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La définition de Corps



Le corps en psychanalyse

Le corps est un concept traditionnellement opposé à celui de psychisme. Ce concept et ce dualisme se sont trouvés complètement bouleversés avec, d'une part, l'introduction par Sigmund Freud des concepts de conversion hystérique et de pulsion, et d'autre part, l'élaboration par Jacques Lacan des concepts de corps propre, d'image spéculaire, de corps réel, de corps symbolique, de corps des signifiants et d'objet a.
Par ailleurs, avec les hystériques, Freud découvrit la sensibilité toute particulière de leur corps aux représentations inconscientes. Aussi, pour désigner le transport de l'énergie libidinale et l'inscription des pensées inconscientes dans le corps, Freud fit appel au concept de conversion. En 1905, il précisait que les représentations refoulées « parlaient dans le corps ». Freud disait également que les symptômes hystériques étaient autant de messages, codés, semblables aux hiéroglyphes, adressés par l'individu à qui voudrait bien les entendre, espérant et craignant tout à la fois que cet autre puisse aussi les déchiffrer. Cette même année, Freud avançait le concept de pulsion, concept limite entre le psychique et le somatique désignant la délégation énergétique envoyée par une excitation somatique d'origine interne dans le psychisme.
De son côté, Lacan a abordé le corps dans les trois registres fondamentaux de son enseignement: le réel, l'imaginaire et le symbolique.


Le corps et l'imaginaire

Lacan traite de la constitution de l'image du corps en tant que totalité et de la naissance corrélative du moi. Selon lui, l'image unifiante du corps s'édifie à partir de l'image que lui renvoie le miroir de l'Autre, c'est-à-dire l'image de l'Autre et l'image de soi dans le regard de l'Autre, notamment la mère.
On comprend que Lacan désigne souvent cette image du corps par l'expression image spéculaire. En effet, l'image spéculaire résulte de la conjonction du corps réel en tant qu'organique, de l'image de l'Autre et de l'image qu'en propose l'Autre, ainsi que des paroles de reconnaissance de ce même Autre
Pour Lacan, le corps imaginaire, c'est aussi le sac troué des objets a, bouts de corps imaginairement perdus dont les plus typiques sont le sein, les excréments, la voix et le regard. À cette liste s'ajoute un bout de corps très particulier, le phallus en tant que manquant. Ce manque constitué par l'objet a cause le désir, c'est-à-dire la quête dans le corps de l'autre d'un objet a imaginaire, ou du phallus imaginaire, censé venir faire bouchon à ce manque fondamental. Cette quête implique l'érogénéisation des zones orificielles pulsionnelles du sac corporel (la bouche, l'anus, l’œil et l'oreille, mais aussi de certains de ses appendices comme le mamelon et le pénis).
En tant que bout de corps pour le désir de l'autre, le corps est aussi le lieu de la jouissance et donc de l'envie et de la jalousie.


Le corps et le symbolique

Lacan a introduit le concept de corps des signifiants. Ce concept désigne l'ensemble des signifiants conscients, refoulés ou forclos d'un individu ainsi que leur modalité générale et singulière d'organisation. Les paroles qui constituent le corps des signifiants et donc le sujet de l'inconscient peuvent avoir été dites ou pensées bien avant la conception de l'enfant.
Ces signifiants concernent d'abord son identité (le nom, le prénom, la place dans la généalogie, le sexe, le milieu social, etc...). À cet héritage d'avant la naissance vient s'ajouter la constellation des signifiants qui véhiculent les désirs, conscients et inconscients, des Autres parentaux et qui constituent l'aliénation symbolique de l'individu. Pour Lacan, le psychotique échappe à cette aliénation symbolique par la forclusion du signifiant du phallus.
Certains des signifiants des premiers bains langagiers de l'enfant s'inscrivent dans la mémoire psychique, d'autres se gravent dans le corps. Des mots, des syllabes, des phonèmes, de simples lettres peuvent affecter le corps de chacun, quelle que soit sa structure. C'est pourquoi on a pu dire que le corps était un livre de chair dans lequel s'inscrivaient les signifiants de la demande et donc du désir de l'Autre. Lorsque l'on veut insister sur l'impact de la parole sur le corps, on dit plutôt que le corps est parlé.
Remarquons que ce corps symbolique apparaît également dans l'existence que lui donne toute nomination indépendamment de sa présence organique, que ce soit avant sa conception ou après sa mort, voire après sa complète disparition comme entité biologique. Par exemple, les rites mortuaires et tous ceux qui concernent la mémoire des morts sont les témoins de cette existence particulière du corps symbolique.


Le corps et le réel

Chez Lacan, le concept de réel est susceptible d'au moins trois significations spécifiques: l'impossible, le résistant et l'objet du rejet. Le réel du corps est constitué par tout ce qui du corps échappe aux tentatives d'imaginarisation et de symbolisation. Bien qu'il soit absurde de cerner avec des mots ce qui constitue l'impossible à dire, on peut néanmoins l'approcher en pensant aux diverses théories du corps. Bien qu'un certain nombre de ces théories ne soient pas dénuées d'intérêt pratique, toutes sont incomplètes et aucune ne dit le tout du corps. En effet, le réel du corps leur échappe, non par inachèvement de la science mais par la structure même du monde et des sciences.
Un autre réel trouve une place importante dans l'enseignement de Lacan. Il est ce à quoi l'on se heurte, ce qui revient toujours à la même place, ce qui vient faire obstacle à nos vœux et à nos désirs, notamment aux vœux infantiles de toute-puissance de la pensée. On appelle souvent ce corps le corps réel, et l'on rassemble sous cette appellation la différence anatomique des sexes et la mort en tant qu'inévitable destruction du soma. Chez Lacan, on retrouve aussi sous cette appellation la prématuration organique du nouveau-né, son patrimoine génétique et le morcellement corporel originaire, oblitéré par l'image unifiante du corps.
Tout ce qui du corps résiste ne fait pas nécessairement l'objet d'un rejet culturel ou particulier. Néanmoins, ce peut être le cas. On a ainsi souvent noté, dans notre culture, la tendance plus ou moins prononcée à la méconnaissance infantile de la différence des sexes et de l'absence du pénis chez la mère. L'être désirant assume aussi difficilement la non-existence du rapport sexuel et la mort comme destin final de chaque corps. En outre, on sait que chacun peut rejeter l'une ou l'autre de ses caractéristiques corporelles particulières.


Le corps propre

Il s'agit de l'ensemble des rapports vécus par l'individu des différents aspects et parties de son corps, en tant qu'ils se sont progressivement intégrés à l'unité de sa personne.
Henri Wallon s'est particulièrement intéressé à la genèse de l'intégration à l'unité de la personne (ou corps propre), et en a observé les étapes chez le jeune enfant. Ainsi, dès la fin du 2e mois apparaît un intérêt net pour la main, que le nourrisson regarde et suit des yeux lorsqu'elle traverse fortuitement son champ visuel. Au cours des mois suivants, l'enfant joue avec différentes parties de son corps et observe les conséquences. L'exploration systématique débute à la fin de la première année mais les parties du corps ainsi découvertes, identifiées, sont, jusqu'à 2 ans, traitées comme des objets extérieurs à lui, au même titre que des jouets. La délimitation entre son corps et le monde extérieur demeure longtemps vague et indécise.


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