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La définition de Conscience


La conscience désigne la propriété de réflexivité de l'être humain qui lui permet d'avoir des expériences subjectives, ce qui fait que l'individu peut dire des choses à propos de ses propres actes mentaux, de ses états émotionnels, de ses perceptions sensorielles et de ses croyances.


Les propriétés de la conscience

Une des propriétés fondamentales de la conscience est le fait qu'elle se rapporte toujours à autre chose qu'elle-même: elle est conscience de quelque chose. Cette propriété est celle de l'intentionnalité de la conscience.
Par ailleurs, on distingue plusieurs sens à l'expression « être conscient de... ». Elle peut désigner la conscience préréfléchie, qui elle concerne la conscience qu'un individu a du monde dans lequel il agit (les objets, les autres, les connaissances), et la conscience réfléchie, qui est conscience du fait d'avoir conscience du monde.


La conscience préréfléchie

La conscience préréfléchie accompagne notre action (je n'ai pas besoin de savoir que je sais faire, pour savoir le faire). Dans le langage de Jean Piaget, elle est connaissance en acte, ou encore connaissance antérieure à la prise de conscience. Une conséquence pratique est que, si l'on demande à un individu de décrire son action, une bonne partie de son savoir n'est pas immédiatement verbalisable parce qu'il n'est pas encore conscientisé. Fonctionnellement, l'action réussie n'a pas besoin d'être pilotée en permanence par la conscience réfléchie.
Enfin, la conscience préréfléchie permet de repérer une forme particulière de non-conscience (au sens d'incapacité de nommer) qui ne relève pas de l'inconscient (au sens de Sigmund Freud). Ce dernier est défini par l'hypothèse de la censure, donc d'une instance qui fait obstacle à la prise de conscience. La conscience préréfléchie se distingue également du préconscient. En effet, le savoir préconscient a déjà fait l'objet d'une prise de conscience, mais n'est pas disponible au moment même. Il qualifie descriptivement tout ce qui n'est pas présent à la conscience (réfléchie) au moment même mais qui pourrait l'être, alors que le savoir préréfléchi concerne ce qui n'a pas encore fait l'objet d'une prise de conscience, sans pour autant qu'il y ait censure.
La seule forme de non-conscient qui soit vouée à le rester est celle qui concerne les domaines inaccessibles à l'expérience subjective. C'est le cas des faits que l'individu ne peut en aucun cas observer, comme les décharges des neurones ou le fonctionnement des cellules hépatiques. C'est aussi le cas de ce qui n'existe que conceptuellement, comme les structures linguistiques profondes ou les structures opératoires de l'intelligence. Néanmoins, l'inconscient freudien, le préconscient, préréfléchi ont tous la possibilité d'être amenés à la conscience réfléchie, plus ou moins facilement.
Selon Piaget, cette prise de conscience est une nouvelle élaboration des connaissances du plan psychologique à un autre. Par exemple du plan de l'action à celui de la représentation, du plan de la représentation concrète à celui de la représentation formelle. Il s'agit donc d'un véritable travail cognitif dont la mise en oeuvre n'a rien d'automatique et dont la réalisation suppose une élaboration. Cela permet de comprendre qu'une part importante de notre vécu reste préréfléchie. La plupart des techniques d'introspection du début du siècle ont ignoré ce point et ont été sévèrement limitées dans la possibilité de faire décrire l'expérience subjective. La technique de l'entretien d'explicitation permet de surmonter ces difficultés en créant les conditions qui permettent le réfléchissement du vécu avant d'en solliciter la description.
Après avoir été un des thèmes essentiels des débuts de la psychologie scientifique, la conscience, sous l'influence du béhaviorisme, s'est vu refuser tout intérêt scientifique pendant longtemps. Les travaux de Piaget dans les années 1970 sur la prise de conscience lui ont redonné un statut scientifique. Mais, avec le développement massif des sciences cognitives, ce thème apparaît actuellement essentiel.


La conscience selon Freud

Pour Freud, la conscience n'est qu'une partie du psychique et n'a pas connaissance de certains phénomènes, ceux précisément qui l'obligent à postuler l'inconscient. Cette position, négative en quelque sorte, n'est pas une définition. Freud n'éprouve pas le besoin d'en donner une. D'ailleurs, il précise que la conscience « ne se peut ni expliquer, ni décrire. Cependant, lorsqu'on parle de conscience, chacun sait immédiatement par expérience de quoi il s'agit ». Il en consigne les caractéristiques au gré de son travail.
Ainsi, selon Freud, l'acte psychique qui permet le devenir conscient est soutenu par l'attention, fonction psychique sur laquelle il insiste à plusieurs reprises, remarquant sa nécessité en raison de la fugacité spontanée de la conscience. L'orientation de l'attention favorise le passage vers le conscient des représentations préconscientes, tout autant que l'énergie investie dans lesdites représentations. L'inconscient, quant à lui, « ne peut en aucun cas devenir conscient » en dehors du travail de la cure, qui doit permettre la prise de conscience du refoulé.
La fonction psychique de l'attention permet qu'un système de repères qui se consignent dans la mémoire dont le siège est le préconscient se constitue. Parmi les perceptions qui parviennent à la conscience, c'est l'épreuve de réalité qui, au niveau du préconscient, a fait le tri et décidé de leur rejet ou de leur acceptation. Du fait que la mémoire et la conscience s'excluent, cette dernière ne peut être le siège de la connaissance et ce point va donc à l'encontre de la pensée contemporaine de Freud. Par contre, l'identité de la conscience et de la raison se comprend mieux dans la mesure où l'exercice de celle-ci est discontinu. À ce propos, la relation au temps est, dit Freud, « liée au travail du système conscient ». C'est aussi à la conscience qu'appartiennent « le prononcé de jugement impartial » et la transformation « de la décharge motrice en agir ». Enfin, c'est elle qui régit l'affectivité.
Totem et Tabou voit l'introduction de la conscience morale comme « la perception interne du rejet de certains désirs que nous éprouvons ». Les textes ultérieurs, et plus particulièrement la deuxième topique: le moi, le surmoi et le ça, distinguent la conscience morale de la conscience. « Nous la compterons [la conscience morale] avec la censure de la conscience et l'épreuve de réalité au nombre des grandes institutions du moi. » Dès lors, le moi occupe une position centrale, et la conscience morale, à laquelle se trouvent liées la culpabilité et l'angoisse, prend une dimension analytique.


