Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par C > La définition de cocaïnomanie


La définition de Cocaïnomanie


La cocaïnomanie désigne une toxicomanie à la cocaïne, donnant lieu à une forte dépendance psychologique.


L'histoire de l'usage de la cocaïne

Si l'usage de la coca, qui est un mastiquatoire stimulant préparé à partir des feuilles du cocaïer, est un usage extrêmement ancien en Amérique du Sud, la consommation de cocaïne a commencé, elle, à avoir cours dès la fin du XIXe siècle. Celle-ci se faisait par prise nasale ou par voie orale dans des boissons toniques.
La drogue était parfois associée à la morphine. En effet, l'usage toxicomaniaque du produit fut favorisé par son emploi dans le traitement des morphinomanes, selon une méthode proposée par Bentley en 1878, puis vantée par Sigmund Freud. Mais les dangers de la pratique apparurent rapidement.
Jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'usage de cocaïne concerna surtout les classes supérieures de la population (notamment les médecins et les pharmaciens). Puis, rapidement, cet usage s'étendit aux couches défavorisées (les chômeurs, les alcooliques, les prostituées, etc...) ainsi qu'aux milieux intellectuels et artistiques.
Par ailleurs, la cocaïne fut la première drogue illicite qui a donné lieu à un trafic organisé. C'est elle qui fit apparaître la figure emblématique du fournisseur (le futur dealer) et qui donna lieu au développement de la pratique du coupage des drogues par des adultérants. Les mesures répressives n'eurent qu'un impact limité. Elle confortèrent surtout le caractère clandestin du trafic et de la consommation, qui, des années 1930 aux années 1970, intéressa surtout le milieu artistique et littéraire. Il était alors courant d'assimiler usage de cocaïne et usage d'amphétamines.
Les experts estimaient que ces drogues ne donnaient au plus lieu qu'à une dépendance psychologique ou comportementale. La consommation de cocaïne s'accrut à partir de la fin des années 1970, sous l'impulsion des cartels sud-américains, qui cherchaient à écouler une production devenue pléthorique en diminuant le prix de la drogue. Le free-basing (une pratique d'inhalation) se répandit aux États-Unis à partir des années 1970, et la consommation du crack, un dérivé fumable de la cocaïne, connut dans les années 1980 une extension fulgurante en Amérique, puis en Europe et dans le reste du monde.


Les pratiques de consommation de la cocaïne

Les modes de consommation de la cocaïne sont variés:

  • L'utilisation orale de la cocaïne: ce mode de consommation est aujourd'hui exceptionnel. Pourtant, il était courant au XIXe siècle.
  • La ligne (ou le rail) de coke: la cocaïne est sniffée à l'aide d'une paille. L'action est obtenue en deux ou trois minutes.
  • L'injection intraveineuse: la drogue est consommée seule ou associée à de l'héroïne, de la phencyclidine ou des barbituriques. L'effet est presque immédiat (en une ou deux minutes environ). Ce mode de consommation est commun chez les polytoxicomanes.
  • Le free-basing: il s'agit de l'inhalation des vapeurs de l'alcaloïde sous forme de base libre. Cette technique s'est généralisée, étant donnée qu'elle n'expose pas au risque d'une contamination microbienne, notamment virale, et empêche le passage de la plupart des diluants.

Les conséquences cliniques de la consommation de cocaïne

Les effets cliniques de la consommation de cocaïne résultent essentiellement d'une intense stimulation du système nerveux sympathique. Ils sont variables selon le mode de consommation:

  • La toxicité cardio-vasculaire: la cocaïne détermine une vasoconstriction intense de la plupart des vaisseaux sanguins. La consommation de cocaïne induit une accélération du rythme et de la contractilité du cœur, ainsi que des troubles du rythme). Ainsi, les besoins en oxygène du muscle cardiaque, fortement sollicité, augmentent. La vasoconstriction et l'effet direct sur le cœur induisent des crises hypertensives. Aussi, la majorité des accidents aigus résulte d'une ischémie myocardique par vasoconstriction des vaisseaux coronaires.
    La cocaïne induit également des spasmes coronaires et, probablement, la survenue de thromboses, ce qui explique les cas d'infarctus du myocarde chez de jeunes consommateurs.

