explication cohérente du crime, et qui se révèle particulièrement utile dans l'expertise psychiatrique. Ainsi, il est désormais possible aux experts de distinguer le criminel accidentel, exempt de maladies mentales et donc responsable, du criminel dégénéré et irresponsable.
Si le crime n'est pour Morel et Magnan qu'un stigmate parmi d'autres, Cesare Lombroso propose d'individualiser une véritable classe de criminels-nés, dégénérés, dont la décompensation se fait inéluctablement sur le mode antisocial.


La dégénérescence nerveuse

Il s'agit d'un processus au cours duquel apparaissent, dans un neurone, des altérations structurales et fonctionnelles consécutives à la section ou à la compression de l'axone.
L'axone et la gaine de myéline séparés du corps cellulaire subissent une désintégration progressive. Aussi, lorsqu'il s'agit d'une fibre nerveuse périphérique, cette dégénérescence antérograde est qualifiée de wallérienne. Il apparaît également une dégénérescence rétrograde. Celle-ci se traduit par des modifications importantes du bout central de l'axone et du soma, notamment par un gonflement du corps cellulaire, par la disparition des corps de Nissl (ou chromatolyse), et par l'excentration du noyau.
Par ailleurs, la dégénérescence transneuronique (ou transsynaptique) peut être à la fois antérograde et rétrograde. Elle correspond à des altérations localisées dans les neurones qui ont des contacts directs avec le neurone lésé. La dégénérescence des neurones du corps genouillé latéral après section du nerf optique en représente un exemple typique.


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