La conscience selon Lacan

50 ans après L'interprétation des rêves (1900), Lacan constate que l'essentiel du message de Freud semble oublié, voire rejeté. Nombre des disciples de ce dernier et nommément sa fille centrent le travail de la cure sur le moi et ses résistances, c'est-à-dire sur le conscient. Lacan insiste sur « le retournement de perspective qu'impose l'analyse ». Il avance en partant de la critique du cogito que « ce qui pense est barré de la conscience et que le sujet qui parle, c'est le sujet de l'inconscient ». Il opère dès lors une véritable fracture dans la théorie analytique en séparant ce sujet de l'inconscient du moi conscient et en réaffirmant la dimension imaginaire de celui-ci, comme il l'avait fait dès 1936, dans sa communication sur Le stade du miroir.
Certes, la fascination s'y révèle nécessaire à la constitution du moi mais ne peut se poursuivre dans la cure. Ici, la conscience, support du moi, n'a plus une place centrale. Selon Lacan, le moi n'est que la somme des identifications successives, ce qui lui donne le statut d'être un autre pour lui-même, et c'est le sujet de l'inconscient qui nous interroge. Entre les deux, « il y a non seulement dissymétrie absolue mais différence radicale ».
Lacan ne néglige pas la conscience mais il en dénonce les illusions. Pour lui, la conscience n'est pas connaissance mais mé-connaissance, où il joue sur le double sens du . En outre, il ne laisse pas la perception dans son statut freudien de pur filtre. Il la structure en la liant au symbolique, car à quoi servirait le perçu s'il n'était pas nommé? Quant au désir, étant en grande partie inconscient, il échappe dans cette mesure à la conscience. Celle-ci n'est placée sur aucune des différentes configurations du nœud borroméen.
Malgré la reprise par Lacan des textes de Freud, il s'établit entre leurs deux conceptions de la conscience une distance qui ne peut que retentir sur la conduite de la cure. Et pourtant, Lacan écrit: « Son expérience impose à Freud de refondre la structure du sujet humain en le décentrant par rapport au moi, et en rejetant la conscience dans une position sans doute essentielle, mais problématique. Je dirais que le caractère insaisissable, irréductible par rapport au fonctionnement du vivant, de la conscience, c'est dans l'oeuvre de Freud quelque chose d'aussi important à saisir que ce qu'il nous a apporté sur l'inconscient. »


La conscience de soi

Il s'agit de la prise de connaissance de soi-même en tant qu'être distinct d'autrui. L'évolution de la prise de conscience de soi a été particulièrement étudiée par Henri Wallon, qui voit dans la genèse du moi l'effet d'une différenciation réciproque, progressive, d'avec l'autre à partir d'une symbiose affective initiale. L'amorce de cette différenciation apparaît sous la forme de jalousie vers 9 mois (donc à peu près en même temps que se manifeste la peur de l'étranger), et de sympathie vers 14 mois. Cette dernière témoigne encore d'une certaine confusion entre soi et autrui car l'enfant réagit à ce qui atteint l'autre comme s'il était lui-même en jeu.
Par la suite, des jeux d'alternance et de réciprocité entre deux partenaires vont se poursuivre pendant une assez longue période. Chaque partenaire est alternativement actif et passif et c'est par la répétition d'un même acte dont il est tour à tour l'agent et l'objet que l'enfant va peu à peu parvenir à un dédoublement entre celui qui agit et celui qui subit. Dans ces jeux d'alternance, les deux partenaires conservent d'abord une sorte d'équivalence essentielle, deux individus si l'on veut, mais parfaitement assimilables et interchangeables.
Enfin, vers 7 ans, seule la représentation va lui permettre d'identifier solidairement sa personnalité et celle des autres en dépassant l'espace de ses perceptions et de ses images pour les ordonner comme de simples symboles dans une sorte d'espace idéal, dans un espace d'ultra-perception.


L'échelle de conscience de soi

Les individus ont, à des degrés différents, une tendance stable à diriger leur attention vers eux-mêmes. Aussi, une échelle de conscience de soi a été élaborée par Allan Fenigstein, Michael Scheier et Arnold Buss, en 1975. Elle distingue la conscience de soi privée, la conscience de soi publique et l'anxiété sociale.
En 1982, Darrell Christensen a également construit une échelle de conscience de soi comme comportement social inadapté.


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