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La définition de Construction


La construction désigne l'élaboration faite par le psychanalyste afin de retrouver ce que l'individu a oublié et dont il ne peut se souvenir. Aussi, la communication au patient de la construction agirait dans la cure parallèlement à l'interprétation.


La différence entre la construction et l'interprétation

La question de la construction peut donner l'occasion d'une réflexion d'ensemble sur la nature même du processus psychanalytique. Sigmund Freud rappelle dans son article Constructions dans l'analyse, que l'analyste souhaite, dans son travail, lever l'amnésie infantile liée au refoulement, obtenir « une image fidèle des années oubliées par son patient ». Mais précisément parce que celui-ci ne peut tout se remémorer, l'analyste se trouve conduit à construire ce qui a été oublié. Ainsi, selon Freud, le psychanalyste procède comme l'archéologue qui reconstruit les parois de l'édifice d'après des pans de murs restés debout, retrouve le nombre et la place des colonnes d'après des cavités du sol, ou encore reconstitue les décorations d'après de simples vestiges.
On voit combien une telle métaphore peut nous éloigner de la représentation du travail psychanalytique que nous aurions en centrant les choses sur la question de l'interprétation. Aussi, Freud précise que l'interprétation porte toujours sur le détail (acte manqué, idée incidente, etc...). En revanche, toujours selon cet auteur, la construction viserait à reconstituer puis à communiquer à l'analysé un panorama beaucoup plus vaste, « une période oubliée de sa préhistoire ».


L'histoire de la construction en psychanalyse

Ce thème de la construction peut assurément poser problème, dans la mesure où il apparaît sur le fond de préoccupations techniques qui devaient mener à privilégier l'analyse des résistances. En effet, au début de l'histoire de la psychanalyse, le matériel semblait devoir toujours être disponible pour l'interprétation, soit qu'il revienne directement dans le souvenir, soit qu'il transparaisse à travers les rêves par exemple. Par la suite, l'inconscient sembla en quelque sorte se refermer. La résistance, qui traduisait dans la cure le refoulement du désir inconscient, apparut comme plus essentielle, et l'on put penser qu'il fallait l'analyser prioritairement, comme si c'était là la seule voie d'accès au désir inconscient lui-même.
Or le thème de la construction semble bien se développer sur le fond de cette déception. Il témoigne en tout cas d'une perception des limites de l'interprétation. On peut par ailleurs regretter qu'il donne de l'analyste l'image de quelqu'un qui possède un savoir sur l'analysant, alors que le praticien se situe plutôt au point où ce qui fait énigme doit être sans cesse rappelé, afin que l'individu ne s'enferme pas dans une représentation figée de son propre désir, qui serait du côté de la méconnaissance moïque plutôt que de l'irruption de la vérité de l'inconscient.


L'effet de la construction

Freud s'interroge sur la construction. Quand l'analyste communique une construction au patient, l'essentiel, selon lui, est de savoir l'effet que cette intervention provoque. Des réponses comme « je n'aurais jamais pensé cela » représentent les confirmations les plus satisfaisantes. Plus généralement, une interprétation se révèle satisfaisante si elle permet l'apparition d'associations nouvelles, si elle relance le travail de l'analysant. Freud développe alors une idée qui paraît essentielle, et qui peut nous permettre de concevoir la construction d'une manière totalement différente. Il est tout à fait possible, dit-il, que nul souvenir ne vienne confirmer chez les patients l'exactitude de la construction, ce qui ne la rend pas pour autant moins pertinente.
On voit qu'on est loin ici de l'idée de retrouver à toute force une image fidèle des premières années de la vie. La construction doit être alors pensée dans un tout autre contexte. Elle prend sa valeur dans l'analyse elle-même, en venant relier les éléments essentiels qui s'en dégagent, et qui s'actualisent dans le transfert. L'essentiel ici n'est pas l'exactitude événementielle, mais le fait que l'analysant perçoive mieux ce qui dans sa vie a valeur structurale, ce qui ne cesse de s'y répéter, et que, jusqu'alors, il méconnaissait néanmoins.
Finalement, si l'idée de construction garde ou retrouve pour nous une valeur, c'est qu'elle renvoie à la nécessité, pour l'analyste, de retrouver dans chaque cure ce qui a cette dimension structurale, et notamment le fantasme fondamental qui organise la vie de l'individu. En ce sens il n'y a pas de discontinuité entre l'activité théorique apparemment la plus abstraite, l'élaboration topologique de Jacques Lacan par exemple, et l'élaboration qui se fait dans chaque cure. On pourrait dire, en pensant aux anneaux borroméens, qu'il s'agit dans chaque cas de repérer la façon dont viennent se nouer ces registres essentiels pour chacun que sont le réel, le symbolique et l'imaginaire. Que l'analyse puisse modifier quelque chose d'un nouage mal fait, c'est la question sur laquelle on peut conclure.


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