  • La toxicité sur le système nerveux: des céphalées surviennent et peuvent constituer le premier signe d'une hémorragie méningée. Des convulsions sont fréquentes, car la cocaïne, comme les autres anesthésiques locaux, abaisse le seuil épileptogène. Ces convulsions peuvent survenir immédiatement ou parfois plusieurs heures après consommation de la drogue. Elles compliquent non seulement une atteinte vasculaire au niveau du système nerveux central, mais également des troubles du rythme cardiaque ou une acidose sanguine. Ainsi, un tiers des décès par cocaïne sont précédés de convulsions souvent résistantes aux traitements antiépileptiques.
    L'activité dopaminergique peut se traduire par une hyperthermie analogue au syndrome malin des neuroleptiques. Ainsi, elle évoque l'hyperthermie décrite au décours de la consommation d'ecstasy.

  • La toxicité pulmonaire: beaucoup de consommateurs se plaignent de signes fonctionnels respiratoires (toux, expectorations sanglantes, douleurs thoraciques parfois vives, dyspnée). Les complications pulmonaires (pneumomédiastin, pneumopéricarde, réduction de la capacité de diffusion du monoxyde de carbone et hémorragie alvéolaire) sont essentiellement corrélées à l'usage de crack. Les hémorragies pulmonaires résultent de la conjonction d'une nécrose des tissus constituant les vaisseaux sanguins et de l'hypertension artérielle.

  • Les complications psychiques: lors d'une consommation occasionnelle à faible dose, l'usager décrit une sensation d'euphorie et de bien-être, de facilitation relationnelle et d'hypervigilance. Son activité psychique est accrue, et il est sujet à des insomnies. Cette phase est couramment appelée rush.
    Lorsque les prises sont répétées sur une brève période, la fin de l'activité du produit se traduit par une anxiété, ce qui incite à utiliser à nouveau de la drogue. Cette phase dépressive est le crash.
    Lorsque la dose utilisée est plus importante, le consommateur peut être la proie d'une agitation psychomotrice intense, accompagnée d'idées délirantes (sentiment de persécution, illusions sensorielles, amnésie). Des comportements violents sont observés, notamment après injection de la drogue ou inhalation de crack.
    Lorsque l'usage est compulsif, le consommateur devient sujet à une grande instabilité de l'humeur (dysphorie), les illusions sensorielles se généralisent, les délires d'interprétation revêtent volontiers une forme paranoïde. On observe aussi de fréquentes attaques de panique: les phases de dépression caractérisée alternent alors avec les phases d'excitation maniaque, d'insomnie, d'amnésie.

  • L'intoxication aiguë: les conséquences périphériques de la consommation massive de cocaïne dépendent de la sensibilité individuelle. Elles se traduisent par une dilatation pupillaire, une accélération du rythme cardiaque, de l'hypertension, une hypersudation, une hyperthermie, une stase urinaire et fécale, l'ensemble accompagné de spasmes musculaires et de rashs cutanés. Des mouvements stéréotypés de la bouche et de la langue ainsi que des convulsions sont souvent rapportés.
    Au plan psychique, l'intoxication est dominée par le délire. En effet, la personne décrit des tintements auditifs et éprouve la sensation que des insectes creusent des galeries sous sa peau.
    Le décès survient par arrêt cardiaque après une crise d'arythmie ou par arrêt respiratoire. Aussi, l'augmentation de la pression artérielle peut induire un infarctus cérébral et des hémorragies méningées.

La tolérance à la cocaïne

Le développement d'une tolérance à la cocaïne concerne seulement certains des effets de la drogue, notamment l'euphorie et la sensation de bien-être qui suivent les premières administrations, mais également l'anorexie et l'augmentation de la libido. Cette tolérance est liée à la susceptibilité individuelle.
D'autres effets, notamment cardiaques, peuvent augmenter lorsque l'organisme est soumis de façon réitérée à l'action de la drogue. Ils peuvent persister même après sevrage. Ce phénomène de sensibilisation (ou sursensitivité) correspond à une réaction des récepteurs en réponse à la déplétion en neuromédiateur induite par l'épuisement des réserves neuronales.


La dépendance à la cocaïne

Les critères retenus pour évaluer la dépendance à la cocaïne sont identiques à ceux requis pour la dépendance à n'importe quelle autre substance psychoactive. Aussi, on peut observer des signes cliniques du sevrage:

  • anhédonie,
  • diminution des activités,
  • amotivation.

Ces manifestations font suite à une période de 1 à 5 jours plutôt euhédonique (elles surviennent donc à distance de la phase précoce de dépression traduisant le manque).
Environ 20% des usagers de cocaïne deviennent dépendants de la drogue. Mais, compte tenu de la proportion toujours plus grande d'individus consommant de la drogue, et, notamment, la consommant sous forme de crack ou par injection, le nombre de consommateurs incapables de maîtriser la consommation de cette drogue augmente.


Autres termes psychologiques :