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La définition de Cognition


La cognition désigne l'ensemble des activités intellectuelles et des processus qui se rapportent à la connaissance et à la fonction qui la réalise.


La cognition et la connaissance

Certains auteurs considèrent parfois la cognition comme un équivalent de la connaissance, en tant que désignation, soit d'un processus (l'activité de connaître), soit d'entités que l'on peut considérer, manipuler et transformer (les connaissances). Ces auteurs se rencontrent plutôt chez les informaticiens, les logiciens, etc..., qui ont normalement affaire à des connaissances exactes (vraies) et à des raisonnements valides.
Les psychologues, eux, prennent en considération en général de façon beaucoup plus forte les possibilités d'erreur ou de biais qui se rencontrent normalement au cours de la constitution ou du développement des représentations mentales, aussi bien que de leur manipulation. Ainsi, ils considèrent ces erreurs et ces biais comme des phénomènes naturels au même titre que les connaissances exactes et les raisonnements valides. L'étude objective de ces distorsions apporte beaucoup d'informations, et finalement une connaissance objective et scientifique de second degré sur les processus de la connaissance et la nature de celle-ci. Les résultats peuvent en être intégrés au domaine plus vaste auquel contribuent la logique, le traitement informatique des connaissances, la linguistique, etc...
Dans cette optique, il n'y a pas d'équivalence entre cognition et connaissance, le premier des deux concepts étant alors plus général que l'autre. Plus précisément, la connaissance est l'objectif, ou la fonction de la cognition. La définition de cette dernière recouvre donc à la fois l'ensemble des activités qui concourent à la connaissance, qu'elles fonctionnent de façon correcte ou plus ou moins incorrecte, et l'ensemble des produits de ces activités, qu'il s'agisse de connaissances proprement dites ou de représentations et de croyances approximatives.


La cognition animale

Il s'agit de l'ensemble des opérations intellectuelles ou mentales que réalise un être vivant dans l'élaboration d'un savoir sur le monde et/ou dans la construction de son monde propre (ou Umwelt).
Chez l'Animal, la question qui se pose est de décider si cette construction repose sur des éléments appartenant au monde lui-même (données objectives) ou à des substituts, des symboles (intentionnalité). Dans le premier cas, le système de pensée est béhavioriste, dans l'autre, cognitiviste.
Par ailleurs, le phénomène de cognition recouvre deux ordres de processus:

  • Les opérations qui permettent la construction d'éléments de base (les images, les symboles, les concepts).
  • Les opérations qui portent sur ces éléments et les relient entre eux (par exemple, le raisonnement).

Ainsi, le comportement est parfois défini comme une réalisation de processus cognitifs qui commencent à la perception elle-même pour certains auteurs et peuvent aller jusqu'à la conceptualisation.
Aujourd'hui, les études sur la cognition animale s'intègrent dans le grand ensemble des sciences et techniques de la cognition (S.T.C.), qui regroupe aussi bien des linguistes, des psychologues et des épistémologues que des neurophysiologistes ou des spécialistes de l'intelligence artificielle.
Ainsi, les modèles de fonctionnement cognitif qui pourront résulter des échanges interdisciplinaires auront des conséquences générales. En effet, selon la conception que ces modèles auront du traitement des informations, celles-ci seront considérées comme ayant une signification par elles-mêmes ou comme de simples perturbations. Aussi, le choix d'une position entre ces deux extrêmes dépendra du rôle d'instruction de la réalité que l'on attribuera au milieu et/ou à la conscience.


La cognition sociale

Selon David Hamilton, il s'agit d'un processus qui implique la « considération de tous les facteurs influençant l'acquisition, la représentation et le rappel de l'information concernant les personnes ainsi que les relations de ces processus avec les jugements réalisés par l'observateur ». En revanche, selon Susan Fiske et Shelley Taylor, la cognition sociale désigne l'étude de « la façon dont le commun des mortels pense au sujet des gens et comment il pense qu'il pense au sujet des gens ».
Ces deux définitions sont aussi bien acceptées l'une que l'autre.Toutefois, ces deux définitions soulignent des aspects différents de la perception des personnes. L'insistance de Fiske et Taylor sur la façon dont les gens pensent renvoie à la formation d'impressions et à la psychologie sociale naïve telle que l'entendaient Solomon Asch et Fritz Heider. Si on suppose que les gens agissent consciemment ou inconsciemment en fonction de leurs croyances, pourquoi ne pas étudier ces croyances? Par contre, la définition de Hamilton concerne directement la saisie de l'information et sa représentation. Les partisans de cette perspective l'ont appelée mémoire des personnes.


