Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par C > La définition de constance


La définition de Constance


D'une manière générale, la constance désigne une corrélation entre deux applications successives du même test aux mêmes personnes. C'est une forme de fidélité du test.


Le principe de constance

Il s'agit d'un principe proposé par Sigmund Freud comme fondement économique du principe de plaisir. Selon ce principe, l'appareil psychique viserait à maintenir constant son niveau d'excitation par divers mécanismes d'autorégulation.
En 1873, Gustav Fechner avait déjà émis l'hypothèse d'un principe de stabilité qui étendait au domaine de la psychophysiologie le principe général de la conservation de l'énergie. Aussi, dans ses premières formulations théoriques, Freud ne s'attache pas à décrire un système d'autorégulation de l'organisme où domine le principe de constance. De son point de vue, le fonctionnement du système nerveux est soumis au principe d'inertie, ce qui signifie pour Freud qu'il obéit à la tendance des neurones à se débarrasser d'une certaine quantité d'excitation. Dès lors, la loi de constance n'est que l'infléchissement provisoire du principe d'inertie imposé par les urgences de la vie.
Cette hypothèse sera reprise et précisée dans L'interprétation des rêves (1900), où l'on voit que l'écoulement libre des quantités d'excitation caractérisant le système inconscient se trouve inhibé dans le système préconscient-conscient. Cette hypothèse préfigure l'opposition du principe de plaisir et du principe de réalité, marqué par la tendance à maintenir constant le niveau d'excitation.
Ce n'est qu'en 1920, dans Au-delà du principe de plaisir, que l'on trouve la formulation définitive du principe de constance. Ce dernier y est assimilé au principe de nirvana entendu comme « tendance à la réduction, à la suppression d'excitation interne ». Cette note qui semble marquer l'abandon de la distinction entre principe d'inertie et principe de constance n'est peut-être qu'apparente, dans la mesure où Freud caractérise la pulsion de mort par la tendance à la réduction absolue des tensions et retrouve dans la pulsion de vie l'infléchissement de cette tendance sous l'effet organisateur d'Éros.


La constante perceptive

La constante perceptive correspond au fait de percevoir comme invariantes des propriétés intrinsèques d'objet en dépit d'un déplacement ou d'un changement de position propre ou en dépit de ceux que subit l'objet. Tout changement de position ou de localisation dans l'espace modifie les rapports perceptifs d'un observateur à ce qu'il observe, en transformant tout ou partie des caractères de l'excitation sensorielle. Pourtant, on n'attribue pas à un adulte à grande distance la taille d'un enfant. De même, un tissu transporté de la lumière dans l'ombre n'est pas confondu avec un tissu teint d'une couleur plus sombre. Ou encore, un rectangle incliné n'est pas identifié à un trapèze ou à un losange. La constance nous fait distinguer ce qui est changement d'état d'un changement de position, et la réalité de l'apparence.
Ce phénomène s'applique à tous les descripteurs d'objet (couleur, forme, taille, poids, son, odeur, saveur, etc...). Toutes les modalités sensorielles extéroceptives paraissent capables de le produire. Toutefois, c'est à la perception visuelle que s'est adressé le plus grand nombre d'études empiriques et théoriques.
Par ailleurs, les études expérimentales de la constance ont mis en évidence sa sensibilité à de nombreux facteurs de variation. Parmi les facteurs de situation, le contexte spatial joue un rôle déterminant. En effet, sans repère de distance et d'inclinaison, les constances de taille et de forme chutent. La perception de l'individu s'ajuste alors à la valeur apparente de la propriété considérée. D'autres variables, telles que la familiarité, la signification, jouent également un rôle. D'autres variables encore, inhérentes à l'observateur, influent sur la constance. Il s'agit notamment de l'âge. Cela témoigne d'une influence de l'expérience qui n'est pas nécessairement l'effet d'apprentissages. Mais la personnalité, le style cognitif, le niveau intellectuel, la culture sont aussi susceptibles de peser sur le niveau de constance observé. De fait, la constance apparaît comme une réponse complexe, un jugement interprétatif de la réalité.