L'histoire de la cognition sociale

C'est à la fin de années 1970, aux États-Unis, que débute le courant de la cognition sociale. En fait, l'expression cognition sociale est bien antérieure à 1980. Cependant, elle ne revêtait pas de signification particulière. Aussi, les raisons pour lesquelles les psychologues ont examiné plus spécialement des individus en train de traiter de l'information sont multiples. Les raisons principales sont les suivantes:

  • Aux États-Unis, à la fin des années 1960, et au début des années 1970, c'est la guerre du Viêt Nam, l'invasion du Cambodge, la défense des droits civils, et une agitation effrénée sur les campus universitaires. Les étudiants américains et les jeunes chercheurs sont de plus en plus préoccupés par des questions éthiques. Or, que font les psychologues sociaux à ce moment? Ils ne cessent de mentir à leurs participants, les injurient, leur ordonnent de donner des chocs électriques dangereux à une personne cardiaque, leur font croire qu'ils ont des tendances homosexuelles, qu'ils n'ont aucune personnalité, etc... Aussi, ces mensonges sont justifiés par les thèmes motivationnels des recherches. En effet, il serait ridicule d'étudier l'obéissance ou l'agression en prévenant les participants de l'objet exact de l'étude. Ainsi, si on abandonne le motivationnel, il faut s'appuyer sur le cognitif.

  • La plupart des recherches de l'époque faisaient reposer le poids des explications sur le contexte. La démarche n'était guère satisfaisante d'un point de vue théorique, car la majorité des explications étaient tautologiques. Par exemple, si les participants se montraient agressifs à la suite de la vision de films violents, on attribuait leur agressivité à la nature violente des films. Si aucune agressivité particulière ne se manifestait, le manque de résultat était imputé au caractère non suffisamment agressif, voire anxiogène, des films. L'inélégance théorique était parfois compensée par des mises en scène grandioses et par l'absurdité des scénarios à faire gober aux individus. Or, à côté de cette inélégance, la psychologie expérimentale se départissait du béhaviorisme et se dotait de procédures riches et complexes.

Les innovations de la cognition sociale

En raison de ces difficultés internes à la discipline, la cognition sociale s'est engouffrée comme un raz-de-marée. Voici les originalités dont elle était parée:

  • Une centration sur les processus plutôt que sur les contenus.

  • Une centration sur les processus cognitifs, non plus en tant que variables médiatrices, subsidiaires et inférées, mais en tant que raisons d'être des recherches. Ainsi, les chercheurs vont se livrer à une gymnastique intellectuelle pour tout expliquer en termes cognitifs sans recours à des variables motivationnelles.

  • Une diversité élargie des variables dépendantes (mesures de temps de réaction, de rappel, de reconnaissance, etc... Les méthodes seront largement empruntées à la psychologie cognitive.

  • Une approche qui englobe l'ensemble de la psychologie sociale. La cognition sociale ne s'intéressera pas seulement à la perception sociale, mais aussi aux relations entre groupes, à l'attribution, à l'empathie, aux attitudes, etc...

  • Une approche basée sur les différentes étapes du traitement de l'information (sélection, catégorisation, organisation, inférence, récupération, décision).

Les heuristiques en cognition sociale

Avec la cognition sociale, les chercheurs ont modifier leur conception se faisaient de l'être humain. En effet, les pères fondateurs de la cognition sociale vont concevoir la personne comme entièrement déterminée par son fonctionnement cognitif. Or, lorsque la première vague de cognitivistes sociaux l'ont étudiée, cette personne s'est avérée une avare cognitive, dans la mesure où elle n'est pas particulièrement motivée et ne profite pas de toutes ses ressources cognitives. Selon les chercheurs, elle commet des erreurs de jugement, ou du moins des biais, parce qu'elle se contente de fonctionner avec des heuristiques de jugement.
Ces heuristiques constituent des raccourcis de raisonnement se basant sur des notions habituellement utiles, mais parfois trompeuses, dans la vie de tous les jours. Par mi les heuristiques, on peut citer:

  • L'heuristique d'accessibilité: elle fait en sorte que nous surestimons la délinquance chez les étrangers parce que les journaux signalent la nationalité des auteurs de méfaits commis par des étrangers mais pas de ceux effectués par des autochtones.

  • L'heuristique de représentativité: elle est responsable, par exemple, de jugements qui reposent en fait sur la similitude: nous tombons sous le charme de telle personne uniquement parce qu'elle nous fait penser à notre première passion.

  • L'heuristique d'ancrage-ajustement: un nombre (parfois un concept) sert de base à un calcul (à un raisonnement) qui est ensuite corrigé, mais insuffisamment.

  • L'heuristique de simulation: elle explique que nous éprouvons plus de regret à rater notre avion de 5 minutes que de 5 heures. En effet, il est plus facile d'imaginer, de simuler, le succès à 5 minutes qu'à 5 heures près.

Les illusions et les biais de jugements en cognition sociale

Les chercheurs ont également montré que les gens ne sont pas toujours capables de détecter des covariances. Cette lacune est à l'origine du célèbre paradigme de l'illusion de corrélation. Plus précisément, les gens ont tendance à surestimer les traits minoritaires d'un groupe minoritaire, alors que, dans les faits, la proportion de traits minoritaires est la même dans le groupe minoritaire que dans le groupe majoritaire.
Certains chercheurs ont cru voir dans cette illusion la genèse des stéréotypes négatifs vis-à-vis de groupes étrangers. Nous connaissons évidemment moins de membres de l'exogroupe que de l'endogroupe. Parmi les gens que nous connaissons, ce sont plus souvent des membres de l'endogroupe que des membres de l'exogroupe qui ont telle caractéristique négative. Pourtant, nous déciderons que cette caractéristique est typique de l'exogroupe.


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