Le développement des constances

Pour l'adulte, l'identité d'un objet solide, de quelque point de vue qu'il le perçoive, est si évidente et assurée qu'elle lui paraît naturelle. Toutefois, les mesures de constance perceptive recueillies à des âges successifs, pour des propriétés diverses, mettent en évidence des variations communes et ordonnées, ce qui soulève la question de savoir si cette ordonnance exprime ou non un développement. Les faits qui alimentent la discussion peuvent être résumés de la façon suivante: la constance perceptive augmente avec l'âge, jusqu'à une valeur maximale, puis diminue et se stabilise à un niveau légèrement inférieur. Cette évolution peut être représentée par une courbe en U inversé dont les deux branches ne sont pas symétriques. A une élévation de niveau importante et rapide succède un abaissement plus lent et bien moins ample, de sorte que le niveau moyen de constance de l'adulte est notablement plus élevé que celui de l'enfant de 5 ans.
Cette évolution a été observée pour des qualités visuelles telles que la forme, la taille, la couleur. Elle a été également remarquée pour l'intensité et la hauteur tonale de sons. La reconnaissance d'une mélodie transposée d'un ton dans un autre, qui manifeste l'extraction d'une invariance formelle en dépit des variations de fréquence, peut être assimilée à une constance perceptive. Il en est de même pour toute extraction d'une propriété intrinsèque à un objet ou caractérisant une forme malgré ses changements apparents, dus à un déplacement spatial ou temporel. Aussi, l'estimation de durées similaires en dépit des activités différentes qui les remplissent en offre un exemple. Mais, bien qu'il soit couramment répété que toutes les qualités d'objet discernables dans une modalité sensorielle quelconque peuvent donner lieu à constance perceptive, la plupart des recherches se sont intéressées à la perception visuelle. Ce sont donc les constances de forme, de taille et de couleur qui font référence pour juger du développement de la constance, considérée comme phénomène générique.

Si la constance de ces trois propriétés évolue, suivant l'âge, de façon comparable, il n'en subsiste pas moins des décalages importants. Les évolutions ne couvrent donc pas des échelles d'âges identiques. Elles diffèrent quant à l'âge d'accession à un maximum de constance mais beaucoup moins quant à la valeur de ce maximum, toujours très élevée (entre 0,85 et 1). Ainsi, le maximum de constance de forme est atteint vers 9-10 ans alors que le maximum de constance de taille se situe entre 7 et 9 ans. Ce décalage, ainsi que l'allure de la diminution qui précède la stabilisation, a conduit à s'interroger sur ce dont est faite la réponse de constance.
L'interprétation générale des courbes à maximum consiste à supposer un changement qualitatif, une succession de deux mécanismes différents. L'élévation de constance est ainsi considérée comme une perception sélective et de plus en plus fine de la qualité étudiée, qui néglige les changements dits apparents. Les estimations de taille ou de forme produites par les enfants seraient alors indépendantes des positions spatiales. Puis les perceptions s'étendent, c'est-à-dire englobent plus d'aspects et de dimensions et deviennent aussi plus analytiques, de sorte que les changements de position seraient pris en compte et cela amènerait à un compromis ou à une composition exprimés par une diminution de la constance et marquant un changement d'ordre qualitatif.


Les interprétations théoriques de l'évolution des constances

La conception selon laquelle l'évolution des constances en fonction de l'âge chronologique représente bien un processus de développement n'a jamais été acceptée sans réticence. La théorie de la forme lui a opposé les deux arguments suivants:

  • Si la constance perceptive se rencontre, comme cela a été montré, dans les espèces inférieures (chez le poisson, la pieuvre, l'oiseau, etc...), c'est qu'elle ne requiert pas une organisation nerveuse de haut niveau. Elle ne pourrait être qu'innée chez l'être humain et devrait être mise au rang des phénomènes perceptifs primaires.

  • L'exercice ne modifie pas les perceptions primaires.

En outre, les recherches neurophysiologiques menées sur des animaux nouveau-nés et très jeunes ont montré que les spécificités fonctionnelles qui, dans une structure corticale sensorielle, permettent de distinguer les neurones récepteurs en fonction de la dimension du réel à laquelle ils répondent ne sont pas établies à la naissance, mais élaborées rapidement par l'expérience perceptive, pour peu que l'environnement le permette. Ce processus de construction est lié à une plasticité nerveuse éphémère et ne peut donc s'accomplir que dans une durée limitée.
Par ailleurs, dans les études comportementales, l'adoption de méthodes plus souples que le conditionnement pavlovien utilisé autour de 1930 ont permis de montrer que le jeune nourrisson humain, voire le nouveau-né, est capable de constance perceptive. Cela remet en cause l'origine des évolutions proposées comme modèles. Toutefois, on ne dispose pas, pour la prime enfance, de mesures de constance strictement comparables à celles recueillies chez l'enfant à partir de 3 ans. L'avancement des connaissances demande qu'on ne se contente plus d'attestations, mais que des mesures soient effectuées à des âges précoces de manière qu'on puisse envisager si les mécanismes des réponses de constance fournies par le nourrisson sont ou non différents de ceux qui sont supposés à des âges ultérieurs.


Autres termes psychologiques :